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#LesFilmsDeLaHonte : à l’assaut de Mutronics

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour du film d’action SF « Mutronics, The Guyver » de son nom original, d’être apprivoisé. Un bon gros film d’aliens mal dégrossi issu du manga signé Yoshiki Takaya.

En 1991, sortait le film d’action fantastique Mutronics, concocté par Steve Wang et Screaming Mad George. Le plus grand nombre aura noté l’influence japonaise très marquée, que ce soit au niveau de la réalisation que de la production. En résulte une intrigue quelque peu tirée par les cheveux, des vilains en latex très so cheap, des décors très kitsch et des bagarres à n’en plus pouvoir. Sans parler du très mauvais doublage et d’un RoboCop décrédibilisé. Les hommes machines, qu’ils fusionnent avec un corps étranger ou soit carrément ramenés à la vie en devenant des policiers robots, ont failli chuter dans le cœur des fans après la sortie de Mutronics. Voilà pourquoi nous avons honte d’avoir apprécié ce film qui laisse un goût d’acier. Le héros est aussi lourd par son armure qu’agaçant par ses postures. Retour sur une intrigue mêlant aliens et machines. Avis à ceux qui n’auraient pas encore vu cette gentille calamité, notre article contient des spoilers.

I am the Guyver

Souvenez-vous… Des extra-terrestres, les Zanoïdes, avaient à l’aube des temps débarqué sur Terre pour y donner naissance à la race humaine. Des milliers d’années plus tard, ils revenaient chercher parmi les humains les forces nécessaires à leurs conquêtes. Ceci étant, un savant découvrait qu’ils pouvaient transformer n’importe quel être humain en monstre. L’homme cacha alors The Guyver, machine d’origine extraterrestre, avant d’être sauvagement éliminé par les aliens. L’agent de la CIA Max Reed (Mark Hamill), pourvu d’une magnifique moustache, assistait en effet à l’éviscération du scientifique qui en savait trop…

Quant à lui, poursuivi par des loubards, Sean Barker (Jack Armstrong), boyfriend de la fille du fameux savant assassiné (compliqué), trouvait en tombant par terre le Guyver. Comme par hasard nous direz-vous… Facile et prévisible aussi. Cette dernière produisit une armure ultra puissante qui fusionna avec le garçon et lui permit de terrasser ses assaillants. Le chef des aliens (Michael Berryman) et propriétaire de l’appareil envoya alors ses Zanoïdes le récupérer coûte que coûte. Les gros malabars mutants n’allaient dès lors avoir de cesse de se bastonner et de faire des pirouettes dans le vide et des sauts en hauteur, et en longueur… L’utilité de la machine ? Asservir le monde, ni plus ni moins.

L’art de décrocher la Lune…

Ou pas. Comment titiller les fans de Star Wars ? En leur collant sous les yeux un fond étoilé pardi ! C’est ainsi que dès le début du film, les spectateurs ont pu pénétrer dans l’univers cosmique via un texte introductif et explicatif mode La Guerre des étoiles. Comme si nous n’avions pas saisi que Mark Hamill aka Luke Skywalker était la vedette du dit navet intergalactique…

Toujours est-il que le fameux texte déroulant nous apprend que les aliens veulent conquérir la Terre, que cette même planète bleue recèle une arme secrète ultra puissante et indestructible et que les envahisseurs doivent à tout prix la récupérer. Seulement ils n’avaient pas prévu qu’un inoffensif mortel mettrait la main dessus avant eux… Nous avons tous ri en découvrant l’adolescent lancer sa réplique phare « I am the Guyver », regard noir appuyé, poings serrés, sang au coin des lèvres et assurance décuplée à l’appui.

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Un héros camouflé

C’est ainsi que nous passons 1h32 de supplice aux côtés du jeune blondinet bien sous tous rapports, transformé en véritable machine de guerre grâce à the Guyver. Notre ado se transforme en effet en super-héros bionique indestructible. Bonjour l’équipement intégral en plastique avec la forme des pectoraux et des abdos intégrés pour faire flipper les méchants. On a aussi l’option yeux de mouche qui s’allument et vapeur qui sort du cou. Un costume bien éloigné de ceux des Power Rangers qui semblent quant à eux bien plus à l’aise dans leurs tenues colorées.

Après avoir appris à maîtriser son costume intégral, le jeune homme passe le reste du film à taper de l’alien. Hamill s’efface rapidement pour céder sa place au Guyver, décision fort risquée ayant poussé les fans du genre SF à sitôt décrocher. Skywalker ayant été blessé dans un hangar où nous avons traîné près d’une demie heure, ne reste plus que le blondinet aux yeux de mouche pour nous guider. L’agent de la CIA blessé est alors fait prisonnier dans un laboratoire avec la petite japonaise de service (Vivian Wu). Et ça recommence, de la baston à foison et des pirouettes à l’unisson.

Le ridicule ne tue pas

Menés par Michael Berryman, les aliens et leur maître prennent forme humaine à volonté histoire de pouvoir se fondre dans la masse. Aussi costauds que patauds, nos créatures venues d’ailleurs sentent le déguisement à plein nez. Nul doute que les comédiens devaient d’ailleurs manquer d’air sous leurs combis, sans quoi leurs acrobaties eurent été bien plus crédibles. Les bastons sont aussi nombreuses qu’hilarantes, et les projections très largement exagérées. C’est ainsi qu’un simple coup propulse le vaincu à des mètres de distance, pour le plus grand plaisir des spectateurs désireux de se moquer.

Éclat de rire général également lorsque Berryman se transforme en alien colossal avant d’être vaincu par un Hamill génétiquement modifié. Modifié en quoi ? En insecte géant pardi, juste avant de rendre l’âme lui aussi. Entre longueurs et clichés, les spectateurs sont sortis lessivés de ce film à l’intrigue pourtant simpliste mais oh combien divertissante. Quoi de mieux que de rire un bon coup lorsqu’on s’attend à un film SF dédiés aux extraterrestres ?

Le mot du réalisateur

Dans une interview accordée à Mad Movies en 2003, le co-réalisateur et maquilleur d’effets spéciaux Steve Wang avait eu l’occasion de revenir sur le tournage de Mutronics. À la question « Pourquoi n’avez-vous pas de nouveau travaillé avec George sur Guyver : Dark Hero » (sorti en 1994), Wang a répondu :

La production a proposé la réalisation de ce film à George pour un budget de 1,5 millions de dollars, qu’il a refusé. Mutronics a en effet été réalisé pour 3 millions de dollars, et c’était déjà infernal de boucler un tel film dans de telles conditions. Lorsque George m’a parlé de cette offre, je lui ai demandé si je pouvais réaliser la séquelle seul. Il a accepté en me souhaitant bon courage, et j’ai contacté la production. Mais entre-temps, ils avaient baissé le budget à 500 000 dollars ! J’ai quand même accepté pour un budget de 850 000 dollars.

En résulta un tournage catastrophique car financièrement limité. Afin de boucler Guyver 2, Wang a dû réduire ses nuits de sommeil et ne quasiment pas œuvrer sur d’autres projets pendant l’année et demie nécessaire à la fabrication du film.

En plein tournage, je me suis rendu compte que je n’avais plus que 90 dollars sur mon compte en banque. Ce film a pourtant été une super bonne affaire pour les distributeurs : ils se sont fait plusieurs millions de bénéfices, et je n’ai pas reçu un seul penny de leur part. Les distributeurs sont des arnaqueurs. Évitez-les à tout prix ! Moi, j’adore tout le processus de réalisation, sauf lorsque vous devez composer avec ces trous du cul de distributeurs.

À bon entendeur…

Bilan ?

Concernant The Guyver premier du nom, tout s’explique donc… Un budget pas assez conséquent et un duo de réalisateurs qui n’a visiblement pas pu suffisamment œuvrer de concert. Ainsi donc l’Hexagone ne bénéficie pas de version DVD, triste réalité pour les collectionneurs de nanars avides de films bradés.

Les studios américains auraient mieux fait de s’abstenir à l’heure d’adapter un dessin animé japonais à l’écran. Au-delà des effets spéciaux limités, l’ensemble sonne faux tant le mélange des genres reste brouillon. Fantastique, science-fiction, comédie, action, nous ne savons plus de scène en scène à quelle sauce nous allons être mangés. Les courses poursuites en deviennent ainsi grotesques et les bagarres dignes d’un mauvais polar. Les gags inspirés du manga sont tout sauf vraisemblables, au point de classer Mutronics dans l’attachante catégorie nanar. Et vous qu’avez-vous pensé de cet ovni qui hésite entre humour et ton sérieux ?

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