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#LesFilmsDeLaHonte : pause dans le temps avec Un coup de tonnerre

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour du drame SF Un coup de tonnerre d’être analysé en long en large et en travers. En dépit d’un synopsis original et séduisant, le film laissa le plus grand nombre sur les dents. Retour sur un film que nous avons un peu honte d’avoir grandement apprécié !

Souvenez-vous… C’est en 2005 que sortait le film de science-fiction dramatique Un coup de tonnerre, signé Peter Hyams (Timecop, Mort subite, Présumé coupable). Le film s’inspirait librement de la nouvelle éponyme A Sound of Thunder de Ray Bradbury, publiée en 1952 dans le magazine Collier’s. Cette dernière exposait la problématique du voyage dans le temps et montrait, si de telles occasions se présentaient, quel serait l’impact sur l’avenir. Si des individus venus du futur altéraient un élément du passé, aussi petit qu’il soit, cela pourrait s’avérer dramatique. C’est ainsi que le fameux « effet papillon » est très largement abordé dans le livre, et plus qu’explicitement dans le film. Et pour cause, c’est bien la mort d’un papillon provoquée par un homme du futur qui déclenche tous les événements catastrophiques dans Un coup de tonnerre. L’assassinat de la chenille devenue papillon s’avère alarmant puisque le cours de l’évolution s’en trouve bouleversé.

Fiction et effet papillon

Pour rappel, l’ « effet papillon » est une expression qui résume une métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos. La formulation exacte qui en est à l’origine fut exprimée par le météorologue Edward Lorenz lors d’une conférence scientifique en 1972, dont le titre était :

Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ?

À cette question, deux propositions sont alors à retenir… Si un seul battement d’ailes d’un papillon peut avoir pour effet le déclenchement d’une tornade, alors, il en va ainsi également de tous les battements précédents et subséquents de ses ailes, comme de ceux de millions d’autres papillons, pour ne pas mentionner les activités d’innombrables créatures plus puissantes, en particulier de notre propre espèce. Par ailleurs, si le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l’empêcher. Si le battement d’ailes d’un papillon influe sur la formation d’une tornade, il ne va pas de soi que son battement d’ailes soit l’origine même de cette tornade et donc qu’il ait un quelconque pouvoir sur la création ou non de cette dernière.

« Papillonicide » involontaire

Chicago, 2054. Charles Hatton (Ben Kingsley) détient une agence de voyage pas comme les autres… La société Time Safari Inc. permet de faire un saut dans le temps et d’aller tuer un Allosaure il y a 65 millions d’années puis de revenir avec une vidéo. Malgré l’opposition d’une faible partie de la population qui voit un risque certain dans ces sauts, les chasseurs accompagnent les touristes du temps pour faire et refaire le scénario de l’Allosaure… Mais lors d’un saut, les fusils tombent en panne et l’un des clients, paniqué, tue un papillon.

Le cours entier de l’évolution est alors changé, et le « nouveau présent » rattrape le présent, changeant progressivement la faune et la flore comme elles devraient être sans le papillon. Afin de corriger l’erreur temporelle, Travis Ryer (Edward Burns), un expert de la chasse, et l’inventeur de la fameuse machine à remonter le temps tentent de revenir au moment du saut pour empêcher l’erreur de se produire et ainsi mettre fin à cette catastrophe planétaire. Jemima Rooper campait Jenny Krase, Catherine McCormack Sonia Rand, David Oyelowo Payne et Wilfried Hochholdinger le Docteur Lucas. Le synopsis est alléchant, le casting attirant et les problèmes rencontrés captivants. Alors quels éléments font de Un coup de tonnerre une sorte de Jurassic Park bas de gamme ?

Effets très spéciaux

Le soucis premier, c’est que le film veut tellement nous coller le frisson qu’il finit par nous mettre les nerfs en pelotes. Pour les mauvaises raisons. Les créatures préhistoriques ne sont pas terrifiantes pour un sou tandis que les hurlements de nos valeureux voyageurs sont horripilants. Trop de suspense tue le suspense, les bêtes féroces et assoiffées de chair humaine semblant sans cesse se cacher dans les quatre coins de nos écrans.

Les effets spéciaux sont par ailleurs très mauvais, ce qui a tendance à nous faire autant rire que sursauter lorsqu’apparait le prédateur. Dès le débarquement des courageux en combis il y a des millions d’années, on rit. Le tunnel temporel sonne faux quand les bruits de la forêt préhistorique sont bien trop amplifiés. On n’y croit pas, on n’embarque pas. Malheureusement, ça sent le manque de moyen à plein nez. Un coup de tonnerre, bien que tourné au milieu des années 2000, a de surcroît très mal vieilli comparé à ce qui se fait aujourd’hui.

Action… Réaction

Visuellement plus proche du téléfilm que du cinéma, Un coup de tonnerre n’est pas allé au bout de son idée de départ. Le synopsis a été mal exploité, le scénario pas assez poussé et en dépit d’une idée originale et prometteuse, on en sort inévitablement dépités. Au-delà des effets spéciaux bâclés, les incohérences scientifiques se sont avérées nombreuses et l’humour douteux. Les dialogues étaient par ailleurs assez creux, pas suffisants pour relancer l’action qui s’essouffle tout du long.

Parallèlement, la mort accidentelle du papillon provoquait tout un tas de réactions en chaines, suffisantes pour nous maintenir en haleine. Le court du temps est modifié et l’espèce humaine risque de disparaître. Ce n’est pas rien tout de même ! L’ensemble est donc appétissant mais une nouvelle fois, le détail indigeste. Sans parler des personnages qui, stéréotypés, ne sont pas assez développés. Aucune chance de réellement s’attacher en résumé.

L’avidité de l’Homme

Bien qu’on ne puisse apporter à ce film quelque peu honteux du crédit, et encore moins notre soutien inconditionnel, cela ne nous empêche pas de l’avoir apprécier à sa juste valeur. Montrer l’Homme sous son pire profil, désireux de rapporter du Jurassique des trophées, est puissant. Hyams traitait en réalité d’un sujet plus que jamais d’actualité, avec les braconniers qui sévissent un peu partout dans le monde et abattent des espèces en voie de disparition pour rapporter un trophée (mains de gorilles en cendriers, cornes d’éléphants pour l’ivoire, fourrures de divers animaux, etc).

Les chasseurs se sentent alors de vrais hommes, des guerriers invincibles au-dessus de la chaîne alimentaire. Foutaise, les prédateurs placés face à eux n’ont aucune chance de s’en sortir. Dans Un coup de tonnerre, l’espèce humaine retourne dans le passé pour ressusciter – avant d’à nouveau achever – une espèce disparue depuis longtemps. Admettons. L’évolution nous a montré que l’homme a effectivement anéanti les espèces les plus imposantes que ce soit pour se nourrir et se vêtir. Lorsqu’il est devenu nomade, il a exterminé sur son passage les carnivores et les herbivores, les petits et les gros, les dociles et les combatifs. Notre pauvre papillon inoffensif n’avait donc aucune chance d’en réchapper !

Une course contre la montre

Vous allez dire qu’on se contredit mais les défauts d’un film peuvent par moment devenir des qualités, si l’on change de point de vue. Nous tenons ainsi à souligner le rythme maintenu de Un coup de tonnerre. Certes cela peut taper sur les nerfs, certes cela peut filer la nausée, mais le temps mort est proscrit et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Les créatures ne sont peut-être pas effrayantes mais elles ont au moins le mérite d’avoir été pensées et ajoutées à l’intrigue. Le réalisateur ne s’est pas contenté du top five des dinosaures populaires (Diplodocus, Triceratops, Tyrannosaure, etc) mais a intégré à son film bien d’autres créatures.

Des gorilles-reptiliens aux insectes faméliques en passant par l’odieux serpent des mers, nos héros ne connaissent aucun répit. Face à ce safari préhistorique, les voyageurs hurlent et paniquent, forcément. Du coup cela devient très divertissant puisqu’au final, nous ne risquons rien derrière notre écran. Vont-ils se faire dévorer ou survivre à l’expérience qu’ils avaient eux-mêmes souhaitée ? Le suspense est à son comble et même si l’ensemble est éreintant, c’est aussi pour cela qu’on adore.

Des chiffres et des lettres

Initialement prévu pour sortir durant l’été 2003, la production a subi des pluies torrentielles en plein été qui endommagèrent les décors, ainsi que la faillite de Franchise Pictures, la société productrice durant la phase de postproduction, ce qui explique la sortie tardive en 2005. Au lieu des 80 millions de dollars de budget initialement prévus, l’équipe ne reçut que 52 millions de dollars. Autant dire que les effets spéciaux en ont largement pâti.

Les critiques négatives ont déferlé tandis que le manque de promotion fut avéré. Ce fut ainsi que le film récolta à peine 2 millions de dollars de recettes aux États-Unis, la recette mondiale ayant seulement frôlé les 12 millions de dollars. Avouons pourtant que comparé un certains blockbusters à gros budgets, l’intrigue était bien plus fouillée. C’est ainsi que certains films jouissent d’images à couper le souffle sans pour autant que l’histoire mérite d’être ovationnée. Un coup de tonnerre a, le concernant, objectivement des faiblesses mais nous sommes aussi là pour souligner son originalité, et applaudir ses qualités.

Nombreux furent ceux à défendre Un coup de tonnerre, injustement critiqué à leurs yeux. D’autres ont jugé le film très mauvais. Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Quelle note attribueriez-vous à ce film tant décrié ? Un grand A ou un petit D ? À vos commentaires !

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