Dans "La Forme de l'eau", l'héroïne interprétée par Sally Hawkins tombe follement amoureuse d'un homme-amphibien, ce qui donne notamment lieu à un rapprochement physique. Une scène de sexe sur laquelle Guillermo del Toro a donné son explication et son interprétation.
La Forme de l'eau : la consécration pour Guillermo del Toro
Après avoir mis en scène une histoire d'amour tragique dissimulée dans un conte gothique macabre avec Crimson Peak, Guillermo del Toro retrouve son optimisme avec La Forme de l'eau. Cette parenthèse enchantée - qui ne dure que le temps d'un film puisqu'il a depuis signé son projet le plus sombre avec Nightmare Alley - marque une véritable consécration pour le cinéaste. Le long-métrage remporte quatre Oscars en 2018 : Meilleur film, Meilleur réalisation, Meilleure musique et Meilleure direction artistique.

Réussite artistique accusée de plagiat, La Forme de l'eau se démarque dans la filmographie de son auteur par ses sentiments amoureux exacerbés, déjà présents dans Hellboy II : Les Légions d'or maudites mais qu'il n'avait en revanche jamais explorés de manière aussi directe. Ici, dans ce contexte de guerre froide, la romance entre l'héroïne muette Elisa Esposito (Sally Hawkins) et la créature qu'elle cherche à libérer (Doug Jones) d'un laboratoire gouvernemental est toujours plus forte que la menace qui plane sur eux, symbolisée par le machiavélique colonel Strickland interprété par Michael Shannon.
Guillermo del Toro ne délaisse pas pour autant l'action, construisant notamment un récit d'évasion et une traque haletants durant laquelle Elisa peut compter sur l'aide de sa collègue Zelda (Octavia Spencer) et de son voisin Giles (Richard Jenkins). Et si ces personnages ne manquent en aucun cas de caractérisation, ils s'effacent progressivement pour laisser place à l'intimité de la belle et sa bête. Si celle-ci peut être difficile à accepter pour le spectateur, Guillermo del Toro parvient à la rendre crédible et surtout bouleversante. Pour cela, il n'élude pas certains moments-clés d'une relation, à commencer par des rapports sexuels auxquels il ne s'était quasiment pas intéressé jusqu'ici dans sa carrière.
Un passage évident mais légèrement flou
Guillermo del Toro et Vanessa Taylor évoquent dès l'écriture l'importance de montrer à l'écran le rapprochement physique entre les deux protagonistes. Lors d'un entretien accordé à SheKnows et cité par l'Express, la coscénariste explique :
Quand j'ai parlé à Guillermo pour la première fois de l'idée d'une scène de sexe, je lui ai dit : "Soit on pense qu'elle veut coucher avec cet homme-poisson, soit qu'elle ne le veut pas". Mais si nous n'y croyons pas, nous avons un énorme problème. Je n'avais aucun moyen de savoir si ça allait marcher, mais je me suis dit : "Wow, si ça ne fonctionne pas, on est mal !"

En plus de l'acceptation émotionnelle de la situation se pose la question de l'aspect technique. Comment Elisa et la créature peuvent-ils coucher ensemble ? Durant le tournage, cet angle n'est pas abordé selon l'acteur Doug Jones, qui assure au SyFy Wire qu'il n'a pu que se référer à la séquence où l'héroïne mime brièvement le procédé à son amie Zelda :
Cela n'a jamais été évoqué. Son mime pour expliquer comment mon équipement fonctionne... C'est tout ce que j'ai entendu à ce sujet. Quand j'ai vu les premiers modèles du costume et du maquillage, ils ne comportaient jamais d'organes génitaux. (...) Quand je me suis regardé, je me suis dit : "Eh bien, je suppose que cela pourrait s'ouvrir et se dérouler, s'il le fallait".
La réflexion du réalisateur
La supposition de Doug Jones concorde d'ailleurs avec l'explication d'Elisa à Zelda. Après la sortie de La Forme de l'eau, une entreprise développe un sextoy qui s'apparenterait au sexe de l'homme-amphibien. Une représentation "inexacte" d'après Guillermo del Toro, cité par l'Express. Le réalisateur précise qu'il n'a pas conçu les organes génitaux du monstre inspiré de celui de L'Étrange créature du lac noir mais qu'il y a longuement réfléchi, affirmant :
Ce n'est pas explicite dans le film mais dans les grands bancs de poissons, ils changent de sexe s'ils en ont besoin. (...) J'avais cet aspect dans ma conception.
Interrogé par IndieWire, le cinéaste précise à propos de la scène de sexe :
(Cela) se fait d'une manière très humaine, naturaliste. Il s'agissait vraiment de faire tomber petit à petit le public amoureux de la créature.