Cédric Klapisch signe une chronique familiale touchante avec "Ce qui nous lie". Un projet de longue date que le cinéaste a laissé vieillir comme le bon vin, et à travers lequel il traite des thématiques en lien avec son histoire personnelle.
Ce qui nous lie : un retour aux racines
Après un récit choral avec Paris et une escale à New York avec Casse-tête chinois, Cédric Klapisch quitte les grandes villes en 2017 pour poser sa caméra en Bourgogne. Dans Ce qui nous lie, Jean (Pio Marmaï) revient dans le domaine viticole familial après avoir passé dix ans à l’étranger pour fuir son père, gravement malade.
À la mort de ce dernier, Jean doit décider avec sa sœur Juliette (Ana Girardot) et son frère Jérémie (François Civil) de ce qu’ils comptent faire de leurs terres. Alors que les souvenirs de leur enfance émergent et que les liens se reforment, ils mettent tout en œuvre pour éviter la déroute financière sans renoncer à leur héritage.

María Valverde, Karidja Touré, Florence Pernel, Éric Caravaca et Tewfik Jallab complètent la distribution de Ce qui nous lie. En plus de ses paysages somptueux, la comédie dramatique doit beaucoup à la complicité de son trio d’acteurs, qui oscille avec justesse entre humour et gravité tout au long de cette chronique familiale touchante.
Un projet de longue date pour Cédric Klapisch
Pour être parfaitement en phase avec sa thématique viticole, Cédric Klapisch laisse le projet mûrir pendant près de dix ans. Le générique d’ouverture, au cours duquel un arbre des vignes évolue au fil des saisons, est tourné en 2010, comme le confie le cinéaste à Laurent Weil pour Canal+.
À l’époque, le réalisateur contacte des vignerons pour mieux comprendre leur métier. Il reçoit notamment les conseils du viticulteur Jean-Marc Roulot, qui l’autorise à venir photographier son domaine et qui finit par incarner Marcel dans le long-métrage quelques années plus tard.

Dans le dossier de presse cité par Allociné, Cédric Klapisch se souvient :
À la suite de ça, je me suis dit qu’il fallait que j’observe précisément le changement des paysages en liaison avec le passage des saisons. Pendant les six mois qui ont suivi, j’ai fait des allers et retours en Bourgogne, pour trouver un arbre. L’arbre idéal pour pouvoir raconter le passage du temps et le cycle des saisons. J’ai rencontré un photographe qui connaissait bien le vignoble bourguignon, Michel Baudoin. C’est lui qui m’a aidé dans mes recherches. Finalement on s’est mis d’accord sur deux cerisiers : l’un à Meursault et l’autre à Pommard.
Après il a fallu trouver le bon cadrage, le bon objectif, la bonne heure pour les photographier. Michel a accepté de se prêter au jeu et pendant un an il a été photographier chaque semaine ces deux arbres (à chaque fois à la même heure)… Chaque fois, il prenait une photo et il enregistrait un film d’une minute. Il a donc fait 52 photos/plans de ces deux arbres au milieu des vignes. Sans savoir exactement quoi, je sentais en regardant ces photos, qu’il y avait une matière à faire un film.
La passion et la transmission à l’origine du film
Cédric Klapisch envisage alors un récit centré sur une relation entre un père de 70 ans et son fils de 40 ans. Il pense à Romain Duris pour interpréter ce dernier. En 2011, après avoir tourné le générique, le cinéaste retourne voir les vendanges mais cette année-là, la météo est nettement moins favorable. Il met donc le projet de côté et retrouve bien l’acteur révélé par Le Péril jeune, mais sur Casse-tête chinois pour clore la trilogie initiée avec L’Auberge espagnole et Les Poupées russes.
Finalement, le réalisateur axe son histoire sur une sœur et deux frères plus jeunes avec son coscénariste Santiago Amigorena. Cédric Klapisch fait ce choix afin de parler du passage à l’âge adulte, mais aussi de la passion et de la transmission. Des thématiques qui le renvoient à son histoire personnelle. Le cinéaste explique à ce propos :
J’ai connu le vin par mon père – qui ne boit pratiquement que du Bourgogne. Quand j’ai commencé à boire (vers 17-18 ans) il me faisait goûter ses vins… C’est grâce à lui que j’ai eu cet apprentissage. Jusqu’à il y a peu de temps il nous emmenait en Bourgogne mes sœurs et moi faire des dégustations dans des caves. C’était une sorte de rituel, une fois tous les deux ans à peu près… (…) Je sentais intuitivement que si je voulais faire un film sur le vin c’était parce que j’avais envie de parler de la famille. Ce que l’on hérite de ses parents, ce que l’on transmet à ses enfants.