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Le Plaisir Coupable du mois : sauvetage dimensionnel de Spy Kids 3

Le Plaisir Coupable du mois : sauvetage dimensionnel de Spy Kids 3

Chaque mois, les rédacteurs de CinéSéries vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour du nanardesque "Spy Kids 3 : Mission 3D", fantasme virtuel de Robert Rodriguez qui, finalement, s'avère plutôt réjouissant et truffé d'inventions (à défaut d'être joli).

En 2003 (donc il y a quand même 16 ans), avant tout ce joyeux bordel orchestré par les frères Russo et Marvel, on avait déjà notre Endgame (ou Game Over). Non, il ne s'agit pas d'un film, mais plutôt d'un concept vidéoludique. L'antagoniste diabolique du troisième épisode de la saga Spy Kids, bébé irrésistible de Robert Rodriguez. D'autant plus irrésistible aujourd'hui puisque kitch à souhait, il faut bien l'avouer. Cependant, pourquoi forcément employer les termes "plaisir coupable", quand il s'agit d'un plaisir... tout simplement ?

Si les deux premiers volets baignent dans le pur film familial (des péripéties trépidantes, des gadgets rigolos), le troisième film est, euh... Comment dire, plutôt osé. Dans le genre tellement osé qu'on frôlerait presque le mauvais goût. Sauf que l'époque entre ici en jeu et force est de constater que remis dans son contexte, Spy Kids 3 : Mission 3D est assez fantastique.

J'adore la technologie 

Que s'est-il réellement passé dans la tête de Robert Rodriguez ? Flashback : nous sommes toujours en 2003, le réalisateur d'Une nuit en enfer et Desperado continue son aventure d'outsider hollywoodien en produisant, aux côtés de la Weinstein Company, une des sagas les plus suivies de sa carrière. Après avoir écrit et réalisé les deux premiers films (petits succès au box-office d'ailleurs), nouvelle mission : embrasser les 3 Dimensions.

Pour le coup, ce concept à l'époque révolutionnaire (bien qu'aujourd'hui assez démodé), a ouvert grand les portants à l'imagination de cet auteur bouillonnant. Une découverte fascinante pour un metteur en scène, comme pour le spectateur. En effet, pour voir le film en relief, il fallait une paire de lunettes spéciales. Une nouveauté qu'il fallait dompter en faveur d'un récit totalement baigné dans une esthétique 100% numérique et aseptisée. Pour ce faire, Rodriguez a emprunté à un certain James Cameron une caméra haute définition, mise au point par Pace Technologies. On en avait même eu un avant goût des capacités de la bête avec le documentaire en 3D Les Fantômes du TitanicPlus tard, d'ailleurs, Cameron proposera des remasters 3D de ses plus grands succès (Titanic évidemment, mais aussi Terminator 2 : Le Jugement dernier).

Sauf que l'ambition pour réaliser un Spy Kids, vous en conviendrez, est un poil en deçà d'un blockbuster à l'instar d'Avatar, un autre exemple, majeur, en terme de 3D, qui aura tout autant précipité sa chute. Robert Rodriguez a donc conçu son propre environnement et ses accessoires pour "simplifier" le processus. "Un challenge passionnant" avait confié à l'époque le réalisateur. On veut bien le croire ! Quand tout est finalement paré, le spectacle commence enfin et là, il faut s'accrocher à son siège.

© TFM Distribution / Est-ce que tu me vois, te montrer du doigt ? Oui, toi !

Espions en herbe (et en combis)

Spy Kids 3 : Mission 3D commence dans la dissension. Le jeune mais talentueux espion Juni Cortez (Daryl Sabara) a raccroché et ne veut plus bosser pour l'OSS. Quand sa sœur bien aimée Carmen (Alexa Penavega) disparait, le garçon découvre le pot aux roses : celle-ci a perdu à un jeu vidéo et s'est faite engloutir par celui-ci, et est désormais prisonnière. Pas n'importe quel jeu, il s'agit de Game Over, création du Toymaster (Sylvester Stallone), qui a pour but de laver le cerveau de la jeunesse (oui oui). On peut y voir là deux cas de figures : un projet subversif et inspiration de la série anglaise Black Mirror... Ou une critique bête et méchante du jeu vidéo et de ses conséquences sur la psyché humaine. Question sans réponse - et c'est tant mieux.

Alors embarquez avec Juni et son immonde combinaison jaune en plastique. Le tout aux côtés d'une flopée d'autres gamins perdus et éberlués par la situation. Si vous perdez, vous ne reviendrez jamais à la réalité. Le constat est presque tragique. Sauf qu'il ne faut pas oublier que Sky Kids est avant tout une franchise pour enfants et jeunes ados. Donc l'humour est toujours au centre du jeu (héhé).

Niveau casting, la paire maîtresse assurée par Antonio Banderas et Carla Gugino est beaucoup moins présente, afin d'éviter de faire de l'ombre au couple papi-mamie Cortez, pour le coup centraux au récit. Parlons-en d'ailleurs ! Le scénario de Spy Kids 3 a souvent été décrié comme vulgarisé et linéaire... Mais a t-on oublié où l'on se trouve ? Dans un jeu vidéo, pardi ! Où l'on excelle en augmentant ses capacités, en passant les niveaux, en préservant ses vies... De ce point de vue là, le film réussit à nous faire un espèce d'Hunger Games du pauvre (et ce n'est pas un mal), en se débarrassant petit à petit des personnages au fil des épreuves. Tout en agrémentant quelques idées visuelles assez réjouissantes. Alors oui, il y a moins de suspense, peut-être pas l'excitation d'une enquête policière, mais un goût indéniable de l'aventure.

© TFM Distribution / Mon papi, ce héros

Festival numérique 

Outre cette histoire de mélange de costumes entre Buzz l'Éclair et les Power Rangers première génération, Spy Kids 3 reprend quelques gimmicks du précédent (l'insecte mécanique Ralph, l'espèce d'araignée-babouin presque issue de l'univers de Toy Story) puis se perd dans le cosmos. Littéralement. On vogue sur la Lune, puis au beau milieu d'une arène où l'on assiste à un combat acharné de robots titanesques, en passant par une course de moto en mode Tron... La physique du film est en friche totale, la gravité un concept hasardeux, mais soit ; il s'agit d'un univers créé de toutes pièces où le fond vert est tellement évident qu'il devient normal.

Finalement, ce troisième épisode se prend si peu au sérieux que demeure une évidence : Robert Rodriguez voulait juste s'amuser et nous embarquer dans son trip. Et puis, si c'est pour retrouver en fin de parcours, un Elijah Wood (aka "The Guy") bras ballants et à la démarche constipée, on ne peut qu'accepter l'amoncellement d'absurdités et drôleries qui sèment le film. Déviant, décalé, décadent aussi, Spy Kids 3 a officiellement relayé la saga de Rodriguez au stade de pure comédie d'action. En guise d'ultime bonus, Rodriguez est revenu quelques années plus tard, en 2011, avec un quatrième (et dernier) épisode qui n'a pas fait exception à la règle.

Sauf qu'ici, en plus de la 3D, le film jouit d'une expérience encore plus que jamais témoin de son époque. Bienvenue à cette chère 4D, exploitée sous le principe de l'Odorama. Oui oui, il s'agit bel et bien d'un "film parfumé" qui faisait profiter aux spectateurs (qu'ils se dévoilent !) des cartes odorantes pour amplifier l'immersion. Étrangement (ou pas), cette technique n'a jamais vraiment trouvé son public...

 

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