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James Bond : la performance unique de Sean Connery

James Bond : la performance unique de Sean Connery

Dans les faits comme dans les chiffres, difficile de trouver une interprétation de 007 plus performante et plus influente que celle de Sean Connery. Retour dans les années 60, et aux cinq années qui ont fondé l'immense saga James Bond.

Si la franchise 007 est une si grande réussite, elle le doit essentiellement à quatre personnes. Il y'a l'anglais Ian Fleming, écrivain et créateur des romans d'espionnage James Bond. Il y a le producteur américain Albert R. Broccoli, associé au producteur canadien Harry Saltzman et fondateurs ensemble de la société EON Productions, détentrice exclusive des droits sur la création. Enfin, il y a l'acteur écossais Sean Connery, interprète de l'agent secret dans six films. Sur une période très courte, entre 1962 et 1967, les fondations d'une licence cinématographique exceptionnelle ont été posées, et un modèle gravé dans le marbre.

Bientôt soixante ans après, la pression est toujours la même : l'éternel "nouveau" 007 sera-t-il un digne héritier de Sean Connery ? Les temps ont changé, le cinéma a a changé encore plus vite, et pourtant le modèle persiste. Aucune autre des grandes franchises cinématographiques ne s'est à ce point fermée sur un modèle, et s'est autant attachée à un seul interprète. Au-delà des goûts et des couleurs, les faits et les chiffres parlent d'eux-mêmes.

1962 - 1967 : 5 films pour la légende

Pour donner une idée de la performance des lancements de la franchise, pensons à l'ère Daniel Craig. Il signe pour le rôle en 2005, et son cinquième et dernier film sortira en 2021, seize ans après. Son avant-dernier 007, Spectre, a commencé son tournage en décembre 2014 et est sorti à l'automne 2015... Bien sûr, les temps ont changé, les productions n'ont pas la même taille, les enjeux financiers sont différents, le public est différent, etc. Il n'empêche.

Dans les cinq premiers films de Sean Connery, trois sont des titulaires solides du Top 10, et deux du Top 5. Chaque film James Bond a le droit légitime d'être élu meilleur James Bond, mais les succès incontestables et globaux de Goldfinger et Opération Tonnerre, 3ème et 4ème film de Sean Connery, disent tout de leur qualité de modèles. En plus de ces deux-là, le très qualitatif Bons baisers de Russie tient peut-être plus du film fondateur, dans ses manières, que le tout premier film.

Goldfinger commence son tournage en janvier 1964 et est projeté en avant-première en septembre de la même année. Peut-être Sean Connery avait-il un planning dégagé ? Bien au contraire, il est en 1964 à l'affiche de Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock et de La Femme de paille de Basil Dearden. En 1965, Opération Tonnerre se tourne entre mi-février et début juillet. Toujours en 1965, il entame sa fructueuse collaboration avec Sydney Lumet dans La Colline des hommes perdus. Il a bien fallu tourner ces films à un moment, et c'est une séquence professionnelle exceptionnelle pour l'acteur.

James Bond

Cette performance est d'autant plus remarquable qu'à l'époque Sean Connery peut encore être considéré comme un débutant. Lorsqu'il fait ses premiers pas sur le tournage de James Bond contre Dr. No, en 1962, il n'a que 31 ans et une poignée d'apparitions non-créditées et figurations améliorées à son actif. Difficile encore d'imaginer que dans ses costumes impeccablement coupés, dans son arrogance d'homme mûr et sa morgue impérialiste, et chez ses interlocuteurs qui lui parlent avec déférence, c'est un tout jeune homme.

En 1967, avec le succès en demi-teinte de On ne vit que deux fois, la descente des sommets atteints avec Goldfinger et Opération Tonnerre est radicale pour Sean Connery. Lui qui ne voulait pas être footballeur pour finir sa carrière à trente ans, le voici avec une carrière d'acteur qui ne peut que décroître, selon lui, s'il s'enferme dans le rôle. Lassé du peu de développement du personnage, de l'aspect répétitif de la franchise, de son extrême association au personnage et, très sollicité par ailleurs, il abandonne - une première fois - le rôle en juin 1967. La relève est assurée par Georges Lazenby en 1969 avec Au Service secret de Sa Majesté. La première fin du cycle Connery laisse la franchise en bonne forme, mais une forme de malédiction se met en place : celle de l'autre James Bond.

James Bond

À l'original succèdent les versions

Comment moderniser sans dénaturer James Bond, sans Sean Connery ? Face aux retours mitigés de On ne vit que deux foistrois ans après la mort de Ian Fleming, les producteurs font le constat que la franchise doit évoluer et se débarrasser de son allure après-guerre. C'est chose faite en 1969 avec Au Service secret de Sa Majesté, plus moderne dans son discours et son esthétique. Le film est un succès et le public réagit bien. C'est par ailleurs le premier film 007 adapté d'un roman sorti après le début de la saga cinématographique, et dans le roman se trouvent des références aux films de Sean Connery. Une pression qui vient s'ajouter à celle, énorme, que l'acteur George Lazenby se met lui-même quant à l'héritage de son prédécesseur. Il s'est fait la même coupe de cheveux pour passer le casting, regarde en boucle les premiers James Bond et prend des cours de diction pour gommer son accent australien. Durant le tournage il se casse un bras et perd des fortunes au poker... Il abandonne le rôle, tout est à refaire.

Pour un très gros chèque et un pourcentage des recettes - pourcentage qu'il versera intégralement à une oeuvre caritative, Sean Connery accepte de revenir en 1971 pour son sixième et dernier film, le moins bon et le moins significatif. Avec le départ de George Lazenby aucune continuité n'est recherchée et c'est Guy Hamilton, réalisateur de Goldfinger, qui se charge de réaliser Les Diamants sont éternels.

Après ce James Bond en tout point inférieur aux précédents et malgré une proposition financière monumentale - 5,5 millions de dollars - pour continuer, Sean Connery abandonne définitivement. Roger Moore, choix initial de Ian Fleming en 1962 mais alors indisponible, saute sur l'occasion, validé par Sean Connery himself. S'opère alors un mouvement rétrograde : malgré le succès des innovations proposées par Au Service secret de Sa Majesté, malgré l'envie de moderniser le personnage, Roger Moore ouvre un cycle proche de celui de Sean Connery. À savoir charmeur, tout aussi bien habillé et nonchalant, mais plus lisse, et finalement plusieurs classes en dessous. Peu importe, la franchise fonctionne, au box-office en tout cas où ses sept films font recettes entre 1973 et 1985.

James Bond

Roger Moore exploite le capital construit par Sean Connery, en tirant progressivement vers l'humour au risque de confiner au grotesque, ce qui inévitablement arrive avec Octopussy et surtout Dangereusement vôtre. L'ombre du 007 de Sean Connery plane, et elle est double : ce qu'il était, et ce qu'il n'était pas. Comme Sean Connery l'avait lui-même déclaré, le personnage perd à ne pas être développé, et son côté plus intime, plus sombre, seulement suggéré par ses performances, doit l'être.

Non concluant avec George Lazenby, peut-on réussir après Roger Moore ? Pierce Brosnan se voit offrir le rôle en 1986, à 33 ans seulement, mais il est sous contrat pour Remington Steele et Albert R. Broccoli refuse que l'acteur apparaisse dans ces deux rôles. Le choix se porte sur Timothy Dalton, acteur shakespearien par excellence, modèle de l'élégance et du jeu britannique, doté d'un physique avantageux et encore jeune pour le rôle. Il a 41 ans, Roger Moore en a 58 lors de la sortie de Dangereusement vôtre.

James Bond : la quête fructueuse du retour aux sources ?

Les deux films de Timothy Dalton, Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer, tranchent nettement avec l'ère Roger Moore par leur noirceur, leur violence, et leur sérieux. Le public est surpris, il se rend moins nombreux en salles mais les critiques sont bonnes. Direction Goldeneye donc, dès mai 1990, mais avec une problématique juridique tenace et le décès du scénariste historique de la saga Richard Maibaum en 1991, la production prend énormément de retard et Timothy Dalton quitte le navire, lassé, en avril 1994. Pierce Brosnan prend la relève. Mais le temps écoulé a inquiété la production. Avec des scores commerciaux moyens pour les Timothy Dalton, une noirceur qui plaît mais limite l'attrait familial, et surtout six ans sans James Bond au cinéma, années durant lesquelles l'empire soviétique s'est effondré et le monde a commencé à se recomposer, impossible de s'inscrire dans la continuité. Le public va-t-il revenir ? Le choix est donc fait de moderniser l'univers de la franchise, tout en réduisant la dimension dramatique et en repoussant de nouveau à plus tard l'introspection du personnage.

L'ère Pierce Brosnan s'ouvre en 1995, encore re-calibrée sur le modèle 007 initial, celui de Sean Connery, à peine décoiffé et flegmatique. Une réussite, jusqu'au dernier film, Meurs un autre jour, où l'épuisement du personnage et du tout suggère que les temps doivent changer. Puisqu'il est si difficile de faire évoluer le personnage, reprenons alors tout depuis le début : l'ère Daniel Craig s'ouvre avec Casino Royale, adapté du tout premier roman de Ian Fleming mettant en scène James Bond, qui raconte notamment pour l'agent son obtention du matricule 007, sa fragilité et son rapport compliqué à sa mission. Une séquence réussie ? À priori oui, il reste un dernier film à voir pour en être sûr.

Sean Connery, recordman au box-office

En attendant Mourir peut attendre qui devrait, peut-être dira-t-on aurait dû, passer le milliard de recettes au box-office, on peut faire les comptes. L'acteur le plus rentable de la franchise est, pour le moment, Sean Connery. Ses six films cumulent 4,349 milliards de dollars de recettes (ajustées en fonction de l'inflation - méthodologie en bas de l'article). Les sept de Roger Moore 3,855 milliards, les quatre de Daniel Craig 3,281, quatre aussi pour Pierce Brosnan qui en font 2,043. Les deux films de Timothy Dalton cumulent eux plus de 666 millions de dollars de recettes et l'unique de George Lazenby 505 millions.

En rentabilité, c'est logiquement Daniel Craig, avec des super-productions destinées à établir des records, qui occupe la première place, avec une recette moyenne de 820 millions de dollars de recettes par film. Il est suivi, d'assez près, par Sean Connery, avec deux films en plus et une rentabilité moyenne de 724 millions de dollars par film.

Même si le monde de 2020 n'a plus grand chose à avoir avec celui des années 60, il faut se rendre compte de la performance : en France, Goldfinger est le deuxième succès de l'année 1965 au box-office avec 6,675 millions d'entrées. Ce record pour un James Bond n'a été battu que par Skyfall. Sur un budget de 3,5 millions, il en rapporte 125 millions au box-office mondial. Si on ajuste en fonction de l'inflation, la performance est vertigineuse, de l'ordre de celle du Joker par exemple, milliardaire en recettes avec un budget inférieur à 60 millions de dollars. Et cette même année 1965, la troisième place du box-office français est détenue par... Opération tonnerre, avec plus de 5,7 millions d'entrées. Celui-ci, réalisé par Terence Young avec 9 millions de dollars de budget, en rapporte 141 millions au box-office mondial.

Avec le calibre des ses films, sa longévité et sa popularité, Daniel Craig devrait rapidement et entièrement dépasser Sean Connery dans certaines catégories, dont la financière. Presque soixante après les débuts, l'ombre de Sean Connery décline progressivement, à force de temps plus que de manoeuvres pour la moderniser ou l'éliminer. Mais en cinq ans et cinq films, on laisse Les Diamants sont éternels de côté, Sean Connery a inventé à l'écran un des plus grands héros de fiction du 20ème siècle, a créé le modèle moderne de l'acteur de franchise, et défini le style cinématographique d'une oeuvre qui le précédait en littérature, et qui l'a dépassé au cinéma. S'il n'était pas un acteur de la "méthode", s'il n'était pas un génie de la composition, il était cependant l'acteur-star et fiable par excellence et un modèle de carrière pour la quasi totalité des acteurs hollywoodiens qui ont vécu après lui, et reste titulaire d'une performance cinématographique encore inégalée.

*Méthodologie du calcul du box-office : les chiffres non-ajustés sont issus de The Numbers. Ils ont été ajustés à l'aide de la valeur du dollar en 2011 déterminée par le CPI du US Department of Labor.

 

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