Après la Palme d’Or pour TITANE, Julia Ducournau était attendue au tournant. Avec ALPHA, présenté en compétition officielle, la cinéaste déjoue les attentes en livrant un film plus retenu, presque apaisé. Loin de ses provocations corporelles habituelles, elle signe une fable sensible sur le deuil, l’attachement et la mémoire, dans un monde ravagé par une étrange maladie qui transforme les corps en marbre.
Le film se déroule dans les années 1980, dans une ville portuaire marquée par une épidémie non identifiée. On y suit Alpha, une jeune fille de 13 ans qui vit seule avec sa mère. Son oncle, atteint de la maladie, devient peu à peu le centre émotionnel du récit. Joué par un Tahar Rahim amaigri et bouleversant, ce personnage incarne la lente disparition d’un être aimé que personne ne veut laisser partir. Ducournau n’abandonne pas pour autant sa fascination pour le corps, mais elle le traite cette fois avec plus de douceur. Les malades se figent, littéralement, jusqu’à se désagréger. Les effets visuels sont sobres mais puissants, et le deuil s’impose comme le vrai sujet du film : comment continuer à aimer ce qui disparaît ? La bande-son, omniprésente, appuie parfois un peu trop le propos, mais le film conserve une vraie tenue formelle. Moins radical que ses précédents, ALPHA marque une nouvelle étape dans le parcours d’une réalisatrice qui cherche désormais ailleurs.