Le Cercle des neiges : Juan Antonio Bayona détaille sa mise en scène du cannibalisme

Le Cercle des neiges : Juan Antonio Bayona détaille sa mise en scène du cannibalisme

Comment, sans verser dans le sensationnalisme et le voyeurisme, faire le récit d'une histoire vraie hantée par le cannibalisme ? On a posé la question à Juan Antonio Bayona, co-scénariste et réalisateur du formidable "Le Cercle des neiges", disponible sur Netflix.

Le Cercle des neiges, pour sublimer l'horreur

Le Cercle des neiges, brillante adaptation à l'écran du drame de la cordillère des Andes, explore la psychologie des victimes et des survivants de ce crash aérien et des deux mois de survie qui ont suivi, en s'appuyant sur le livre du même nom publié par Pablo Vierci en 2009. Le récit est authentique et respectueux du déroulement des faits mais, à la différence du précédent film Les Survivants, réalisé par Frank Marshall et sorti en 1993, Juan Antonio Bayona a souhaité pour son film que son approche se concentre sur la réflexion plutôt que sur l'action.

Tournage Le Cercle des neiges
Tournage Le Cercle des neiges ©Netflix

Cette tragédie aérienne est aussi célèbre notamment parce que, isolés à 3600 mètres d'altitude et sans nourriture, ayant appris que les recherches avaient été interrompues, les survivants n'ont eu d'autre choix que de recourir au cannibalisme et manger la chair des morts, préservée par le froid. On a demandé à Juan Antonio Bayona comment il avait abordé cet élément de l'histoire, montré dans Le Cercle des neiges sans manière horrifique.

Le cannibalisme est sans doute l'élément le plus terrible de cette histoire de survie, et représente un enjeu très fort de mise en scène dans Le Cercle des neiges. Comment l'avez-vous conçu ?

Juan Antonio Bayona : Dans le livre de Paul Vierci, le cannibalisme est un thème important, mais reste dans l'ombre des autres thèmes. J'ai souhaité transférer le point de vue de celui qui mange à celui qui donne. Ainsi, on passe à une vision de générosité, d'amour et de camaraderie. L'idée est de ne pas parler du fait de manger, mais de celui de donner. Le point de vue est plus humaniste, moins sensationnaliste que ce qu'on voit par exemple dans le film adapté du livre de Piers Paul Read (Les Survivants, ndlr), parce que celui-ci se concentrait sur l'action. Pour moi, l'action n'était pas la priorité, mais la réflexion pour trouver du sens à ce qui a été fait.

Le plus grand défi était de montrer le naturel de cet acte. J'en ai parlé avec Pablo Vierci, qui avait traduit les entretiens psychologiques réalisés avec les survivants. Il s'agissait de désactiver du cerveau le mécanisme qui empêche de passer à cet acte, et comment parvenir à transformer ce geste scabreux en un geste anecdotique.

En deux heures de film, il est cependant impossible que cet acte soit perçu comme naturel, donc on a opté pour suggérer plus que montrer. Ce qui était de toutes façons notre première intention, afin de se montrer respectueux vis-à-vis des familles des victimes.