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À l'origine sur Netflix : inspiré d'une escroquerie, le film en a-t-il provoqué une autre ?

À l'origine sur Netflix : inspiré d'une escroquerie, le film en a-t-il provoqué une autre ?

Succès critique et performance brillante de François Cluzet en 2009, "À l'origine" de Xavier Giannoli s'inspire de faits réels et de la vie d'un escroc aux faits d'armes fascinants par leur intention, qui s'est lui-même ensuite inspiré du film. "À l'origine" est à (re)voir sur Netflix.

Paul/Philipe Miller, l'escroc au grand coeur

Le tournage du film À l'origine n'aura pas laissé que des bons souvenirs à François Cluzet. Dans une interview au magazine Première en 2016, il relatait en effet que le réalisateur Xavier Giannoli était d'une exigence extrême envers ses équipes, et que les relations étaient glaciales. Pourtant, l'acteur devenu très populaire avec Ne le dis à personne (2006) et Intouchables (2011), livre dans À l'origine une de ses plus belles performances, pour laquelle il est nommé au César du meilleur acteur en 2010. Le film de Xavier Giannoli, en compétition au Festival de Cannes 2009 et salué par la critique mais qui a laissé le public plutôt indifférent (310 000 entrées en France), se présente à la cérémonie avec dix nominations, mais ne repart qu'avec le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Emmanuelle Devos, son deuxième après celui de la meilleure actrice pour Sur mes lèvres (2001). Le succès critique du film tient à la maîtrise totale, fut-elle atteinte à force de contraintes et de difficultés, de l'histoire racontée par Xavier Giannoli, une histoire d'escroquerie, de quête de sens et de rédemption, inspirée de faits réels et fascinants.

À l'origine
François Cluzet dans "À l'origine" © EuropaCorp

Paul (François Cluzet) est un escroc, rompu aux combines à la petite semaine et habitué de la prison. Confondu avec un cadre d'une entreprise de travaux publics, il saute sur l'occasion pour s'inventer une identité, Philippe Miller, et une mission : relancer le chantier d'un tronçon d'autoroute dans le nord de la France. À côté de ce chantier, une petite ville durement frappée par le chômage et beaucoup d'entrepreneurs locaux qui souhaitent la reprise du chantier pour retrouver du travail. Séduit par les pots-de-vin offerts par ceux-là, accueilli par la ville comme un sauveur, et aussi amoureux de Stéphane (Emmanuelle Devos), la maire, il va continuer son escroquerie, créant une entreprise fictive et engageant des dizaines d'employés, jusqu'à ce qu'elle le dépasse. À l'origine est l'histoire d'un homme dont les machinations suggèrent une forme de folie, tout autant qu'un profond désir de trouver un sens à sa vie, de se rendre utile et d'être aimé. Car si l'objectif est d'abord peut-être de s'enrichir à des fins personnelles, un autre enjeu se développe : celui de sauver toute une population de la précarité.

Philippe Berre, l'escroc des grands chantiers

À l'origine
Philippe Berre ©SudOuest

L'inspiration de Xavier Giannoli pour À l'origine est libre, et certains faits relatés dans le film ont été exagérés. Mais l'histoire de cette imposture et de ce chantier "fantôme" est tout à fait réelle, et c'est une des escroqueries célèbres de Philippe Berre, qui a passé sa vie entre usurpations d'identité et détentions en prison - pour un total de 34 ans d'emprisonnement. Menteur jusqu'à la mythomanie, il ne s'est jamais fait connaître pour des faits de violence, mais pour des faits d'escroquerie sans pareils.

En 1997, il y a bien en France un chantier de tronçon d'autoroute - celui de l'A28 - suspendu à la suite de la découverte sur son tracé d'une espèce très rare de scarabée, le pique-prune, exactement le même postulat que dans le film (l'autoroute devenant juste l'A61). Sous le faux nom de Roger Martin et la toute aussi fausse profession d'ingénieur chargé du chantier, il s'installe pendant un mois dans une ferme du coin, engage une dizaine d'ouvriers (beaucoup moins que dans À l'origine), loue du matériel et commence à effectuer quelques tâches. Mais contrairement à ce que montre le film, ses équipes n'ont pas eu le temps d'intervenir réellement sur le chantier. Mis à jour suite aux soupçons d'un fournisseur de matériel, il est arrêté et condamné en 1998 à cinq ans de prison ferme, sa dix-septième condamnation ! À noter que le juge d'instruction chargé alors de l'enquête est par ailleurs conseiller sur le film et y joue brièvement son propre rôle.

Flatté et obsédé par son double, il récidive

À l'origine part donc de ce célèbre fait divers pour développer son propos, en y ajoutant une réelle implication sur le chantier pour servir le drame profond du film et la perdition du personnage principal. L'histoire aurait pu en rester là mais Philippe Berre, voit le film, l'apprécie et entre alors dans une "rivalité narcissique" avec le personnage, c'est-à-dire son "double" adapté par François Cluzet et Xavier Giannoli. Comme le raconte aussi le documentaire "À l'origine d'"À l'origine"  de Pascal Catuogno, Philippe Berre rend même visite à Xavier Giannoli début 2010. Et parce qu'il est présenté dans le film comme un homme fondamentalement au grand coeur, voulant finalement faire le bien et qui a plus besoin d'aide que de punition, il va se trouver une  occasion de combler l'écart moral qu'il y a entre lui et le personnage d'À l'origine.

À l'origine
François Cluzet et Emmanuelle Devos dans "À l'origine" © EuropaCorp

C'est ainsi suite à la terrible tempête Xynthia survenue en février 2010 en Charente-Maritime, particulièrement destructrice pour la ville de Charron, qu'il commence une nouvelle escroquerie. Il s'y rend, et pendant quatre jours se fait passer pour un certain Pierre Lebert,  fonctionnaire du ministère de l'agriculture et de la pêche et en charge de la coordination des secours. Preuve du caractère unique de ses escroqueries, la population locale et les élus racontent qu'il a effectué un travail d'une efficacité impressionnante, et avec une énergie débordante. Il fait même livrer des engins de chantiers escortés par la gendarmerie ! C'est d'ailleurs cette sur-capacité qui a mis la puce à l'oreille, et qui a conduit au terme de ces quatre jours à sa garde à vue et à son incarcération, pour cette nouvelle imposture et abus de confiance, ainsi que pour d'autres dont il devait déjà répondre. Il est une première fois condamné en avril 2010 à 4 ans de prison ferme, puis une nouvelle fois en 2012 à trois ans supplémentaires pour avoir usurpé le titre de fonctionnaire.

Le maire de Charron de l'époque, Jean-François Fauget, déclarait en début d'année 2020 à son propos :

C’est quelqu’un à qui je n’en veux absolument pas. Comme j’ai toujours dit, ce n’est pas un criminel. Ce n’est pas un truand. C’est un mythomane. C’est un mec qui voulait à tout prix être quelqu’un et qui a vachement bien bossé. Bien sûr ce n’était pas son fric qu’il utilisait, mais il n’a pas mis un euro dans sa poche.

Un film pour explorer le mystère d'une humanité complexe

Si le film À l'origine a librement développé l'affaire du chantier de l'A28, et semble avoir donné des idées à Philippe Berre, Xavier Giannoli et ses équipes ont parfaitement su explorer le mystère de Philippe Berre, auteur donc d'une succession d'escroqueries, d'impostures et d'abus de confiance dont il n'a jamais tiré de richesses personnelles, mais qui semblaient avoir pour but de le faire reconnaître, et finalement d'être apprécié et aimé. Entourés de Gérard Depardieu, Vincent Rottiers et Soko, François Cluzet et Emmanuelle Devos y livrent des performances magistrales par leur émotion, leur profondeur et leur complexité. À revoir sans hésiter, pour se plonger dans un film très réussi qui explore avec finesse la psychologie d'un homme qui voulait à tout prix exister aux yeux des autres.

À l'origine, disponible sur Netflix. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

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