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La Terre et le sang : entretien avec le réalisateur Julien Leclercq

La Terre et le sang : entretien avec le réalisateur Julien Leclercq

"La Terre et le sang", disponible sur Netflix, ne fait pas dans la demi-mesure et propose un spectacle d'action furieux et impitoyable, avec Sami Bouajila en tête d'affiche. Un thriller sombre et brutal, qu'on a eu la chance d'évoquer avec son réalisateur Julien Leclercq. Rencontre.

La Terre et le sang est le sixième long-métrage de Julien Leclercq, et a été porté par Netflix, après le succès de son film Braqueurs sur la plateforme. C'est l'occasion pour nous de revenir sur ce qui nourrit son cinéma, ses souvenirs de films et ses origines, sa conception du héros. Aussi, il s'exprime sur sa collaboration avec Netflix, qui semble augurer de jours heureux, et dont il perçoit l'arrivée comme une chance pour le cinéma.

D'où vient l'idée de La Terre et le sang ? On ressent autant une inspiration du cinéma de genre qu'une forte identité personnelle.

Julien Leclercq : Quand je ne travaille pas, je vis à la campagne dans une ferme au milieu des champs, et quand je reviens du cinéma, et que je fais le lien entre mes voisins agriculteurs et ce que j'ai pu faire avec Braqueurs, je me demande ce que donnerait la rencontre de l'univers urbain et celui de la campagne. J'ai toujours fantasmé cette rencontre de ces univers très différents, et je voulais faire depuis très longtemps un film de "run". Pour moi qui suis fan de Rambo et de Ted Kotcheff, les trois quart d'heures de chasse dans le forêt, c'est magnifique, et je voulais faire un exercice dans ce style.

Je suis au milieu de mon garage à la ferme, j'ai des voitures, des tracteurs, des tondeuses, des motos... c'est ma vie. J'avais repéré la scierie quand je tournais Lukas, je suis passé plusieurs fois devant, et je me disais "c'est un décorum de fou". Ça me passionne parce que j'aime les artisans, les gens qui travaillent de leurs mains, je suis petit-fils d'agriculteur et je sais ce que c'est de se lever à 5h du matin en ayant du doute sur la paie en fin de mois. C'est quelques chose qui me touche, les artisans ruraux, je trouve qu'il y a de l'héroïsme. Je voulais donc que mon héros soit ancré dans quelque chose d'assez basique mais de très courageux au quotidien. Ça lui donne une dimension positive et costaude.

À propos de ce héros, il est incarné par Sami Bouajila, c'est votre troisième collaboration. Est-il condamné à finir de manière dramatique dans vos films ?

(Rires) Je n'y avais jamais pensé ! Mais au contraire, je veux vivre le plus longtemps possible de Sami Bouajila. J'aime les films comme Logan, avec une fin qui n'est pas un happy end, et c'est vrai que je trouve ça sexy de tuer le héros auquel on s'est accrochés pendant tout le film.

Un des premiers films que j'ai vu en VHS était Le Professionnel avec Belmondo, je devais avoir 6-7 ans. La scène où il meurt en bas du Trocadéro, avec la musique de Ennio Morricone, ça a été un premier choc. Je me rappelle ne pas avoir compris, c'était la première fois où je voyais mourir le héros à la fin. J'étais très triste !

En termes de mécanique de scénario, mettre un genou à terre comme ça, je trouve ça plus fort, j'aime ce genre de fins. Concernant Sami, il est un peu comme moi, il a ce côté ours, on ne le voit pas traîner dans Gala ou Voici, il vit tranquille, c'est un artisan du cinéma. C'est un luxe pour un réalisateur d'avoir un acteur comme lui. Tu ne te poses pas de questions, tu démarres le moteur et ça roule tout de suite.

La terre et le sang

On parle de "run", mais il y a aussi du "home invasion", du "survival". La Terre et le sang joue de tous ces codes ?

C'est certain, il y a de ça, et dieu sait que je ne suis pas américain dans l'âme et que je suis contre le port d'armes. Mais en termes de codes, c'est un univers qui me plaît, j'aime beaucoup ces films-là. C'est du pur cinoche, c'est du sensitif, il n'y a que les bruits qui parlent, dans des blocs de 2-3 mn sans dialogues, avec une thématique de western derrière... c'est aussi ce qu'on aime dans des films comme Die Hard : comment on fait quand on a un deux coups contre des AK-47 ? On peut le représenter avec des dialogues, mais c'est encore mieux quand cela se fait graphiquement.

Tu t'es entouré de plusieurs talents pour faire La Terre et le sang, dont l'écrivain et scénariste Jérémie Guez. Comment est-ce qu'on écrit l'action ?

J'avais produit le premier film de Jérémie, et on a aussi co-écrit Lukas. Je n'écris jamais seul, c'est comme le ping-pong, c'est mieux à deux ou à trois, et la clé c'est de bosser. Après ce qui compte, quand on se met ensemble pour un scénario, il faut avoir le même langage, les mêmes références, ça va bien plus vite. Dans La Terre et le sang, il y a de l'aridité, de l'épure, je voulais faire un film organique, avec de la matière, des décors, des déplacements, donc je réécris aussi après, selon les décors naturels sur lesquels on travaille, pour faire du sur-mesure.

Les scènes d'action, ce n'est que du sur-mesure, c'est particulier et excitant, mais il faut constamment rebondir avec les impératifs qui tombent.

Là c'est de la forêt, des bois, c'est très spécial. C'est une partie très intéressante du travail, que j'ai découverte aussi avec la fabrication de Rambo, tous les repérages qui avaient été faits, la grotte, les endroits d'où on doit sauter, etc.

Comment s'est passée l'association avec Netflix ?

Braqueurs avait fait tout le circuit classique, sortie dans les salles, Blu-ray et DVD, et il a été racheté par Netflix. Il a cartonné, j'ai été le premier étonné, je recevais plein de messages du monde entier. Il a sur-performé à l'international, et Netflix nous a invités au siège à Amsterdam, en demandant ce que j'avais envie de faire. Je ne conçois pas du tout Netflix comme un plan B, un film comme La Terre et le sang sera dix fois plus fort sur la plateforme.

Qu'est-ce que l'arrivée de Netflix et de son offre "studio" changent pour les professions du cinéma ?

Moi qui viens d'un milieu rural, quand j'ai commencé il y a vingt ans, j'ai découvert un milieu d'héritiers. C'est très bien et tant mieux pour eux, mais on peut dire que le château fort était plutôt bien fermé. Ce qui est génial avec Netflix, c'est qu'ils ne sont pas dans cette configuration. Ils vont faire confiance à de jeunes metteurs en scène et permettre de faire du genre, d'ouvrir. L'important c'est d'arriver avec un bon concept, un bon script, une idée forte de mise en scène.

Si on parle du film de genre français, c'est mort pour sortir dans les cinémas. Ça arrivera par les plateformes, on le voit déjà, des super films arrivent et n'auraient pas vu le jour sans elles.

Les salles vont continuer d'exister avec un cinéma formaté. À quinze euros la place, il faut avoir du grand spectacle populaire, façon Avengers, des grosse productions qui coûtent très chères et qu'on apprécie en THX, et dont je suis fan. Mais en termes de risques et de financement, aujourd'hui des films comme Uncut Gems ne peuvent pas arriver en salles, ou alors ils plafonnent vite en entrées et arrivent en cinéma d'art et d'essai. Donc ce qui est génial, c'est que Netflix propose de pouvoir sur-performer avec des films qui auraient été très restreints dans le circuit traditionnel. Je trouve ça sain, ça rabat les cartes. Netflix est le meilleur vidéo-club du monde. J'ai le même plaisir à scroller la homepage que celui que j'avais gamin à me promener dans les rayons de mon vidéo-club.

Quelle est la suite ? Est-ce qu'on verra bientôt le projet Alain Prost ?

Alors pour Prost, le tournage est prévu en juin 2021.  Je suis en ce moment sur un autre projet, que je fais de nouveau avec Netflix. J'étais en pleine préparation, donc en ce moment, comme pour tout le monde, c'est à l'arrêt. Mais on s'y remet dès que possible, et on va bientôt l'annoncer.

De nouveau avec Sami Bouajila ?

(Rires) Non, malheureusement Sami n'y sera pas. Ç'aurait été avec plaisir mais pour des raisons scénaristiques, cette fois-ci je ne peux pas.

 

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