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#LesFilmsDeLaHonte : sauvons l’honneur de 47 Ronin

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour de « 47 Ronin » de Carl Erik Rinsch d’être vengé. Le film d’arts martiaux fantastique, sorti en 2014, fut un véritable échec critique et commercial. Un bon gros blockbuster, qui a bien plus fait parler de lui avant, qu’après sa sortie.

47 Ronin, c’est l’histoire de 47 samouraïs qui s’allient à Kai, esclave brillamment campé par Keanu Reeeves, pour venger leur maître tué par un perfide seigneur de guerre. De par son indéniable talent, l’acteur sauvait l’honneur d’un film à la dérive. Mis à part cela, la production hollywoodienne fut un véritable désastre. Sorti le 25 décembre aux États-Unis et le 2 avril dans l’hexagone, 47 Ronin fut tout d’abord moqué au Japon avant de se voir décrié dans le monde entier. Il faut dire que le film est une adaptation d’un fait historique quasiment vénéré dans l’archipel (Akō rōshi). C’est ainsi que la vision hollywoodienne choqua sans surprise les puristes. Avis à ceux qui n’auraient pas vu cette pépite, notre article contient des spoilers.

Une authentique intrigue

Souvenez-vous… Dans le Japon féodal, Kai est un enfant non désiré issu d’une relation entre une paysanne japonaise et un marin anglais. Il est abandonné dans la forêt des tengu, des démons obscurs. Ces derniers lui apprennent « l’art de tuer » et l’élèvent jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir et que le daimyo de la province d’Ako, Naganori Asano (Min Tanaka), le recueille. Quelques années plus tard, Ako accueille le grand shogun (Cary-Hiroyuki Tagawa) ainsi que le seigneur Yoshinaka Kira (Tadanobu Asano). Une sorcière alliée à Kira (Rinko Kikuchi) ensorcelle Asano (le personnage, pas l’acteur) pour qu’il attaque Kira dans son sommeil. Le shogun condamne Asano, qu’il croit coupable de l’offense, au seppuku, ce qui relègue les samuraïs sous son commandement au rang déshonorant de rōnin. Pour pacifier les deux provinces, il interdit aux rōnin de venger leur daimyo et donne la fille d’Asano, Mika, en mariage à Kira après un an de deuil. Peu avant la fin de cette année-là, un ancien samuraï au service d’Asano, Oishi (Hiroyuki Sanada), retrouve Kai pour former un groupe de 47 soldats, les 47 rōnin, chargés de venger leur ancien daimyo au péril de leur vie.

 

L’histoire des 47 rōnin, aussi connue sous le nom de 47 samouraïs ou la « vendetta d’Akō », est l’archétype de l’histoire japonaise classique. Elle est décrite dans les manuels d’histoire japonais comme une « légende nationale ». En 1701, dans la région d’Akō, un groupe de samouraïs est laissé sans chef (rōnin) après la condamnation de leur daimyo, Naganori Asano, au suicide rituel (seppuku) par le shogun Tokugawa Tsunayoshi. Il est accusé d’avoir blessé Yoshinaka Kira, maître des cérémonies de la maison du shogun, qui l’avait insulté. Les 47 rōnin décident de le venger en tuant Kira. Après avoir patiemment attendu et planifié l’attaque pendant près de deux ans, l’attentat a lieu le 14 décembre 1702. Les 47 eurent le droit de garder leur honneur par le suicide rituel et s’exécutèrent le 4 février 1703. Tous connaissaient les conséquences de leur acte et c’est pour cette raison que leur action est considérée comme particulièrement honorable. Quelque peu enjolivée, cette histoire a trouvé sa place dans la culture populaire japonaise, par les valeurs de loyauté, de sacrifice, de dévouement et d’honneur dont tout Japonais était censé s’inspirer dans sa vie quotidienne.

Un suicidaire réfléchi

L’ennui avec le film, c’est que le célèbre fait historique est entouré de nombreuses zones d’ombres. Le 7éme art a donc tenté d’en faire une aventure épique et féerique, sans réellement rendre hommage à l’histoire selon beaucoup. Rien d’étonnant dans le fait de découvrir un public japonais offusqué par l’adaptation. Après avoir subi plusieurs réécriture et une production chaotique, 47 Ronin a dans le reste du monde essuyait des critiques peu élogieuses. Avouons en effet que le réalisateur a osé beaucoup de choses, semblant presque vouloir choquer pour ne pas se faire oublier. Au lieu de cela, c’est après avoir subi une avalanche de critiques que son film est passé aux oubliettes, sacrifié lui aussi, tout comme ses personnages japonais entourant Keanu Reeves.

Sans mauvais jeu de mots, l’ensemble donne un film débridé devant lequel on rit jaune, et c’est aussi pour cela qu’on adore ! Il n’y a rien de drôle mais l’honneur est si grand et le jeu en vaut si peu la chandelle qu’on se surprend à en sourire. 47 Ronin fut toutefois bafoué à tort, pour les qualités qu’il prônait justement et assumait pleinement. Vous vous attendiez à quoi en allant voir un film de samouraïs ? À des bonnes blagues de-ci de-là ou à un semblant de Matrix ? Il était évident que le film offrait une aventure nippone exhortant l’honneur et le sacrifice. Supers pouvoirs et créatures étranges étaient également au rendez-vous, là encore rien de surprenant. S’en étonner, c’est un peu comme ne pas comprendre la présence de voitures dans Fast & Furious ou de baguettes magiques dans Harry Potter.

Une honte assumée

Bien loin du navet, 47 Ronin est avant tout un film incompris. Certes les effets spéciaux et le montage laissaient parfois à désirer mais l’ensemble était honnête et bien pensé. Avouons également que les acteurs japonais parlant un anglais approximatif nous avaient quelque peu coupé le sifflet. Mais une fois la surprise passée, on se laissait pleinement aller à ce petit accent du pays du soleil levant. Louons d’ailleurs un casting quasiment exclusivement japonais. Car soyez certains que si la production avait recruté des acteurs japonais de nationalité américaine, les critiques auraient déferlé de ce côté-ci aussi. Rendons en effet à César ce qui est à César ! Un fait historique japonais doit être joué par des japonais, c’est en tous les cas le choix qui a été fait et c’est très bien comme ça.

Louons au contraire l’effort de certains acteurs japonais ne parlant pas anglais qui ont dû prononcer leurs dialogues phonétiquement. Il s’agit bien plus d’investissement et de véritable travail que de sujets à moqueries, ne pensez-vous pas ? N’écoutez donc pas les critiques et n’ayez pas honte de revoir ce film dédié au Japon féodal. De l’accoutrement des personnages aux contes et légendes les plus célèbres de l’archipel parfaitement respectées, laissez-vous totalement bercer. Entre scènes intimistes et duels épiques, larmes et sang, drame et faux-semblant, 47 Ronin est un film complet qui n’a pas su se faire apprécier à sa juste valeur.

Un échec cuisant

La superproduction Universal au budget estimé à 175 millions de dollars a réalisé un démarrage catastrophique aux Etats-Unis. En cinq jours, il a récolté seulement 20,6 millions de dollars, soit le plus mauvais démarrage pour un film ayant coûté plus de 150 millions de dollars. Les sorties à l’étranger n’ont guère été plus brillantes… Un échec qui aurait coûté entre 120 et 150 millions de dollars à Universal.

Selon certains, cet échec s’explique en partie par la volonté d’Universal de confier la réalisation à un novice. Carl Erik Rinsch n’avait en effet à son actif qu’un court métrage remarqué : Le Cadeau. Des tensions ont également émergé entre les studios et le réalisateur qui souhaitait réaliser un film plus « japonais », quasiment un film sur les arts martiaux alors qu’Hollywood voulait un film plus « mainstream », rapportait à l’époque nos confrères de chez Variety. Pour finir, la décision finale de tourner le film en 3D a totalement plombé le budget déjà conséquent. Et c’est ainsi que 47 Ronin devint « le Titanic des films de samouraïs », toujours selon Variety.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ce film porté par un Keanu Reeves habité ?

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2 commentaires

  1. C’est super ce principe de #LesFilmsDeLaHonte !
    Ca me rappelle cette rubrique très réussie :
    https://www.ecranlarge.com/films/dossier/956797-tous-les-mal-aimes-southland-tales-alien-4-resident-evil-riddick

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