À plein temps : quelles sont les grèves massives représentées dans le film ?

À plein temps : quelles sont les grèves massives représentées dans le film ?

Dans "À plein temps", Laure Calamy se débat dans un quotidien déjà exténuant et doit redoubler d'efforts quand le pays est touché par des grèves massives. Pour cet élément central de ce film écrit pendant le mouvement des Gilets jaunes, le réalisateur Éric Gravel a expliqué quelles étaient ses inspirations.

Quand les grèves s'invitent au cinéma

Si l'on demande aux étrangers ce qu'ils connaissent de la culture française, à côté de la baguette et de la Tour Eiffel, la grève arrive souvent en tête de liste. Le droit de grève est un principe inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, mais il n'est pas strictement réglementé. Son application est complexe. Et cette complexité participe à rendre pour beaucoup cet acte de contestation fascinant et un brin mystérieux.

Julie (Laure Calamy) - À plein temps
Julie (Laure Calamy) - À plein temps ©Haut et Court

Cette particularité française est au coeur du film d'Éric Gravel À plein temps. Dans celui-ci, Laure Calamy joue une mère élevant seule ses deux enfants, installée à la campagne à plus d'une bonne heure de train de la capitale. Tous les jours, elle doit se rendre à Paris où elle travaille en tant que première femme de chambre dans un palace. Un boulot qu'elle compte quitter pour revenir à sa première activité, elle qui était avant cadre dans le secteur du marketing. Mais alors qu'elle doit passer une série d'entretiens, un mouvement social massif se met en marche, entraînant de grandes grèves qui paralysent les transports.

Ces grèves, bien plus qu'un simple élément de contexte, jouent un rôle important dans le destin de Julie, et plus largement dépeignent une société et ses travailleurs au bord de l'asphyxie.

Les grèves de 1995 et le mouvement des Gilets jaunes en inspirations

Réalisateur franco-québécois, Éric Gravel s'est installé en France il y a plus de vingt ans et vit dans la région de Sens. Il connaît donc la culture française de l'intérieur, tout en ayant gardé aussi un regard extérieur. Il a ainsi expliqué quels mouvements sociaux l'avaient marqué et inspiré pour mettre en scène À plein temps. Car si À plein temps est une fiction et que les grèves du film ne sont pas clairement identifiées, son réalisme et sa modernité s'appuient sur des inspirations très réelles.

Je me suis souvenu des grèves à Paris en 1995, j’avais été impressionné par la façon dont les Parisiens et les banlieusards étaient solidaires et faisaient vivre la ville autrement, en marchant, en faisant du stop, en s’entraidant. Je voulais montrer cette ambiance de combat quotidien et surtout cette solidarité.

Et puis le hasard a voulu que, pendant que j'écrivais mon scénario, le mouvement des Gilets jaunes démarre. Dans la région de Sens où j'habite, j'ai vu les premières occupations des ronds-points se former. Je sentais que les choses n'allaient pas bien et leur démarche faisait sens. Dans ce mouvement, il y avait beaucoup de femmes monoparentales qu’aucune corporation ne représente et ça ne m’a pas surpris de les retrouver là.

À plein temps, après avoir été distingué dans plusieurs festivals, dont la Mostra de Venise 2021, est aussi nommé aux César 2023 dans les catégories Meilleur actrice (Laure Calamy), Meilleur scénario original (Éric Gravel), Meilleure musique originale (Irène Drésel) et Meilleur montage (Mathilde Van de Moortel).