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#LesFilmsDeLaHonte : soyons solidaires avec Frère Noël

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous font partager l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour de Frère Noël de David Dobkin d’être examiné à la loupe. Une comédie mielleuse et guimauve à souhait, avec un Père Noël appelé Nick et son frère aîné nommé Fred en tête de traineau.

Frère Noël de David Dobkin (Shanghai Kids 2, Serial Noceurs) s’est originellement vu intituler Fred Claus. Fred aka Vince Vaughn n’est autre que le bro’ du Père Noël, campé par Paul Giamatti. Le duo nous a offert un film complètement givré, un conte qui nous rappelait les voyages de Gulliver de Jonathan Swift (paru en version complète en 1735). Et pour cause, Vaughn se voyait noyé sous un raz-de-marée de petits bonhommes verts. Oubliez les extra-terrestres, il s’agit simplement de travailleurs hors pair. Feu Lilliput et ses nains donc, et bonjour le Pôle Nord et ses lutins. Pour certains, Frère Noël est une sorte d’ovni lourdaud, niais et grossier. Pour d’autres, il s’agit d’une étoile filante dans la galaxie films de Noël. Une comédie vite oubliée à l’intrigue néanmoins « brillante ». Pour autant rafraichissons les mémoires…

Liberté, égalité, fraternité

Vous l’avez sûrement croisé un jour de décembre, avec sa houppelande, sa grande barbe blanche, ses sourcils cotonneux et sa hotte pleine de jouets. Jovial et ventripotent, le bonhomme se voit de loin, même sans son attelage de rennes customisé. Impossible de rater le Père Noël… Mais saviez-vous que Santa, alias « Nick » (Giamatti), alias Petit Papa Noël, avait un frère ? Fred (Vaughn) de son prénom a depuis toujours vécu dans l’ombre de son cadet. Il a bien essayé d’en être digne, mais Nick était meilleur en tout. Et tandis que le Père Noël devenait le symbole universel des fêtes de fin d’année et le plus grand dispensateur de cadeaux du monde, Fred l’incompris devenait la brebis galeuse de la famille Noël : un aigrefin, un baratineur, un combinard perpétuellement à court d’argent…

Un beau jour, Nick reçoit un appel de détresse de son frère, perdu de vue depuis des années. Sévèrement endetté, Fred doit d’urgence se refaire une santé. Magnanime, Nick accepte de le dépanner… à condition que Fred vienne l’aider dans sa super fabrique de jouets du Pôle Nord. Problème : l’incorrigible garnement n’a vraiment pas l’étoffe d’un elfe, et serait plutôt du genre à causer des ennuis… Côté prise de liberté historique (plutôt mythique cela dit), on peut dire que les scénaristes s’en sont donné à cœur joie. Le Père Noël est ainsi connu de tous et a de surcroît un « frère boulet » accroché à sa botte. Point de vue égalité, c’est en tous points l’opposé. La différence entre les frères est bien marquée, l’un étant merveilleux et l’autre grossièrement raté. Pour finir sur la fraternité, les deux hommes se rapprochent par intérêt avant de s’apprécier à leur juste valeur. Et tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes. Cela dit, comment aurait-il pu en être autrement aux confins du féérique et fabuleux Pôle Nord ?

Fausse promesse

Une happy end donc, précédée d’une intrigue de haut vol au casting cinq étoiles. Pour autant Dobkin est loin de nous avoir décroché la lune avec John Michael Higgins dans le rôle de Willy, Miranda Richardson dans celui de Annette Noël ou encore Rachel Weisz dans la peau de Wanda, la petit amie de Fred. Kathy Bates incarnait quant à elle la mère Claus, Trevor Peacock le Papa Noël, Ludacris l’elfe DJ Donnie et Jeremy Swift l’elfe Bob. Kevin Spacey jouait pour finir le détestable Clyde, contrôleur de rendement désireux de délocaliser la fabrication des jouets au pôle Sud. Mais tout ce petit monde n’a pas suffi à faire de la comédie un film qui restera dans les annales, est encore moins une pépite des DVDthèques. Nombreux seraient plutôt ceux, acquéreurs du dit dvd de Noël, à l’avoir abjectement planqué au fond du rayonnage, derrière les blockbusters et autres films cultes avérés.

En effet, nous nous faisions une joie d’enfin contourner les intrigues habituelles pour découvrir de nouvelles saveurs. Malheureusement, le Père Noyel est fidèle à lui-même (un escroc qui braque des millions de baraques en dévorant les gâteaux des enfants, dixit son frère) et son aîné une sorte d’erreur de programmation. La mièvrerie est bien présente et les lutins aussi. La comédie, qui se veut moralisatrice, a tôt fait de nous rouler dans la farine avec ses men in black miniatures et ses « travailler moins pour produire plus ». On rit jaune face aux frasques du frère perturbateur tout en voyant rouge face à un Santa caricatural. Nous qui pensions admirer un mythe revisité, on s’est mis le doigt dans l’œil et les pieds dans le plat.

Des clichés réchauffés ?

Les spectateurs découvraient le couple Claus (Bates et Peacock) et leur fils unique, Fred. Le monde du petit garçon chavirait lorsque son petit frère Nicolas venait à naître. Grassouillet et doté d’une bonté sans précédent, le petit dernier offrait ses cadeaux d’anniversaire aux enfants dans le besoin. Son incroyable générosité éloigna les deux frères, Fred étant devenu jaloux de celui que tout le monde adorait. L’aîné aigri rejoignit donc la ville tandis que Nicolas aka Nick devint le Père Noël que tout le monde connait.

On ne peut en aucun cas parler de réchauffé. L’intrigue est objectivement originale et la compétition entre frères efficace. Alors certes Giamatti ressemble en tout point au Santa habituel mais en même temps, il n’aurait pu en être autrement. Il s’agit d’une comédie familiale sur l’adorable bonhomme rouge, pas d’un film d’horreur sur le jumeau maléfique du déjà diabolique Satan ! Santa reste donc à sa place et son frère prend la sienne, entrainant avec lui un public averti.

Un gentil téléfilm

Les adeptes de films gnangnan se seront régalés, qu’ils aient découvert Frère Noël en aprem ou en soirée, avec le pop corn en renfort et le soda en amphore. En mode Dieu grec, étendu de tout leur long sur le canapé avec le chocolat chaud coulant à flot, les anti-films prise de tête en ont eu pour leur argent. Car oui, la comédie fait plus téléfilm que grand film, plus arnaque que révélation, plus film de la honte que film culte. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on adore !

Mignonnet et gentillet, ce conte familial a au moins eu le mérite de vouloir innover via le frère caché… Et endetté. Décontracté et attachant, Vaughn joue son rôle à fond, entrainant les lutins dans son sillage et faisant ravaler à son génie de frère ses « oh oh oh » exaspérants. La fabrique du Père Noël est au bord de la faillite, la faute au petit nouveau venu semer la zizanie. C’est ainsi sous l’œil inquiet d’un Kevin Spacey (qui n’a rien à faire ici…) désabusé que Vaughn danse et lance des lutins. Des boules de neige également, à son bouboule de frère, qui le lui rend bien. Un bon moment de détente en résumé, entre bons sentiments et morale tartinée. Allez donc chercher l’enfant qui est en vous et détendez-vous, vous n’allez pas le regretter.

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