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#LesFilmsDeLaHonte : parcourons Sex Trip

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour de la comédie Sex Trip d’être décryptée. Un teen movie façon road movie nullement prise de tête mais qui pourtant, a fait grincer des dents. Retour sur le parcours mouvementé d’une bande d’américains sur le vieux continent.

Souvenez-vous… C’est en 2004 que sortait la comédie Sex Trip (Eurotrip) signée Jeff Schaffer, Alec Berg et David Mandel. Il ne fallait pas moins de trois scénaristes / réalisateurs pour nous concocter ce petit bijou aussi honteux que savoureux, selon notre capacité à débrancher notre cerveau pour nous laisser aller. Bien avant cette intrigue loufoque et déjantée, les années 2000 nous avaient inondés de teen movies plus ou moins appréciables. À la mode de American Pie (1999) et de ses suites qui ont elles aussi cartonné au box-office, le héros de Sex Trip est une sorte de Jim (Jason Biggs) en quête de conquête. Ou bien du grand amour on ne sait pas trop, encore que comment tomber amoureux d’une simple photo ? Entre clichés européens, humour lourd et gags indigestes, Sex Trip a été tout autant critiqué qu’encensé pour son lot de bonnes idées, originales et propice au lâcher prise.

Deux amis, des jumeaux, huit pays

Depuis des années, Scott Thomas (Scott Mechlowicz) et son correspondant berlinois Mieke (Jessica Boehrs) s’envoient des courriels, échangeant jusqu’aux moindres détails de leur existence. Un jour, lorsqu’il reçoit un nouveau message de Mieke, Scott prend peur, croyant que le garçon le poursuit de ses ardeurs. Mais il ignore toutefois un détail de poids : en Allemagne, Mieke est un prénom féminin. Avant que Scott n’ait découvert que Mieke est une femme, sa correspondante a rompu tous les ponts avec lui en le bloquant virtuellement.

Ne voulant pas laisser échapper cette chance de connaître le grand amour, même s’il n’a jamais rencontré la jeune fille, Scott embarque pour Berlin en compagnie de ses meilleurs amis : Cooper (Jacob Pitts) et les jumeaux Jenny (Michelle Trachtenberg) et Jamie (Travis Wester), qu’il rejoint à Paris.

Leur tour d’Europe, qui les mènera à Londres, Paris, Amsterdam, Rome et Bratislava, leur fera découvrir toutes les douceurs luxurieuses du vieux continent. Fans d’Eurotrip, sachez qu’il est inutile de partir sur les traces de vos héros. En effet, les scènes censées se passer à Paris, Amsterdam ou Rome ont en réalité été tournées à Prague tandis que les scènes de Bratislava ont eu lieu à Milovice, en République tchèque. Pour finir, les scènes de la Manche ont été jouées dans l’ancienne Allemagne de l’Est. De quoi vous offrir un road trip sympathique en quête des différents lieux de tournage, votre guide du Routard dans une main et le film dans l’autre, diffusé en boucle sur votre smartphone.

Ange ou démon ?

Kristin Kreuk campait Fiona la garce, l’ex petite amie de Scott qui lui annonçait son désir de rupture lors de sa remise de diplôme. Matt Damon se glissait quant à lui dans la peau de Donny, le nouveau petit ami rocker de la jeune femme. L’annonce officielle de leur union s’est faite lors d’un concert du dit Donny le jour de l’anniversaire de Fiona, sous les yeux de « Scotty qui ne savait pas », le titre de la chanson que le tatoué interprète juste après… On apprend alors que la belle faisait croire à Scotty être à l’église alors qu’elle était avec Donny dans son van, à faire des choses pas très catholiques.

Entre affiche en public, paroles dédicacées et baisers langoureux sur scène, c’est trop gros pour être vrai. Si bien qu’on soupire autant que Scott face à cette scène improbable. Et pour cause, notre innocente Lana Lang se déhanche sans complexe avec sa jupe écossaise contre les parties d’un Matt Damon avec du vernis à ongles aux mains. Mieke devient de fait aussi blonde et angélique que Fiona peut être brune et diabolique.

Clichés et gags grossiers

Entre italien pervers et pot de colle dans le train, croisière gay, baisers passionnés entre jumeaux (non voulus, rappelons-le), troupeau de nudistes, Sex Trip est, comme son nom l’indique, très cucul. La fée verte est certes au rendez-vous, l’alcool et l’excitation du voyage aussi mais tout de même. Et au-delà de ce sexe libéré et affiché, nous avions également l’aspect exagéré de cette excursion en Europe. C’est ainsi que traverser l’océan atlantique pour se retrouver coincé par une bande de hooligans ou attaché dans une salle de torture ne donne pas envie de retenter l’expérience.

Face à la débauche, nous avions également la religion, et carrément le Vatican. Un mix de tout un tas d’éléments qui, réunis en un seul et même film d’une heure et demie, donnait le tournis. Heureusement que nos jumeaux incestueux, bien que totalement pétés à l’heure d’échanger leur salive, ont pris le temps de relaxer le temps d’un masque de beauté, avec peignoir immaculé et serviette sur la tête. Un luxe nécessaire face à l’enfer de la traversée, des détentes et fous rires essentiels pour contrer la complexité de la quête de Scotty. Car traquer Mieke, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Un humour plus que douteux

Au-delà de l’humour peu délicat proposé dans ce film, nous autres spectateurs du vieux continent nous sommes quelque peu retrouvés froissés par les clichés liés à la culture européenne. Pour qui se prennent-ils ces débarqués du nouveau monde ? Alors que certains ont pris cela pour de l’affectueuse dérision, d’autres ont carrément ressenti les pics de moqueries. Nous concernant, et même si nous avons pu sourire par moment, la lourdeur des gags se rattache directement à ces horripilants clichés que les jeunes américains n’auront quant à eux, certainement pas pris au second degré.

En effet, le trio de scénaristes a pris les italiens pour des homosexuels obsédés par les jeunes garçons, les allemands pour des nazis purs et durs avec leurs enfants qui rendent hommage à Hitler, les britanniques pour des hooligans sans cervelle, les néerlandais pour de simples fumeurs de drogue et les français pour des lourdingues à tendance bisexuel incapables de draguer. Autant dire que ça donne envie de sortir notre propre film en hommage aux cinquante états. Il y aurait du grain à moudre comme on dit, entre les texans qui ne vivent que pour leurs chevaux, les new-yorkais qui ne jurent que par leur grosse pomme, les Miami men qui cumulent les vices sous le soleil, entre sexe, drogue et pop nudiste et, non des moindres, les indécrottables de la Louisiane qui traversent les bayous à dos de crocodiles…

Quel public ?

Trop léger pour parler aux adultes, trop gras pour s’adresser aux enfants, Sex Trip fonctionne à l’aveugle. Trop cliché pour plaire aux européens, à moins d’une auto-dérision au niveau maximal, et pas assez exigeant pour satisfaire le public américain qui demande plus de sexe, de burgers et de décadence. Allez les puristes et autres siliconés des pectoraux et des fessiers, dans les dents !

Plus sérieusement, « mi scusi », dixit l’italien pervers du train… Sex Trip peut plaire aux adolescents pré-pubères à la recherche d’un film détente un soir de pluie. Car au-delà de l’histoire somme toute basique, malgré quelques pointes d’originalité, les dialogues sont prévisibles à souhait. Tantôt stupides, tantôt vulgaires, nos quatre jeunes ne semblent pas avoir inventé l’eau tiède et de ce fait, nul risque de ressortir grandi de ce film. Il n’y a rien à apprendre culturellement parlant, pas de morale et encore moins de passage à l’âge adulte au programme des réjouissances. Simplement un quatuor en vacances qui jouit du luxe de temps en temps et se met la tête à l’envers la plupart du temps.

Un bon point pour Sex Trip

Soulignons qu’autant Sex Trip raffole des clichés européens, autant, par voie de conséquence, il ne se montre pas nombriliste. Pour une fois qu’on découvre un teen movie américain qui ne se déroule pas sur un campus saturé de quaterbacks et de cheerleaders, c’est à marquer d’une pierre blanche ! Ainsi donc nos blondes à fortes poitrines et puceaux à lunettes sont remplacés par un ado amoureux et ses potes aventureux, prêts à tout pour retrouver Mieke, l’allemande qui fait battre le palpitant de son correspondant amerloque.

Bon bien sûr, l’incontournable bad trip est présent au programme, au même titre que les hurlements suraigüs et les mimiques propres aux teens movies (« je suis une vilaine fille… », « je n’ai jamais touché une paire de nichons… »). Humour graveleux bonjour. L’escapade nous entraîne dans un tourbillon décérébré aux côtés d’acteurs plutôt bons, disons pas mauvais vu le niveau du scénario.

En résumé chers lecteurs, ne vous attendez ni à pleurer de rire ni à ressortir secoués de votre visionnage. À l’inverse d’un American Pie, vous serez bien incapables de déguster du Sex Trip dix fois dans votre vie. Ni nanar ni culte, la comédie est aussi drôle par moment que lourde et ridicule la plupart du temps. Si vous ne l’avez pas encore vue, à vous de juger sans ménagement !

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