Effets secondaires sur Arte : quand Steven Soderbergh n’en pouvait plus du cinéma

Il était au bout du rouleau

Effets secondaires sur Arte : quand Steven Soderbergh n’en pouvait plus du cinéma

Entre 2011 et 2013, Steven Soderbergh sort pas moins de cinq longs-métrages, parmi lesquels "Effets secondaires". Une période prolifique mais qui laisse le réalisateur blasé, persuadé qu’il en a terminé avec le cinéma.

Effets secondaires : traitement de choc pour Rooney Mara

Depuis ses débuts en 1989 avec Sexe, mensonges & vidéo, Steven Soderbergh s’est essayé à de nombreux genres, du biopic (Erin Brockovich, seule contre tous) au film catastrophe (Contagion), en passant par le film de casse (Ocean’s Eleven), la science-fiction (Solaris) et le film d’action (Piégée). Avec Effets secondaires, le réalisateur revient au thriller, dans lequel il s’était déjà illustré, notamment avec À fleur de peau.

Le long-métrage débute sur les retrouvailles entre Emily (Rooney Mara) et Martin Taylor (Channing Tatum), qui vient de purger une peine de quatre ans de prison. Atteinte d’un trouble bipolaire, Emily est suivie par le psychiatre Jonathan Banks (Jude Law), qui décide de lui prescrire une nouvelle molécule psychotrope baptisée Ablixa pour soigner sa dépression. La jeune femme se met alors à avoir des absences et est en proie à des épisodes de somnambulisme.

Effets secondaires
Emily Taylor (Rooney Mara) - Effets secondaires © ARP Sélection

Une nuit, elle poignarde à mort son compagnon. Jonathan Banks, aidé par sa consœur Victoria Siebert (Catherine Zeta-Jones), estime qu’Emily pourrait avoir agi sous l’emprise du traitement et évoque l'hypothèse d’un homicide involontaire. Mais la presse s’empare de l’affaire et se met à accuser le psychiatre, qui voit toute la profession se retourner contre lui. Embarqué dans une spirale infernale, Banks remet en doute la parole d’Emily et décide de mener sa propre enquête.

Le ras-le-bol de Steven Soderbergh

Lorsqu’Effets secondaires sort en 2013, Steven Soderbergh vient d’enchaîner coup sur coup cinq longs-métrages en seulement trois ans, représentatifs à la fois de sa boulimie de travail et de son éclectisme : Contagion, Piégée, la comédie dramatique Magic Mikele thriller avec Rooney Mara et enfin le biopic Ma vie avec Liberace (tourné pour HBO). Une période extrêmement prolifique, mais de laquelle il ressort avec un profond sentiment de lassitude.

En 2011, au cours d’un entretien pour Studio 360, le cinéaste déclare déjà :

Quand on en arrive au point où, si je dois monter dans un van pour faire d'autres repérages, j'ai juste envie de me tirer une balle, c'est que le moment est venu de laisser quelqu'un d'autre monter dans le van, quelqu'un qui soit toujours enthousiaste à l'idée de monter dans le van. Alors c'est juste le moment. Ces trois dernières années, j'ai refusé tout ce qui m'arrivait, donc vous ne verrez plus Steven Soderbergh traîner dans le coin.

Deux ans plus tard, il confirme qu’Effets secondaires est son dernier film. Interrogé par le New York Magazine, le réalisateur fait part de son envie de tenter de nouvelles choses :

C’est un mélange entre une envie de changer personnellement et le sentiment d’avoir heurté un mur dans mon développement que je ne sais pas comment franchir. La tyrannie de la narration commence à me frustrer, du moins la narration telle que nous la définissons actuellement. Je suis convaincu qu’il existe une nouvelle grammaire quelque part.

Au cours de cet entretien, il tacle également le mauvais traitement réservé aux cinéastes par les acteurs impliqués dans le financement des longs-métrages. Il fustige aussi le refus d’ambiguïté du public qu’il constate à travers l’accueil réservé au personnage trouble de Jude Law dans Contagion.

Le retour au cinéma

La nouvelle grammaire à laquelle il aimerait se consacrer, Steven Soderbergh l’expérimente en travaillant par la suite sur les séries The Knick et Mosaic (qui propose une expérience interactive). La première lui permet de retrouver de l’énergie entre 2014 et 2015, comme il le confie à GQ.

S’il n’est pas réconcilié avec l’industrie hollywoodienne, le réalisateur fait son grand retour au cinéma en 2017 avec Logan Lucky. Un an plus tard sort Paranoïa, tourné à l’iPhone. Deux échecs commerciaux vis-à-vis desquels leur auteur reconnaît auprès de Deadline qu’il aurait dû suivre l’avis des studios en injectant davantage de fonds dans leur budget marketing.

Depuis, Steven Soderbergh a collaboré à deux reprises avec Netflix (High Flying Bird, The Laundromat), puis HBO Max (La Grande traversée, No Sudden Move). Conscient que le streaming a rebattu les cartes d’un point de vue économique, il assure à Esquire en juin 2021 que la Covid-19 risque aussi de laisser une empreinte sur les habitudes des spectateurs.

Le réalisateur ne craint pas pour autant la fin des salles obscures et estime que les films peuvent désormais bénéficier de différents modèles d’exploitation, adaptés en fonction de leur potentiel. Après la lassitude, l’optimisme.

 

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