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Forrest Gump : de quelle maladie meurt Jenny ?

Forrest Gump : de quelle maladie meurt Jenny ?

Très grand succès du cinéma des années 90, récompensé par les Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur, "Forrest Gump" est parfois critiqué pour son "simplisme". Une erreur, puisqu'en se concentrant sur le parcours du personnage de Jenny, on comprend que sont suggérés beaucoup des malheurs de la société américaine de l'époque, desquels fait partie la "mystérieuse" maladie de Jenny.

Croyez-le ou non, mais la mort de Jenny, compagne de Forrest Gump dans le film du même nom, n'est pas d'une cause entendue par tous. Ce film, très grand succès du cinéma sorti en 1994, a rassemblé dans son public, au fil des années, plusieurs générations, des jeunes et des moins jeunes. Pour réussir ce récit américain, la narration du film se concentre sur Forrest Gump pour relater de grands événements de la deuxième moitié du 20ème siècle : la guerre du Vietnam, l'élection des différents présidents, le premier homme sur la Lune, voire même la création d'Apple...

Un ensemble d'éléments présentés au prisme de l'innocence de Forrest Gump (Tom Hanks), ce qui donne au film son enthousiasme, sa bonté, et une forme d'optimisme. Génie du scénariste (Eric Roth) et du metteur en scène (Robert Zemeckis), c'est avec le personnage de Jenny (Robin Wright) que le film raconte tout le côté obscur de l'Amérique sur plus de trois décennies.

La maladie de Jenny, suggestion d'une tragédie

Amis d'enfance, Jenny et Forrest se retrouvent une fois adultes, s'aiment, mais Jenny et Forrest n'appartiennent pas au même monde, et Jenny finit par repartir, encore. Ils se retrouvent, définitivement, quand le film passe du récit de la vie à Forrest à son temps présent. Le bus qu'il attend sur son banc, c'est celui qui doit l'emmener retrouver Jenny. Ils se retrouvent, Jenny lui annonce qu'ils ont un petit garçon ensemble, et elle lui annonce aussi qu'elle est malade, touchée par un "genre de virus" que les médecins ne comprennent pas. Nous sommes en 1981.

La maladie de Jenny est en réalité traitée avec une retenue et une distance subtile, pour dire, mais sans représenter, la violence de la situation. Sa maladie est évoquée rapidement, comme lorsque durant leur enfance, Forrest raconte en voix off que le père de Jenny était très "affectueux" avec elle et ses soeurs, alors qu'on la voit fuir son père et s'en cacher. Si l'on voit cette séquence enfant, on ne comprend pas très bien de quoi il est question, mais plus âgé on comprend bien qu'il s'agit de violences infantiles et sexuelles...

Plus tard, pendant la guerre du Vietnam et après le retour de Forrest au pays, on voit que Jenny est embarquée dans une période junkie, droguée et au bord du suicide. Alors que Forrest, toujours guidé par son émouvante innocence, vit une Amérique toujours optimiste, Jenny est le témoin d'une Amérique pessimiste. Battue et violée enfant, jeune adulte humiliée, junkie, enfin irrémédiablement souffrante, Jenny meurt de sa maladie dans la maison familiale de Forrest Gump, un an après leur mariage.

Ce mystère n'en est pas vraiment un. Au début des années 80, cette maladie "mystérieuse" et mortelle ne peut être autre que le sida ou l'hépatite C. En 2019, lors d'une interview donnée à Yahoo, le scénariste Eric Roth a confirmé qu'il s'agissait bien du sida. Un développement du personnage qui n'est pas dans le roman de 1986 de Winston Groom, mais qui a été ajouté dans le film, et qui devait être une base pour la suite, dont le projet est lancé rapidement après la sortie de Forrest Gump. Dans cette suite, Forrest Jr devait être atteint du sida, tandis que son père se retrouvait témoin de l'affaire O.J. Simpson, de l'attentat d'Oklahoma City, et dansait avec la Princesse Diana. Mais ce scénario, finalisé le 10 septembre 2001, ne survécut pas au 9/11, événement qui a profondément et définitivement bouleversé la société américaine.

Pas un mystère, mais une délicatesse qui sert grandement le film

On retient évidemment du film le personnage de Forrest Gump, et la vision du monde que le scénariste et le metteur en scène lui ont donnée. Mais si le film atteint ce très haut niveau de qualité, c'est justement parce qu'il ne fait pas l'économie des difficultés de la société que Forrest raconte. Pour raconter ce versant très sombre de l'histoire de la société américaine, le film compte ainsi sur le très beau personnage de Jenny qui réussit, sans vraiment le montrer, à transmettre tout un contexte de violence, de perdition, d'addictions et des souffrances. Alors que le personnage de Forrest Gump livre au premier degré un récit innocent et naïf, celui de Jenny délivre en arrière-plan son récit en négatif, avec notamment beaucoup de séquences de nuit, comme pour mieux symboliser des ténèbres qui menacent.

Alors non, la maladie de Jenny n'est pas "mystérieuse", mais elle est montrée ainsi pour coller à l'époque - au début des années 80 la médecine tâtonne sur le sujet - et surtout pour suggérer avec délicatesse que le récit de Forrest Gump est incomplet, et que celui de Jenny, différent, plus mature et cynique, vient avec sobriété, et une certaine poésie, le parfaire. Un double récit qui se conclut magnifiquement dans cette inoubliable séquence.

 

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