Cette Semaine, J'Ai Envoyé Un Mail à…

Cette Semaine, J'Ai Envoyé Un Mail à…

… Edgardo Cozarinsky, réalisateur et scénariste du troublant Ronde de nuit.
Cinéaste et écrivain né à Buenos Aires, Edgardo Cozarinsky vit à Paris depuis 1974. Il signe une œuvre cinématographique personnelle mêlant documentaire et fiction.
Avec Ronde de nuit, il retourne à ses origines et dresse le portrait de sa « ville en détresse », Buenos Aires. L'occasion pour nous de lui poser quelques questions histoire de percer quelques mystères…

Pensez-vous que l'image donnée de Buenos Aires dans votre film est réaliste ?
Celle-ci étant emprunte de misère, prostitution et drogue…

L'image que vous avez perçue n'est que la toile de fond pour une histoire fantastique, celle du retour des morts cherchant leurs êtres chers. C'est une image partielle, évidemment, mais elle est bien réelle dans sa partialité, et j'ai trouvé plus intéressant de faire surgir le fantastique
d'une réalité "hard" que d'une élaboration déjà "artistique".

L'homosexualité est prédominante… Défendez-vous une cause ? Ou est-ce autre chose ?
Je ne défends aucune cause. Le monde homosexuel a ceci de particulier, que ses créatures traversent différent milieux sociaux, étanches pour ceux qui n'y appartiennent pas. Donc, un sauf-conduit intéressant pour la ronde de nuit que je voulais mettre en branle.

Certains journalistes pensent que vous avez tenté une représentation mythologique des bas-fonds sociaux. Etes-vous d'accord ?
Borges a fait un mythe de son quartier de Palermo à Buenos Aires, au début du siècle, en écrivant sur les mauvais garçons et leurs duels au couteau. Le romancier Alain Pauls (auteur de "Le Passé", traduit chez Christian Bourgois) a dit que mon film faisait une opération semblable pour les coins de rues du commerce gay .

Votre film est nommé dans de nombreux festivals… Est-ce, pour vous, un signe de reconnaissance ?
La seule reconnaissance pour moi est celle des cinéastes et artistes que je respecte.

Comment, du haut de ses 22 ans, Gonzalo Heredia a-t-il appréhendé les scènes de sexe ?
Il les a appréhendées avec une grande simplicité, en sentant qu'il avait une chance de montrer ses capacités de comédien, jusque-là peu évidentes dans des sitcoms pour adolescents à la TV.
C'est une nature forte malgré sa jeunesse et un comédien remarquable, et j'espère avoir le bonheur de retravailler avec lui.

Comment définiriez-vous l'étrange jeune femme ?
C'est pour moi le fantôme le plus fort, car il s'agit d'une femme, donc d'un amour plus mûr que les rapports occasionnels connus par le jeune homme. Et le fait de parler de maternité (réelle ? fantasmée par le désir de la jeune femme ?) est pour moi capital.

À travers ce film, quel est le message que vous avez voulu faire passer ?
Les messages, je les laisse pour la poste et pour Internet. J'ai voulu faire passer des émotions, fortes, si possible dérangeantes, et de communiquer un peu de mon amour pour ma ville en détresse.

=> Voir la fiche complète de Ronde de nuit

Propos recueillis par Fanny Cairon (Paris, février 2006)

 

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