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Gros Plan : Wes Anderson et le cinéma d’animation

Gros Plan : Wes Anderson et le cinéma d’animation

Alors que Wes Anderson dévoilera prochainement sa nouvelle comédie dramatique "The French Dispatch", retour sur l’univers d’un auteur fantasque, à mi-chemin entre l’animation et le réel.

Wes Anderson, réalisateur atypique

Avec une imagerie reconnaissable entre toute et une carrière riche de 9 longs-métrages, Wes Anderson s’est imposé comme l’un des plus grands réalisateurs du cinéma contemporain. En 2009, il réalise son premier film en stop motion, Fantastic Mr. Fox, une adaptation cinématographique du roman de Roald Dahl qui lui vaudra deux nominations aux Oscars l'année suivante (meilleur film d'animation et meilleure musique). Dès lors, les limites et les possibilités liées à l’animation vont permettre au cinéaste texan de réinventer son cinéma.

Un imaginaire débordant

Wallace et Gromit, Chicken Run ou encore le dernier long-métrage en date d’Anderson, L’île aux chiens, ont tous un point commun, ils sont réalisés en stop motion. Ce procédé, aussi appelé animation en volume consiste à photographier image par image des figurines façonnées à la main dans des décors en modèles réduits. Dès l’enfance, Wes Anderson manifeste un attrait pour cette technique en mettant en scène des spectacles de marionnettes dont il fabrique lui-même les décors, costumes et accessoires.

En 2005, le cinéaste emploi pour la première fois à l’écran l’animation en volume avec La Vie aquatique. Quelque part entre les aventures du commandant Cousteau et la franche comédie populaire, La Vie aquatique raconte l’histoire de Steve Zissou, un célèbre océanographe qui se lance à la poursuite d'une créature qui a dévoré son plus fidèle compagnon. Pour ce projet, il fait appel à Henry Selick, réalisateur de l’Étrange Noël de M. Jack, afin de superviser les scènes d'effets spéciaux et recréer le monde sous-marin. Toutes les créatures et les décors des fonds abyssaux ont été entièrement inventés, en témoignent les crabes peints en bleu et blanc, les dauphins albinos ou le légendaire « requin-jaguar » tacheté (marionnette animée image par image, d’environ 3 mètres de long et 68kg).

Après un détour par l’animation et son acclamé Fantastic Mr. Fox, le cinéaste texan amorce un tournant dans sa filmographie avec Moonrise Kingdom. Réalisé en prise de vue réelle, le film retrace l’été 1965 de Sam et Suzy, deux enfants éperdument amoureux qui décident de fuguer sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre. Si en 2012, lors de la sortie de Moonrise Kingdom, de nombreuses productions ont déjà démontré la qualité et les possibilités liées au numérique, Anderson opte pour des effets spéciaux bricolés qui rappellent de vieux classiques indémodables comme le film King Kong de 1933. En ouverture, le spectateur découvre ainsi l’univers familial de Suzy grâce à des plans-séquences qui glissent entre les pièces d’une maison de poupée. Un peu plus tard dans le film, on apprend qu’elle a emporté dans sa valise plusieurs livres volés à la bibliothèque locale. Ces ouvrages ont été imaginés par Wes Anderson et son scénariste Roman Coppola, qui prévoyaient à l’origine d’illustrer chaque moment de lecture par des scènes d’animation. Finalement, ils ont décidé de ne pas inclure ces séquences dans le film, mais il est possible d’en avoir un aperçu dans un court-métrage de quatre minutes disponible ci-dessous :

On retrouve également dans The Grand Budapest Hotel (2014) l’amour du cinéaste pour le travail artisanal. Inspiré des récits de Stefan Zweig, le film plonge dans les aventures rocambolesques d’un maître d’hôtel et d’un garçon d’étage se retrouvant impliqués dans une histoire mêlant le meurtre d’une aristocrate et le vol d’un tableau de la Renaissance. L’imaginaire est présent tout au long de l’histoire et ce notamment autour de l’hôtel posé sur un bout de rocher, suspendu au-dessus du vide. De la même manière qu’Hitchcock filmait des modèles réduits de trains dans les années 1930, Wes Anderson expose ses maquettes comme un décor de théâtre. Les plans larges du palace présentent en réalité des miniatures de 3 mètres de haut. Une scène de course poursuite à ski est réalisée à l’appui de figurines et de décors artificiels. Le cinéaste aurait pu engager des doublures, monter plusieurs caméras sur des motoneiges mais il a privilégié l’emploi de marionnettes pour renforcer l’aspect fantaisiste de son film.

Du storyboard à l'écran

Le "storyboard" ou "scénarimage" est l'histoire illustrée d'un scénario. Cette technique est fréquemment utilisée pour l’animation et consiste à exposer l’ensemble des plans d’un long-métrage dans un format proche de celui de la bande dessinée. Depuis Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson et son équipe passent systématiquement par la création d’un storyboard avant la réalisation d’un film ou d’une publicité. Cette façon économique de présenter ses idées lui permet d’explorer graphiquement les différents plans et mouvements de caméra envisagés. Dans une vidéo mise en ligne par Criterion Collection (voir ci-dessous), le réalisateur nous invite à redécouvrir la scène d’ouverture de The Grand Budapest Hotel à travers plusieurs planches de dessin qu’il a lui-même réalisées. Des paysages aux décors somptueux de l’hôtel, rien n’est laissé au hasard afin de mieux penser l’enchaînement des scènes avant le montage du film. Un procédé qui prend tout son sens lors de la préparation d’un plan particulièrement animé.

Précision technique et sens de la mise en scène

Là où les scènes d’action sont traditionnellement réalisées avec des tremblements de caméra, Anderson limite au contraire ces effets et renforce ainsi l’aspect théâtral de ses films. Une particularité qui s’explique notamment par son expérience dans l’animation. En stop motion, personne ne peut physiquement porter une caméra, par conséquent, les séquences sont principalement statiques. Cette contrainte, Wes Anderson se l’est également imposée pour la réalisation de ses films en prise de vue réelle. Dans Moonrise Kingdom, le point culminant du film est tourné en partie avec une caméra à l’épaule mais cela reste une exception. Avec The Grand Budapest Hotel, le cinéaste semble avoir définitivement adopté cette approche personnelle de la mise en scène. En optant pour un film tout en mouvements - courses poursuites, fusillade et scènes d’action - Anderson fait le choix de ne réaliser aucune de ses séquences avec une caméra portée.

The French Dispatch ou l’idée d’un conte animé

Avec son sens de l’image, il n’est donc pas surprenant que Wes Anderson s’intéresse à l’animation, un genre avec lequel tout est possible et où l’imaginaire ne connait pas d’obstacles. Dans bien des cas, les films du réalisateur peuvent être vus comme des films d’animation déguisés en fiction. 8 ans après Fantastique M. Fox, le cinéaste revient aux films de marionnettes animées image par image avec l’île aux chiens (2018). L’histoire de chiens exilés sur une île, qui sous le commandement d’un jeune garçon téméraire vont tenter de déjouer le complot sordide qui se trame contre le meilleur ami de l’homme. Par ailleurs, son prochain long-métrage, The French Dispatch, permettra une nouvelle fois d’observer à quel point cette dernière expérience en stop motion participe au développement de l’univers fantaisiste de l’inventif Wes Anderson. Dans une interview accordée à France 24, Cécile de France qui joue "une toute petite scène" dans The French Dispatch, disait d'ailleurs :

On n'arrive pas vraiment à comprendre ce que ça va devenir parce qu'il va le traiter en noir et blanc, en animation et rajouter des choses dessus, mais le voir réfléchir et nous diriger pour fabriquer son truc vraiment unique au monde, c'était très intéressant.

Fantastique Mr. Anderson !

 

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