Fabien Gorgeart, réalisateur de "La Vraie famille", nous raconte son cinéma

Rencontre avec Fabien Gorgeart

Fabien Gorgeart, réalisateur de "La Vraie famille", nous raconte son cinéma

Avec deux longs-métrages remarqués, Fabien Gorgeart est en train de se faire une belle place dans le cinéma français. Avec "La vraie famille", doublement récompensé au 14e Festival d'Angoulême, il traite de nouveau d'un thème cher à son coeur, celui de la famille qu'on se choisit, et offre regard bouleversant sur le paradis perdu de l'enfance. On l'a rencontré pour en savoir plus sur son cinéma, depuis ses courts-métrages jusqu'à "La Vraie famille".

À l'occasion de la sortie en DVD et Blu-ray de La Vraie famille le mercredi 22 juin 2022, nous avons pu nous entretenir avec son réalisateur Fabien Gorgeart. Après Diane a les épaules  en 2017, où il dirigeait notamment Clotilde Hesme dans une comédie dramatique autour de la GPA, il met en scène une autre grande comédienne française en la personne de Mélanie Thierry. Celle-ci incarne la mère d'une famille d'accueil, confrontée au futur départ de Simon, qu'elle a accueilli à sa naissance.

Cinéaste de la famille et de l'enfance, Fabien Gorgeart déploie un grand talent cinématographique pour raconter ces histoires intimes, avec de la pudeur, de l'émotion et de l'humour, toujours à la distance idéale pour sublimer ses thèmes et leur récit. On a donc essayé, en partant de ces courts-métrages, certains présents dans le DVD et le Blu-ray de La Vraie famille, de reconstituer avec lui son rapport au cinéma et à son métier.

Il y a un court-métrage étonnant au regard de votre filmographie, Un chien de ma chienne (2013), où on reconnaît la thématique familiale mais dans un exercice de genre très identifié.

Fabien Gorgeart : Un chien de ma chienne, en réalité je n’en suis pas très heureux. Je ne suis pas très à l’aise avec, parce que je le sens trop porté par l’idée d’exercice. Ce fut un véritable honneur en revanche, car j’ai rencontré Clotilde Hesme. Et c’est en la rencontrant que j’ai eu l’idée du personnage de Diane a les épaules. C’est en la découvrant et en découvrant cet aspect solaire, cette personne drôle et joyeuse... C’est elle qui m’a emmené vers Diane a les épaules.

Diane a les épaules
Diane a les épaules ©Haut et Court

Pour La Vraie famille, qui est ancré dans ce que j’ai vécu enfant, il y a cette idée de paradis perdu. D’où l’introduction dans une sorte de paradis artificiel, au centre de vacances. Je suis dans un entre-deux : préserver le souvenir heureux de l’enfance, sans en avoir toutes les clés, et trouver là-dedans une faille émotionnelle. C’est pour ça que je considère Un chien de ma chienne à part dans mon parcours.

Pourtant, s'il est moins solaire que vos autres films, on y trouve une ambition cinématographique authentique et un vrai geste formel, comme c'est le cas dans vos longs-métrages.

Pour mon prochain film, je vais pousser cette recherche. C’est une préoccupation. J’avais ça dans mon premier court, mais d’une manière naïve, innocente, que j’ai ensuite un peu perdu. Naturellement on va théoriser son geste, en avoir conscience, et c’est là où ça marche moins bien. J’ai remis ça en question avec Le sens de l’orientation, où l’idée était surtout d’accompagner les comédiens. J’ai relâché ce sentiment formel, pour me reposer sur la direction d’acteurs pure, et avec Un chien de ma chienne je suis de nouveau revenu à l’exercice formel. Je sens que je suis encore loin de ce vers quoi exactement je veux aller. Ce qui est très excitant !

J’aime bien cette idée qu’on puisse, sur des sujets traités souvent de manière naturaliste, faire du cinéma autrement. Ça m’importe beaucoup.

Que ce soit dans Diane a les épaules ou La vraie famille, il y a ce rapport particulier au temps et à son échéance. La fin d'une grossesse dans un cas, le départ du foyer d'un enfant dans l'autre. Dans les deux cas c'est une séparation. Qu'est-ce qui vous attire tant dans ce "concept" ?

Je crois que c’est le sentiment de la fin programmée, le côté inéluctable. Ça met une tension dramatique, de fait. Mais aussi, malgré le fait qu’on sache que la fin est programmée, on peut se permettre de l’oublier. Dans La Vraie famille, puisque le départ de Simon est annoncé tôt, l’idée était qu’Anna elle-même veuille oublier ce moment, ce temps programmé. C’est aussi comme dans Diane a les épaules, on sait que le temps est compté, et donc il faut le retenir.

Ça dit quelque chose de mon rapport à l’enfance, de ce paradis perdu. C’est perdu, mais ça reste un paradis. C’est cette dynamique qui m’intéresse. L’envie que ça ne s’arrête pas, alors qu’on sait que c’est inéluctable.

La Vraie famille
La Vraie famille ©Le Pacte

Avez-vous aussi ce rapport au cinéma en tant que spectateur ? Ce même rapport à la fin des choses ?

Les films qui me bouleversent sont ceux qui, quand je suis dedans, je ne veux pas qu’ils s’arrêtent. C’est intéressant, parce que ce sont des films qui ont souvent cette idée en eux-mêmes. Alors ça n’a rien à voir avec que je fais, mais c’est ce que je trouve dans Once Upon A Time in... Hollywood. C’est un film absolu pour ça. Je ne veux pas que ça s’arrête, et Tarantino lui-même s’amuse avec ça. On peut être 5mn juste avec Brad Pitt dans une voiture, on est contents ! E t en même temps, la fin est programmée, on sait tous comment cette histoire se finit. Ce qui par ailleurs permet au film de prendre son temps. Ne pas avoir envie d’y aller.

Dans "La Vraie famille", j’ai eu envie de toucher ça du doigt. C’est pour ça qu’il y a ces grandes scènes de joie, de fêtes, la période de Noël. On prend son temps parce que derrière on sait que ça va déconner.

Dans votre métier de réalisateur, la dimension de direction d'acteurs est celle que vous préférez ?

Oui, l’excitation du travail avec les comédiens est très grande pour moi. Ce qui me grise le plus, c’est réussir à faire croire à l’existence de quelqu’un. Ça paraît bête dit comme ça, mais en réalité le gros du travail c’est ça; qu’on ait une croyance très forte dans les personnages qui sont montrés. Chercher ça avec le comédien, avec des enfants en plus dans le cas de La Vraie famille, c’est très grisant quand on sent qu’on y arrive. Au moment où l’émotion d’un comédien, alors que celle-ci est entièrement fabriquée, est transmise comme vraie, ça me crée un vertige.

 

Avez-vous la sensation d'écrire votre film plutôt au scénario, au tournage, au montage ?

Il y a un projet par film, c’est unique. En tout cas je n’ai pas encore assez d’expérience pour le voir autrement. Pour La Vraie famille, je n’ai fait que préciser l’écriture du scénario. Le film, dans sa forme finale, en est très proche. J’ai essayé de l’oublier au tournage, mais pour retomber bien dessus, toujours. Il n’y a pas eu de réécriture dramaturgique par exemple, toutes les scènes sont là comme elles étaient écrites.

Il était vraiment question, au tournage, de préciser plutôt que de réécrire. Pour Le sens de l’orientation, ou Diane a les épaules, entre les scénarios et ce que les films sont, il y a une vraie évolution, il y a eu de la réécriture. Mais je n’ai pas encore un sentiment clair là-dessus. Jusque-là chaque film a eu sa propre manière, sa propre fabrication.

 

La Vraie famille est disponible en VOD, DVD et Blu-ray depuis le 22 juin 2022.

 

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