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#LCDLS : Barry Lyndon de Stanley Kubrick

Malgré son échec commercial, « Barry Lyndon » est aujourd’hui considérée comme une oeuvre majeure dans la carrière de Stanley Kubrick. Cette grande fresque historique, aussi puissante sur le fond que sur la forme, surprend encore par son incroyable sens du détail et ses prouesses techniques. Retour sur un chef-d’oeuvre longtemps incompris du grand cinéaste.

Nous sommes en 1969. Stanley Kubrick, alors âgé de 41 ans, a déjà plusieurs chef-d’œuvres à son actif comme 2001 l’Odyssée de l’espace, Orange Mécanique ou Dr. Folamour. Le cinéaste, passionné d’histoire et fasciné par la figure de Napoléon, se lance alors dans un minutieux travail de recherche en vue de réaliser un biopic sur l’empereur. Il espère en effet pouvoir convaincre les studios Warner de lui débloquer les fonds nécessaires pour tourner cette fresque ambitieuse.

Mais deux éléments vont l’empêcher de réaliser ce projet. Kubrick souhaite en effet tourner exclusivement à la lumière de la bougie pour donner une ambiance plus chaleureuse et réaliste au film. Or, les outils disponibles à cette époque ne le permettent pas. En outre, l’échec commercial cuisant de Waterloo réalisé par Serguei Bondartchouk en 1970 finit par dissuader les studios Warner d’investir dans un projet similaire.

Nous sommes maintenant au début des années 1970 et le cinéaste cherche un moyen d’exploiter le fruit de ses recherches sur Napoléon et son époque. C’est alors qu’il tombe sur un roman de William Makepeace Thackeray, Mémoires de Barry Lyndon, Esquire, par lui-même, publié en 1844. L’adaption du roman est finalement approuvée par la Warner, et Kubrick commence le tournage du film en 1973, après un an de préparation. 

Une récit bouleversant

Barry Lyndon (Ryan O’Neal) est une longue fresque historique de 3 heures, à travers laquelle la voix d’un narrateur invisible nous propose de suivre les aventures de Redmond Barry. Celui-ci est issu d’une famille pauvre de la campagne irlandaise et doit fuir son village natal suite à un duel au pistolet ayant mal tourné. Le jeune Barry, désormais seul sur les routes, finit par se retrouver pris au piège dans l’un des conflits les plus meurtriers de l’époque, la Guerre de Sept Ans.

Il vit alors de nombreuses aventures et rebondissements au fil desquels il se constitue un réseau solide au sein de l’aristocratie européenne de l’époque. Il finira par épouser Lady Lyndon, une riche veuve incarnée par la sublime Marisa Berenson. Mais une série d’événements malheureux précipiteront bientôt sa chute.

Ces événements y sont relatés sans filtre, dans leur beauté et leur cruauté la plus élémentaire. Ainsi, le film est ponctué de moments clés dont l’intensité dramatique est parfois insoutenable, comme la fameuse scène où Barry est au chevet de son fils agonisant. Selon un secret de tournage bien connu, Kubrick, insatisfait du jeu de Ryan O’Neal, l’a forcé à tourner cette scène plus de 50 fois. Ce dernier, psychologiquement épuisé, s’est finalement effondré en larmes face à la caméra. Le cinéaste a réussi à capter cet instant de vérité, qui rend la scène d’autant plus poignante.

Une œuvre clé dans la carrière du cinéaste

Barry Lyndon est une oeuvre clé dans la carrière du cinéaste, et à ce jour son film ayant reçu le plus de récompenses. En effet, malgré un échec commercial accablant en Amérique du nord, Barry Lyndon a reçu 4 Oscars (meilleurs costumes, décors, photographie et musique). En outre, L’oeuvre apparaît régulièrement dans les classements des meilleurs films de tous les temps (Times, Village Voice, etc.).

Cette fresque ambitieuse synthétise tout le savoir-faire et les obsessions de Kubrick. Sur le fond, on y retrouve l’intérêt du cinéaste pour les destins brisés, malmenés par leur époque (Orange Mécanique, Full Metal Jacket), à la fois victimes et vecteurs de cette violence. A travers Barry Lyndon, Kubrick se distingue également par son aptitude à manier l’ironie. Mais loin de sombrer dans la facilité, il fait de celle-ci un véritable atout pour le film, qui vient renforcer sa dimension dramatique.

Ainsi, l’une des dernières phrases de Barry Lyndon, prononcée par le narrateur, est révélatrice de cette ironie tragique.

Barry est né assez intelligent pour amasser une fortune, mais incapable de la garder. Car les qualités et l’énergie qui mènent un homme à la réussite sont souvent en même temps les causes de sa ruine.

Un perfectionnisme intransigeant

Sur le plan formel, Barry Lyndon est l’illustration parfaite du perfectionnisme maladif dont Kubrick a fait preuve durant toute sa carrière. En effet, il a fallu plus d’un an de préparation avant de tourner le film car le cinéaste souhaitait obtenir un réalisme à toute épreuve. Ainsi, Kubrick est allé jusqu’à acheter lui-même des costumes du XVIIIème siècle à plusieurs musées pour habiller ses acteurs. Il s’est également minutieusement inspiré de peintures d’époques pour mettre au point le décor et les vêtements des figurants.

En outre, les scènes d’intérieur ont quasiment toutes été réalisées à la seule lumière de la bougie. Pour accomplir cet exploit technique au début des années 1970, Kubrick a dû utiliser un objectif très lumineux conçu par la NASA. La caméra utilisée sur le tournage (la même que pour Orange Mécanique) a donc dû être irrémédiablement modifiée pour accueillir cet objectif coûteux.

Grâce à cette innovation, Kubrick a réussi à donner à son film une esthétique à la fois sombre et chaleureuse, très proche des peintures de Rembrandt et des maîtres flamands de l’époque. Mais cette exigence a également contribué à rallonger la durée de tournage, qui atteint une année entière. En effet, Kubrick ne prévoyait jamais ses plans à l’avance, et souhaitait tester en temps réel toutes les dispositions possibles avant de tourner une scène. Il a donc fallu utiliser une quantité astronomique de bougies et de longues heures de travail pour obtenir cette esthétique inédite.

Enfin, le perfectionnisme légendaire de Kubrick l’a même poussé à vouloir contrôler la façon dont les projectionnistes diffuseraient le film en salle. Ainsi, le cinéaste a envoyé une lettre à ces derniers afin de leur donner des instructions techniques précises pour garantir une expérience de visionnage optimale.

Le chef-d’oeuvre de Kubrick ?

Nombreux sont ceux qui considèrent ce film comme le meilleur de la carrière du réalisateur. Dans tous les cas, celui-ci a largement contribué à forger la légende du cinéaste, dont l’intransigeance et le perfectionnisme sont souvent évoqués. Le film, qui a maintenant plus de 40 ans, reste en tout cas plus que jamais d’actualité par sa dimension et sa portée profondément novatrices.

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