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#LCDLS : Sully de Clint Eastwood

Alors que Clint Eastwood sort un nouveau film cette semaine, « Le 15 : 17 pour Paris », retour sur un de ses derniers chefs-d’œuvre, « Sully », qui narre également une histoire vraie sur des héros ordinaires.

Sorti en 2016, Sully raconte l’amerrissage forcé d’un avion de ligne sur l’Hudson River, à New York, en 2009. La tragédie d’un crash d’avion en pleine ville a été évitée grâce au sang-froid du pilote chevronné de l’appareil, Chesley « Sully » Sullenberg (Tom Hanks), et de son collègue de cockpit, Jeff Skiles (Aaron Eckhart). Mais malgré son exploit, Sully, devenu star des médias, est remis en cause par le Conseil national de la sécurité des transports, qui enquête sur une éventuelle défaillance humaine pouvant expliquer cet amerrissage en catastrophe.

Comme pour son dernier film en date, Le  15 : 17 pour Paris, Clint Eastwood prend pour terreau de fiction des histoires vraies remarquables qui mettent des gens lambda aux prises avec une catastrophe, qu’elle soit d’origine humaine (Le 15 : 17 pour Paris) ou technique (Sully). Le cinéaste américain, qui n’a de cesse depuis une dizaine d’années d’explorer et de questionner la mythologie de son pays (Mémoire de nos Pères, American Sniper…), s’échine, avec Sully et son dernier long-métrage en date, à ériger en modèle – mythologique – le common man, le working class hero.

Au sein d’un cinéma américain qui n’a de cesse d’exorciser les démons du 11 septembre, l’édification de figures héroïques semble être une nécessité, qui peut en partie expliquer le succès ahurissant des films crétinoïdes de Marvel. Il n’est pas étonnant que le grand Clint Eastwood, observateur régulier de son pays, s’y attelle lui aussi, avec cependant une maîtrise narrative et formelle à mille lieues de la production usuelle.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Filmé à hauteur d’homme, quand bien même tout ce qu’il réalise l’élève au-dessus de la masse, cet American hero ne pouvait qu’être joué par Tom Hanks, incarnation littérale de son pays. Véritable Mr Tout le Monde, l’homme aux deux Oscars (pour Philadelphia et Forrest Gump) joue mieux que quiconque le citoyen lambda soumis à des événements plus grands que lui, et dont les réactions l’élèvent au rang de symbole.

C’est le cas ici de Chesley Sullenberg qui, comme Spider-Man ou Iron Man, donne au titre du film qui illustre ses exploits son alias héroïque, « Sully ». Moustachu, cheveux grisonnants, costume de pilote de ligne sur les épaules, Sully a comme super-pouvoir son expérience, sa maîtrise et sa sagesse pour le sortir des situations les plus délicates. A cause de l’enquête dont il fait l’objet, Sully est assailli de doutes sur sa gestion de la situation, et nous avec lui. Mais la construction narrative maligne du film, tout en flash-back morcelés, nous permettra de vivre une bonne fois pour toute l’incident dans sa continuité, vers le milieu du film, alors que seul des petits bouts nous avaient été accordés précédemment.

Véritable bijou d’intensité et d’émotion brute, cette séquence étendue permet d’exorciser (définitivement ?) les fantômes du 11 septembre 2001, en dévoilant un accident d’avion à la finalité heureuse. Mais c’est surtout la trajectoire de cet incident, pendant et après, qui est importante : en donnant la part belle à une valeur humaniste, la solidarité, et en filmant l’action efficiente des services de secours et de sécurité new-yorkaises, Clint Eastwood réunifie le peuple américain en conjurant les fantômes des attentats terroristes qui ont ouvert ce siècle. En sus, le cinéaste narre une histoire héroïque populaire, au sens premier du terme, se plaçant en cela à contre-courant des figures super-héroïques qui pullulent sur les écrans actuellement.

Les marionnettes de Marvel et DC, s’ils sont des succès au box-office, n’apparaissent jamais, à l’intérieur même de leurs films, comme des émanations du peuple adulées par celui-ci, car la population est tout bonnement la grande absente de ces fictions. Il suffit de voir notamment Superman, en mode destruction porn, fracasser des immeubles entiers dans Man of Steel sans se soucier des conséquences humaines pour comprendre qu’a contrario, dans Sully, le plus important est moins la menace que l’on stoppe que les gens que l’on sauve. Le 11 septembre 2001, près de 3 000 personnes ont péri dans les divers attentats survenus sur le sol américain. En 2016, quinze années plus tard, Clint Eastwood, via son héros de l’air Sully, en sauve 155. Le compte n’est pas bon. Mais c’est déjà ça.

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