"Klaus", premier film d'animation original de Netflix, est-il en 2D ou 3D ? Difficile de le déterminer tant le style d'animation du long-métrage de Sergio Pablos est unique. D'ailleurs, Sergio Pablos lui-même n'a pas voulu choisir, mais plutôt élaborer une technique inédite pour donner du relief à un film conçu en 2D...
Klaus, très grand succès du cinéma d'animation
En acquérant en 2017 les droits d'un film dont personne ne voulait, Netflix a eu le nez creux. Deux ans plus tard, le long-métrage d'animation Klaus devenait en effet un des grands films de 2019, avec un public mondial immédiatement enchanté par cette brillante origin story du Père Noël. Quelques mois plus tard, le film obtenait le BAFTA du Meilleur film d'animation, puis une nomination à l'Oscar de la même catégorie, après avoir tout raflé aux Annie Awards (équivalent des Oscars pour le cinéma d'animation).

Son histoire est belle, drôle et touchante. Et parfaitement calibrée pour un public familial tout en assumant une certaine gravité :
Quand Jesper se trouve être le pire élève de l'Académie Postale, il est envoyé à Smeerensburg, un petit village situé sur une île glacée dans le cercle arctique, où les habitants grincheux et bagarreurs ne s'échangent pas un mot et encore moins une lettre. Jesper est sur le point d'abandonner ses devoirs de facteur lorsqu'il rencontre Alva, la maîtresse d'école du village devenue poissonnière, et Klaus, un mystérieux menuisier qui vit seul dans une maison pleine de jouets.
Pour mettre en images son joli scénario, co-écrit avec Zach Lewis et Jim Mahoney, Sergio Pablos a une idée précise. Parce qu'il s'agit de Noël et des origines du Père Noël, il souhaite que le film soit animé en 2D. Un argument idéal pour revenir au monde de l'enfance et faire vibrer la corde nostalgique de chaque spectateur. Il souhaite aussi que son style d'animation soit moderne, unique. Qu'il repose sur de la 2D certes, mais une 2D avec du relief, sublimée pour apparaître inédite. Il réussit son pari, puisque Klaus a toute l'apparence d'une animation en 3D, tout en gardant l'aspect artisanal de la 2D. Comment a-t-il fait ?
KLaS, une technologie sur-mesure pour Klaus
L'idée de Klaus et de sa technologie d'animation inédite remonte à 2010. À cette époque, Sergio Pablos veut réaliser ce film en 2D, tout en lui donnant une apparence la plus avancée possible. Comme il est expliqué dans une vidéo d'Insider consacrée au film (ci-dessous), son idée est la suivante : dessiner le film en 2D, à la main - plus de 300 personnes ont travaillé sur Klaus, dont 40 animateurs -, puis l'animer en utilisant des techniques d'éclairage, afin de donner du relief grâce aux lumières et aux ombres, et donc s'approcher de l'apparence 3D, sans CGI.
En 2015, un teaser est produit et montre un résultat convaincant, qui intéresse Netflix. Mais la technique d'éclairage de Sergio Pablos et de son studio d'animation est alors encore laborieuse et très chronophage. Il va ainsi faire appel à la société française Les films du Poisson Rouge, basée à Angoulême, qui a développé ses propres outils et logiciels pour faire aussi bien de la 2D et de la 3D que des productions "mixtes". Cette société de production va ainsi améliorer l'outil de Sergio Pablos pour le rendre plus efficace et plus aisé d'utilisation pour les dessinateurs. Ceux-là ont en effet pu dessiner directement avec différentes lumières, plutôt que de dessiner d'abord et éclairer ensuite. Cet outil a un nom : KLaS, pour Klaus Light and Shadow.
L'objectif était d'éviter d'avoir "des personnages ressemblant à des autocollants appliqués sur des arrières-plans peints". Un objectif totalement rempli puisque c'est bien une sensation de volume qu'on peut ressentir. Ainsi qu'admirer des personnages qui s'intègrent parfaitement à leur environnement. Surtout, l'outil KLaS donne le résultat profondément désiré : donner matière à la puissante nostalgie des émotions de l'enfance.