L’acteur de la semaine : Clovis Cornillac !

L’acteur de la semaine : Clovis Cornillac !

Depuis 4 ans, on le voit partout. A l'affiche des dernières grosses productions françaises (Les chevaliers du ciel, Brice de Nice, UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES, …) et un César en poche, Clovis Cornillac, qui n'aurait, selon la légende, que trois jours de battements entre deux tournages, est devenu inévitable.
Bar de l'Hôtel du Louvre, lundi 3 avril, 16h20. Ambiance feutrée, Clovis Cornillac est là et enchaîne les interviews à l'occasion de la sortie en salles du film de Jérôme Cornuau, Les brigades du tigre. Costume sombre, légèrement amaigri, discrète (et très séduisante) barbe et gigantesque cigare à la main, l'acteur boit calmement un thé en répondant aux questions des journalistes qui défilent toutes les demi-heures.
Charmant, souriant, drôle, disponible, … discussion avec un homme passionné par son métier.

Petit, vous étiez plutôt Les brigades du tigre ou Wonderwoman et L'homme qui valait 3 milliards ?
Je connaissais bien Les brigades du tigre de Claude Desailly et Victor Vicas. Je les regardais quand j'étais gosse, comme tout le monde. J'appréciais particulièrement, outre les personnages, l'ambiance inimitable de la série : il y avait toujours quelque chose d'étrange. On était dans le réel - les faits-divers ou les personnages historiques - mais toujours avec un élément bizarre. J'aimais beaucoup cette bizarrerie. Les brigades du tigre ou Vidocq, toutes ces séries françaises, je les ai vues à l'époque où elles sont sorties et, gamin, j'étais assez fan. Wonderwoman, c'était autre chose… et plus tard.

Comment êtes-vous arrivé sur Les brigades du tigre version 2006 ?
A pieds. Non, sérieusement, de façon très naturelle. J'ai reçu le scénario, je l'ai lu, il m'a plu et c'était parti.

Si vous ne deviez garder qu'une seule image du tournage ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas un instant ou un moment en tête. Par contre, j'ai un véritable souvenir de « grâce », d'un très grand calme pendant le tournage. Malgré le fait que ce soit une grosse production, tout le tournage était placé sous le signe de la grâce. Je sais que ça a l'air promotionnel, mais c'est très vrai. Je garde également un très bon souvenir de l'ambiance historique du film. .

Justement, Les brigades du tigre est très réaliste, on sent que d'énormes moyens financiers et humains ont été mis en œuvres, sans pour autant tomber dans la surenchère de Vidocq (Pitof) ou le spectaculaire d'Arsène Lupin (Jean-Paul Salomé)…
En effet et j'en suis très content. J'ai vu le film il y a trois semaines et, en tant que spectateur, je suis immédiatement entré dans l'intrigue, sans être ébloui par des effets d'esbroufe. Tout marche, tout colle et j'espère que le public aura également ce sentiment.

Le commissaire Valentin frappe par son intégrité. Vous sentez-vous plutôt l'âme d'un justicier ou celle d'un voyou ?
L'une des choses que j'ai appréciées dans le scénario des Brigades, c'est l'absence de prise de position : rien n'est totalement bien ou mal. C'est en partie pour cela que le personnage de Valentin est si intéressant : il est humain et ambigu. Il est sans arrêt sur la corde. Il connaît les lois, sait qu'elles doivent être respectées et fait tout pour qu'elles le soient. Il a un sens profond de la Justice. Par exemple, il est foncièrement contre la peine de mort, j'ai beaucoup insisté auprès de Jérôme Cornuau pour cela. J'aime également le fait qu'il respecte Bonnot (qu'il est pourtant supposé traquer !). C'est la Justice qui compte. Le reste, il s'en fout : il vit dans une chambre de bonne délabrée, mais qu'importe. Il est peut-être moins coloré que ses deux compères (Pujol et Terrasson), mais il reste très humain, parce que, malgré son sens aigu de la Justice, il n'est pas « fascisant ». Il n'est pas L'inspecteur Harry. J'ai toujours regretté cet aspect du personnage de Clint Eastwood : un homme à la morale figée et prêt à tout pour que la Loi triomphe. J'ai essayé de gommer toute trace de cela chez Valentin. Valentin est un homme, il sait renoncer.

Edouard Baer vous qualifie de « pilier solide et enfantin » qui offre son regard à ce film d'hommes. Y a-t-il du Clovis dans Valentin ?
C'est compliqué de répondre à cette question. A chaque fois que je joue, j'essaye d'être quelqu'un d'autre. C'est ce qui m'intéresse dans ce métier. Je crois toujours avoir réussi, mais chaque fois que je regarde un de mes films, je suis un peu déçu car c'est Clovis que je vois.

Pourtant, avec plus d'une quinzaine de films en trois ans et des rôles toujours plus variés, on a l'impression que vous pouvez tout jouer.
J'aimerais…

Quel personnage aimeriez-vous incarner aujourd'hui ?
Ça je ne peux pas le dire… Tout d'abord parce que je ne le sais pas exactement moi-même. Ensuite, par pudeur, parce que je suis incapable de réclamer un rôle. J'attends qu'on me le propose.

Avec ce premier rôle dans un des films français les plus attendus de ce début d'année, cela devrait pourtant devenir de plus en plus aisé pour vous. A moins que ça ne vous mette une pression supplémentaire ?
Je n'ai aucune pression. Je suis toujours motivé par le plaisir de jouer. On ne peut pas travailler avec la seule envie de plaire. Certains acteurs le font, bien entendu, mais je fais en sorte que ce ne soit pas mon cas. Ça ne m'intéresse pas. Je joue pour jouer.
De la même façon - pour en revenir aux personnages que j'aimerais interpréter - je n'ai jamais essayé de convaincre. J'ai envie qu'on me dise « Viens jouer dans mon film » et pas de m'entendre dire « Prends moi ». Je peux, à la rigueur, essayer de séduire, mais pas de convaincre. A l'époque où je faisais du théâtre, même lorsque j'ai commencé à gagner mes « galons » , je ne voulais déjà pas choisir.
C'est d'ailleurs la même chose pour les femmes. Je ne sais, ni ne veux convaincre ou donner mon numéro, etc… J'essaye de charmer.

Pourtant dans le film de Jérôme Cornuau, vous dévoilez un côté très… sexy. Avez-vous conscience de ce nouveau statut ?
Disons que… j'ai un problème avec mon image. Je n'en suis pas amoureux. Encore une fois, certains acteurs le sont, pas moi. Je ne me déteste pas ! A vrai dire, je m'aime bien, là, à discuter, mais, sur grand écran, c'est autre chose. Ce n'est pas très agréable pour moi de me regarder. D'ailleurs, en tournage, je ne regarde jamais le combo. Cependant, si je n'aime pas particulièrement mon image, j'essaye de rester à l'écoute des besoins du rôle que je dois servir.
Pour le côté sexy, je ne sais pas si j'en suis complètement « conscient », mais il est certain que je vois un changement. Dès le début de ma carrière d'acteur, j'ai toujours eu un bon « contact » avec le public masculin. J'imagine que l'identification était plus simple. En revanche, chez le sexe opposé, je ne touchais que les femmes d'âge mûr. Depuis Les chevaliers du ciel et Les brigades du tigre, je sens une évolution : je plais aux femmes plus jeunes. Les raisons sont certainement très simples : tout d'abord, j'ai perdu du poids, ensuite, ce sont des rôles de héros, de personnages dans l'action. Mon « image » a changé. Maintenant, si je suis sexy…

Avec ce succès public, couplé à une reconnaissance professionnelle grandissante (Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 2004 et César du meilleur acteur de second rôle l'année suivante), votre rapport avec la célébrité a-t-il changé ?
J'ai fait du théâtre pendant 17 ans, mon rapport à la célébrité est donc particulier. Je ne joue pas dans le but de passer ensuite à la télévision pour qu'on voit ma tête. Ça ne m'intéresse pas. Dans l'absolu, je n'ai pas besoin de la célébrité. L'important, pour moi, est de travailler. Maintenant, il est clair que la célébrité m'offre une chose fondamentale : le choix.

Après les brigades du tigre, on vous retrouvera à l'affiche de Poltergay, thriller déjanté d'Eric Lavaine. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Dans Poltergay, j'incarne un chef de chantier qui achète, avec sa fiancée, une vieille baraque perdue et inquiétante. Ça commence donc comme n'importe quel film d'horreur classique… à cela près que la maison va s'avérer être hantée par des fantômes gays. Les fantômes seront-ils hostiles ? Mon personnage va-t-il faire son coming out ?
J'avais envie de tenter une vraie comédie et j'avoue que je me suis vraiment beaucoup amusé. Je n'ai pas encore vu le résultat, mais j'espère qu'il sera aussi bon que le souvenir que j'en ai.

Après le commissaire Valentin, vous vous apprêtez à vous glisser dans la peau d'un autre héros populaire français : Astérix. Comment fait-on pour s'approprier ce personnage de nain blond moustachu précédemment tenu par l'épileptique Christian Clavier ?
Pour Astérix aux jeux olympiques, je ne pars avec aucun a priori. Je garde l'état d'esprit du théâtre : un rôle est un rôle, pas un acteur. La question n'est pas de reprendre le rôle de quelqu'un, mais d'offrir une proposition parmi d'autres. Christian Clavier en était une, j'en serai une autre. J'espère juste que je pourrai offrir quelque chose de différent…

Nous aussi…

Propos recueillis par Eléonore Guerra (Paris, avril 2006)

Pour en savoir plus sur Clovis Cornillac...

 

Né en 1967, Clovis Cornillac est le fils de la comédienne Myriam Boyer. Il débute au théâtre en 1984 dans "Une lune pour déshérités", mis en scène par Alain Françon, avec lequel il travaillera régulièrement par la suite ("La dame de chez Maxim's" en 1990, "Edward II" en 1997, "Les petites heures" en 1998, et "Café" en 2000). Il travaillera aussi pour Peter Brook ("Le Mahabharata" en 1985), Xavier Durringer ("Surfeurs en "1998) ou Pierre Laville avec "Perversité sexuelle à Chicago", aux côtés d'Isabelle Candelier et de Julie Gayet.

Au cinéma, il débute avec Hors-la-loi de Robin Davis, dans le rôle d'un adolescent rebelle et violent, au cœur des années 80. Clovis Cornillac fait également carrière à la télé, participant aux séries "Navarro", "Les Cordier, juge et flic", ainsi qu'à une bonne douzaine de téléfilms, dont "Parents à mi-temps n°2" de Caroline Huppert, ou "Sam" d'Yves Boisset.

Il accède ensuite à d'autres seconds rôles sur grand écran (dans la comédie Suivez cet avion en 1989 ou encore pour la fresque historique de Jean Marbœuf, Pétain en 1993). En 1998, il participe – en tenant l'un des premiers rôles – au premier long-métrage de Thomas Vincent, Karnaval, fable réaliste pendant les festivités de février à Dunkerque, où il forme un couple éphémère (et emprunt de violence) avec Sylvie Testud. Le film, très remarqué, lui vaut une première nomination aux César, dans la catégorie Meilleur espoir masculin. On le retrouve en 2001 dans la comédie amère d'Artus De Penguern GREGOIRE MOULIN CONTRE L'HUMANITE, en brute épaisse qui en veut beaucoup au héros malheureux.

Les genres se suivent et ne ressemblent pas, mais l'acteur y est toujours impeccable : outre UNE AFFAIRE PRIVEE, sombre enquête sur la disparition d'une jeune femme, il est un “philosophe-patineur” qui cherchait un sens à sa vie du côté absurde des choses dans Carnages, de Delphine Gleize, puis transsexuel à la merci d'un livre ensorcelé dans Maléfique, solide film d'horreur d'Eric Valette.
Il décroche son premier rôle principal au cinéma avec Une affaire qui roule dans la peau d’un chef-cuisinier qui plaque les fourneaux pour monter son restaurant. Le cinéma semble enfin le découvrir à sa juste mesure et le rythme des tournages s'accélère : six films en 2003, dont l'excellent A la petite semaine de Sam Karmann, (nomination au César du Meilleur second rôle masculin) et Mariées mais pas trop, comédie de Catherine Corsini, où l'acteur fait encore une fois des étincelles en garagiste bonne poire, transi d'amour pour Emilie Dequenne. En 2004, il est à l'affiche de Malabar Princess, succès surprise du début de l'année 2004, de Mensonges et trahisons de Laurent Tirard avec Edouard Baer (César du meilleur acteur dans un second rôle) et de La femme de Gilles. Il également nommé par le ministre de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

2005 est (toujours) l’année Clovis Cornillac : UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES de Jean-Pierre Jeunet, Brice de Nice de Jean Dujardin, Au Suivant avec Alexandra Lamy, Les chevaliers du ciel de Gérard Pirès ou encore Le cactus de Gérard Bitton et Michel Munz. Il reçoit également le Prix Jean Gabin et le Prix ISC de la jeunesse.

2006 n’est pas en reste. On le retrouve, en avril, à l’affiche du film de Jérôme Cornuau Les brigades du Tigre, adaptation de la célèbre série télévisée éponyme des années 1970. Il y tient le rôle du célèbre l’inspecteur Valentin aux côtés d’Olivier Gourmet en Terrasson et Edouard Baer en Pujol. A la fin de l’année, il est à l’affiche de Poltergay d’Eric Lavaine avant de se rendre sur les tournages du Serpent d’Henri Barbier et d’Astérix aux jeux olympiques de Frédéric Forestier.

 

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