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#LCDLS : Titanic, de l’insubmersible James Cameron

Il y a vingt ans, le 7 janvier 1998, le « Titanic » de James Cameron démarrait son périple sur les écrans français. Il était évidemment impossible pour nous de ne pas évoquer ce classique du cinéma cette semaine.

Champion du box-office et détenteur de records en tout genre, on a beaucoup résumé le film du réalisateur d’Avatar à ses chiffres monstrueux et au récit passionnant de sa conception.  James Cameron a fait construire pour le tournage de son long-métrage une réplique presque exacte du paquebot (huit mètres de long de moins que l’original), dans le plus grand bassin du monde… Construit également pour l’occasion. Le tournage, conflictuel et difficile, fait exploser le budget, qui passe de 120 à 200 millions de dollars, et force le réalisateur à renoncer à son salaire et à d’éventuels intéressements, qui lui seront restitués après son succès colossal. Avant cela, la sortie du film est repoussée de près de six mois, de l’été 1997 au mois de décembre de la même année, et le cinéaste travaille sous le fiel de la presse américaine, qui prédit un désastre.

A sa sortie, tant dans son pays d’origine que dans le monde, et notamment en France, le film est au contraire un carton absolu et, après avoir été le film le plus cher de l’histoire, tourné dans le plus grand bassin du monde, Titanic devient le film qui engrange le plus de recettes au box-office mondial de l’histoire. Il sera ensuite dépassé par… Avatar, du même James Cameron. Vu par 20,8 millions de personnes en France, le film récolte 1,8 milliard de dollars dans le monde avec son exploitation en salle, et est d’ailleurs le premier film à dépasser la barre symbolique du milliard de recettes.

 

Lors de sa ressortie en 3D, en 2012, pour commémorer les cent ans du naufrage, le film est vu par plus d’un million de personnes en France et est un triomphe en Chine, entre autres, faisant passer les recettes totales du film de 1,8 milliard à 2,1 milliards. De surcroît, non-content d’être un succès public, le film est également un succès critique et fait une razzia aux Oscars, en 1998, avec 11 statuettes sur 14 nominations, égalant alors le record de Ben-Hur, en 1960. N’en jetez plus : Titanic a tout raflé. Mais ce qu’on oublie parfois dans ce déluge de chiffres, c’est que Titanic est (surtout ?) un grand film.

A l’eau de Rose ?

10 avril 1912, à Southampton, le supposé insubmersible Titanic part en mer pour son premier voyage. A son bord, Rose (Kate Winslet), accompagnée de sa mère (Kathy Bates), de son fiancé (Billy Zane) et de leurs domestiques. Jack Dawson (Leonardo DiCaprio), lui, a gagné au poker son billet pour embarquer sur l’immense paquebot. Les deux personnages principaux, charmés l’un par l’autre sur le ponton du bateau, une nuit où Rose hésite à se jeter par-dessus bord, sont séparés par leur classe sociale, l’une appartenant à la haute société, l’autre à la plèbe. Ils parviendront néanmoins à braver les différences qui les opposent pour débuter une histoire d’amour.

#LCDLS : Titanic, de l'insubmersible James Cameron

Les détracteurs du film (il y en a) ont tôt fait de mettre en lumière l’apparent simplisme d’un script vu comme manichéen et dont l’histoire d’amour allégoriserait avec trop d’évidence le propos politique de son auteur sur la lutte des classes. James Cameron reprendra d’ailleurs pour Avatar, dix ans plus tard, la même formule scénaristique, pour le succès public et critique que l’on connaît : un casse-cou s’infiltre dans une caste qui lui est étrangère et vit une histoire d’amour avec un membre de celle-ci, le symbolisme de leur romance signifiant alors la charge politique du métrage.

Moins simpliste que très efficace, le scénario de Titanic est un modèle de construction narrative qui donne la primauté à l’émotion et au spectacle, ce qui n’est pas un gros mot, il n’est pas inutile de le rappeler. Toute la longue procession du film nous dirige vers sa fin inexorable, qu’on a vite fait de redouter puisqu’elle est connue de tous : le spectateur sait que le bateau va couler (c’est même peut-être initialement pour ça que quelques-uns se sont dirigés de manière perverse vers le film ?) et que des gens vont périr. La question principale qui se pose alors au spectateur est la suivante : l’histoire d’amour qui est née devant nos yeux va-t-elle survivre à ce moment d’Histoire ?

Paquebot, Titanic est aussi émouvant

Le climax final, étiré durant une heure et demie, qui narre l’impact du paquebot contre un iceberg et son lent naufrage dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord, est certes une performance technique mais celle-ci a été rendue audible, donc captivante et génératrice de tension, par le travail scénaristique préalable du réalisateur, qui nous a fait adhérer à l’histoire d’amour frondeuse, au sein de la société civile de l’époque, qu’il s’est échiné à élaborer sous nos yeux.

#LCDLS : Titanic, de l'insubmersible James Cameron

Puissante sans être à l’évidence novatrice (Roméo + Juliette étant notamment passé par là), celle-ci donne une âme à la maestria technique et génère de l’émotion au sein d’une froide comptabilité : au travers de Jack, dont la disparition nous touche, c’est également les 1 500 victimes de la tragédie auxquelles on pense. La romance de Titanic, souvent moquée ou parodiée, est pourtant bien le centre névralgique du film, qui amène de l’intime dans la grande Histoire.

 Je me suis promis de faire un film qui honorerait cette grande tragédie en essayant de faire ressentir au public d’aujourd’hui l’intensité de l’émotion de l’événement, des personnes qui y ont survécu, et du trop grand nombre de passagers qui y ont perdu la vie.

James Cameron a, semble-t-il, totalement réussi son pari. En mettant le spectateur au centre de son dispositif, et grâce à une maîtrise de tous les aspects techniques de son film, du script à la réalisation en passant par les effets spéciaux, Titanic, comme toutes les grandes œuvres populaires, allie avec doigté le spectacle le plus fascinant et l’émotion la plus forte. Un modèle du genre, dont James Cameron reproduira le succès, onze ans plus tard, avec Avatar.

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