Jamais sans ma fille : pourquoi l'histoire a fait polémique ?

Jamais sans ma fille : pourquoi l'histoire a fait polémique ?

"Jamais sans ma fille" raconte l'enfer vécu par une mère, séquestrée en Iran par son mari avec sa fille. Un récit qui vient du roman autobiographique de Betty Mahmoody et qui fut particulièrement critiqué.

Jamais sans ma fille, un drame terrifiant

Réalisé par Brian Gilbert, Jamais sans ma fille (1990) est tiré du roman autobiographique et éponyme de Betty Mahmoody, co-écrit avec William Hoffer et publié en 1987. Ce dernier a d'ailleurs participé à l'écriture du scénario du long-métrage avec William Hayes, permettant ainsi d'assurer une adaptation proche de l'œuvre d'origine.

L'histoire se déroule au début des années 1980 et suit Betty Mahmoody, une Américaine mariée à Bozorg Mahmoody, un médecin iranien. Avec leur fille Mahtob, ils décident de se rendre en en Iran  pour des vacances, pour apprendre à mieux connaître la famille du patriarche. La différence culturelle va rapidement mettre mal à l'aise Betty et sa fille, tandis que son mari s'y plaît de plus en plus. Il va alors forcer sa famille à s'installer à Téhéran, confisquant le passeport de sa femme et la séquestrant.

Le titre fait référence à la proposition qui lui est faite durant ses deux ans d'enfermement : se faire expulser du pays, mais seule, sans sa fille. Ce que Betty refusa, avant de parvenir à fuir avec son enfant. Porté par Sally Field et Alfred Molina dans les rôles de Betty et Bozorg, Jamais sans ma fille a trouvé son public à l'époque, notamment grâce au succès de l'œuvre écrite, en dépit de nombreuses critiques.

Une œuvre subtilement raciste ?

En effet, le roman de Betty Mahmoody fut dans un premier bien accueilli. Les lecteurs étant logiquement sidérés par ce terrible récit sur une femme prisonnière dans un pays étranger. Difficile également de ne pas s'émouvoir devant cette mère battue sous les yeux de sa fille. Cependant, en Iran, l'oeuvre a été considéré comme raciste, comme le rappelait 7sur7.

L'histoire a bouleversé les opinions américaines et européennes, entre autres, mais a été perçue en Iran comme un ouvrage de propagande, témoignant de l'état d'incompréhension entre la République islamique et l'Occident.

Sally Field - Jamais sans ma fille
Sally Field - Jamais sans ma fille ©MGM

Des critiques ont également été faites par des Iraniens en exil et des musulmans, toujours à cause de la représentation de Téhéran et de la société iranienne. C'est donc au-delà du récit de Betty Mahmoody sur sa séquestration que des interrogations sont nées.

Ce n'est qu'après coup que l'on fit état des formulations subtilement racistes que recelait cet ouvrage.

Peut-on lire dans l'article "Jamais sans ma fille", histoire d'une fièvre allemande, publié en 1992. De là, il y aurait eu une stigmatisation à l'égard d'hommes musulmans. C'est ce qu'analysa (dans l'article cité) l'IAF, une association de femmes qui défend les intérêts des couples mixtes et qui fut créée en 1972 lorsque des hommes arabo-palestiniens mariés à des femmes allemandes furent expulsés.

Avec Jamais sans ma fille, les couples mixtes se retrouvèrent au centre de multiples discussions et polémiques (...) Certains couples se sont vu offrir ce livre par des membres de leur famille, par des amis, par des connaissances, inquiets et certainement bien intentionnés mais qui avaient des idées bien arrêtées.

La réponse de Bozorg Mahmoody et la vie après de sa fille

L'article poursuit en évoquant "une peur constante que les enfants se fassent enlever". Dans un imaginaire collectif, il s'est donc développé l'idée que le cas de Betty Mahmoody pouvait être une généralité. Plusieurs livres et témoignages vinrent alors contester son récit. Il y eut également le documentaire Sans ma fille (2002), qui n'est autre que la réponse de Bozorg Mahmoody sur cette affaire. L'homme estimant avoir été, avec sa fille, victime du contexte politique tendu de l'époque entre les Etats-Unis et l'Iran.

Deux points de vue qui s'opposent donc, avec des incohérences à la fois chez la mère et chez le père. Des années plus tard, leur fille Mahtob livra sa version avec Vers la liberté, paru en 2014. Elle raconte dedans les souvenirs de son enfermement lorsqu'elle avait à peine cinq ans, et "l'après", jusqu'à ses trente ans et la peur qui l'accompagna pendant des années. Bozorg Mahmoody est lui décédé en 2009 sans jamais revoir son épouse et sa fille.

 

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