Heat : Michael Mann raconte la mise en scène de la relation entre Robert De Niro et Al Pacino

Des séquences légendaires

Heat : Michael Mann raconte la mise en scène de la relation entre Robert De Niro et Al Pacino

À l'occasion d'une projection de "Miami Vice" précédée d'un entretien, Michael Mann a expliqué comment il a conçu la mise en scène de la relation entre Robert De Niro et Al Pacino dans "Heat", et comment se répondent la séquence de la rencontre et la séquence finale.

Retour sur la mise en scène légendaire de deux personnages

Le 18 novembre 2021 au soir, le réalisateur américain Michael Mann se trouvait à Paris, au cinéma Max Linder pour un entretien avec le critique et historien Jean-Baptiste Thoret, suivi d'une projection de Miami Vice (2006). Lors de cet échange qui a porté sur l'ensemble de sa carrière au cinéma, lui a été posé la question suivante. Pourquoi dans Heat (1996) ne voit-on entièrement Neil McCauley et Vincent Hanna, interprétés par les deux légendes du cinéma Robert De Niro et Al Pacino, dans un même plan uniquement dans la séquence finale ?

En creux, il s'agit aussi de comprendre pourquoi lors de leur fameuse première rencontre, ils n'apparaissent qu'en champ/contre-champ. Sa réponse (ici de 5'12 à 7'24 ) est à la fois une petite leçon d'écriture et un subtil hommage rendu aux deux acteurs.

Heat
Heat ©Warner Bros

Deux acteurs pour deux contrepoints parfaits

Michael Mann : "Cette scène de rencontre ne s'est construite sur le tournage mais au scénario. Et c'est seulement une fois sa fin conçue que je connaissais enfin tout le film. À ce moment-là, j'ai repris l'écriture depuis la fin . Pour moi, Heat est un contrepoint, c'est une fugue. On a des composantes semblables. Ce sont les deux seuls personnages du film qui savent exactement qui ils sont, ils n'ont aucun déni. Ils prennent le monde comme il est, et de manière absolue. Et c'est ce qui fait la base de leur relation. Mais par ailleurs, d'autres composantes de leur personnalité sont totalement opposées.

Ce qui constituait donc un défi, difficile et magnifique, c'était de faire en sorte que le public ait de l'empathie pour Neil McCauley et veuille qu'il réussisse son braquage. Mais qu'il veuille aussi que Vincent Hanna l'arrête. Mais l'idée ce n'est pas de faire 50/50, c'est d'être à 100% et 100%. L'idée est de ne pas composer avec une contradiction ou une harmonisation, parce que les deux sont entiers et vrais, mais d'en faire deux contrepoints parfaits, jusqu'au bout.

Quand j'ai réalisé que le film était à ce propos, j'ai donc remonté le scénario jusqu'à cette scène de rencontre, pour que la mort de Neil McCauley ait ensuite cette signification. Vincent Hanna tue Neil McCauley, mais dans le même temps, Neil McCauley est assez chanceux pour qu'à sa mort, celui qui est à ses côtés et lui tient la main, bien qu'il le tue, est l'individu qui le comprend le plus."

Si sa réponse n'est pas complète, on peut néanmoins logiquement en déduire que les personnages ne pouvaient pas se "lier" avant cette séquence finale. Et qu'ainsi leur café partagé et leur premier échange ne pouvaient se faire dans le même cadre, dans la même partition.

Une comparaison musicale pour rendre hommage à ses comédiens

C'est pourquoi Michael Mann utilise le terme de fugue. La fugue est en musique une composition qui fait primer l'originalité et l'indépendance de chaque partition, de chaque "voix". La fugue se construit dans la relation entre le contrepoint et l'harmonie, et on peut percevoir cette écriture comme la recherche de différents points de vue sur un même sujet, plusieurs interprétations pleines, entières et égales d'une même histoire. D'une certaine manière, les deux acteurs de Heat jouent en permanence et seuls leur partition propre du même sujet - c'est la rencontre nocturne -, avant de s'unir enfin dans la même harmonie, en l'occurence le même plan - c'est la mort de Neil McCauley-.

Cette définition de l'écriture de Heat est aussi une manière d'offrir à ces deux monstres du cinéma, emblématiques des grandes heures du cinéma hollywoodien, une histoire qui leur offre la même place et la même marge de performance, qui respecte pour chacun leur totalité. Ce qui par exemple n'est pas le cas, ou alors pas la même exécution, dans Public Enemies où la combinaison Johnny Depp - Christian Bale est elle déséquilibrée.