Jeune femme - Notre avis

Jeune femme - Notre avis

Dans la lignée du « Victoria » de Justine Triet sorti il y a un an, Léonor Séraille livre un premier film d’apprentissage, où une « Jeune femme », aussi excentrique qu'égocentrique, y découvre les plaisirs de l'anodin.

Auréolée d'une Caméra d'Or au dernier Festival de Cannes, un an après celle attribuée à Houda Benyamina pour Divines, Léonor Séraille dresse le portrait d'une « jeune femme » aujourd'hui à Paris dans un film éponyme. La démarche est la même que le film de Benyamina : filmer, de nos jours, la vie d'une jeune femme (ou d'une femme en devenir). Cependant, le décor dans lequel prend place ce-dit portrait est, entre les deux films, littéralement opposé. Dans Jeune femme, la cité de la Noue en banlieue parisienne laisse place au sixième arrondissement de Paris, surplombé par l'imposante Tour Montparnasse.

Les deux films, au-delà de l'énergie véhiculée par un désir palpable de faire du cinéma, se rejoignent aussi dans leurs cheminements de pensées respectifs, tombant dans le schéma suivant, assez prévisible : le complexe de classe à l'origine d'un comportement irritant est, petit à petit, surpassé par l'amour, d'un autre au départ qui permet, au final, d'apprendre enfin à s'aimer soi-même.

De Rue de Rennes à Montparnasse Rive Gauche

L'histoire contée dans Jeune femme n'a, cependant, pas grand-chose à voir avec Divines. Paula, incarnée par la prometteuse Laetitia Dosch avec ses faux airs de Julianne Moore, 20 ans de moins, vient de se faire larguer par son mec (Grégoire Monsaingeon), un photographe tendance aristo dont l'appartement géant domine Paris aux alentours de la Rue de Rennes. Sans emploi pour vivre ni famille vers qui se tourner, Paula, armée de ses yeux bicolores et de sa cicatrice sur le front suite à un bref passage à l'hôpital, va errer dans Paris, le chat de son ex dans les bras.

Paula y démontre, par fierté sans doute, un comportement exécrable et souvent opportuniste. Si le portrait à tout pour irriter, le personnage écrit par Léonor Séraille reste, de manière assez surprenante, attachant de bout en bout. Car peu à peu : le personnage évolue, laissant de côté son goût de la crise et sa prétention mondaine pour se tourner vers un petit job d'employée dans un stand de sous-vêtements en plein cœur d'une galerie commerciale à Montparnasse, ce jusqu'à tomber amoureuse d'Ousmane (Souleymane Seye Ndiaye), l'agent de sécurité avec qui elle partage sa pause repas.

Des lofts aux chambres de bonne

Il y a quelque chose d’assez caricatural dans la manière où la jeune Paula délaisse sa paresse bourgeoise pour découvrir la trivialité d'un quotidien plus humble. Cette dichotomie bourgeoisie/prolétariat, très présente en fin de film, sert un propos assez lourd. Si cela reflète une certaine réalité parisienne, où cohabitent sans cesse très riches et très pauvres au sein d'un capharnaüm inaudible, Jeune femme reste un film étonnamment agréable à regarder. Peu à peu, on se laisse prendre par la main.

Les tribulations de Paula, le parcours à la fois psychologique et matériel qu'elle mène du début à la fin de ce Jeune femme, sont mises en scène sans prétention ni extravagance. C'est à la fois ce qui fait de ce premier film de Léonor Séraille, un premier long prometteur et agréable, mais aussi ce qui le noie dans une masse de films assez similaires et dont l'imaginaire, très parisien, souvent trop, en vient à caricaturer un portrait qui aurait pu être universel.

La nouvelle bataille de Solférino ?

C'est ce constat qui pouvait aussi réduire le Victoria de Justine Triet avec Virginie Efira à un simple film de parisiens : par des parisiens, pour des parisiens. Cependant, à la différence de ce Jeune femme, Victoria mettait en avant un humour narquois, très sarcastique, qui sortait le film du lot. Outre un classique portrait de femme, au départ névrosée, puis peu à peu libérée, le film de Justine Triet était une comédie dont la nonchalance vacharde donnait un charme particulier. Si Laetitia Dosch incarnait aussi un personnage principal débridé dans le premier film de Justine Triet, La Bataille de Solférino, Jeune femme n'exploite pas à fond son actrice et ne déploie malheureusement pas la même énergie que les deux films de Triet.

Laetitia Dosch livre une performance assez remarquable, certes, mais il manque un contre-point à Paula : le side-kick qu'incarnait Vincent Lacoste dans le film de Triet l'année dernière par exemple, et qui apportait une fraîcheur non-négligeable à une histoire au départ tout sauf palpitante. Malgré les qualités évidentes que Jeune femme démontre, on aurait aimé trouver un film plus relâché, où l'humour remplacerais cette dualité de classe assez redondante qui fait défaut à ce premier film.

Jeune femme de Léonor Séraille, en salle le 1er novembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

Conclusion

Note de la rédaction

Malgré la mise en scène sans surprise d'une trentenaire capricieuse découvrant les vertus de la simplicité au détriment du chaos, « Jeune femme » reste un premier film prometteur.

Sur la bonne voie

Note spectateur : Sois le premier