Ce OSS 117 au féminin est “un petit bijou secret” à (re)découvrir

Ce OSS 117 au féminin est “un petit bijou secret” à (re)découvrir

Réalisé par Claude Chabrol, "Marie-Chantal contre le Dr Kha" (1965) ressort DVD/Blu-ray. L'occasion de (re)découvrir cette comédie avec Marie Laforêt qui parodie avec talent les premiers James Bond.

Marie-Chantal contre le Dr Kha, la parodie d'un genre parodique

C’est dans un train en direction de la Suisse que Marie-Chantal (Marie Laforêt) croise la route de Kerrien (Roger Hanin), un homme étrange qui, après avoir assassiné un passager pour lui dérober un bijou, n’a d’autre choix que de confier l’objet à cette bourgeoise un brin idiote. Car la tête de panthère bleue aux yeux de rubis qu’il lui donne intéresse beaucoup de monde, à commencer par le terrible Dr Kha - référence à peine voilée au Dr No de la première aventure cinématographique de 007. Ce sera alors le début des aventures rocambolesques de Marie-Chantal.

Marie-Chantal contre le Dr Kha ©StudioCanal
Marie-Chantal contre le Dr Kha ©StudioCanal

À l’origine de Marie-Chantal contre le Dr Kha (1965), il y a une série de romans à succès des années 1950, Les Carnets de Marie-Chantal de Jacques Chazot. C’est sur les conseils de Georges de Beauregard (producteur notamment du Mépris) que Claude Chabrol accepta de s’y intéresser pour en faire un “eurospy” plus malin qu’il n’y paraît. Alors que la saga James Bond était à la mode au début des années 1960, toute l’Europe se lança dans des films d’espionnages bondiesques. Chabrol lui-même en réalisa un juste avant Marie-Chantal, Le Tigre aime la chair fraîche (1964), porté par Roger Hanin. Tandis que la saga OSS 117 eut droit au même moment à plusieurs adaptations au cinéma, bien avant les films de Michel Hazanavicius.

Du Claude Chabrol même pour un film de commande

Pour autant, ce Marie-Chantal contre le Dr Kha s’apparente davantage aux comédies avec Jean Dujardin puisque Claude Chabrol, dans une approche quasi-méta, parodie un genre lui-même parodique. Pour cela, le cinéaste pousse tout à l’extrême avec des personnages conscients des codes du genre et acceptant les retournements de situations les plus délirants. Comme ces innombrables effets d’inversion, où chaque personnage a un rôle double. À l’instar de Johnson (génial Charles Denner), un diplomate américain à l’accent british (il se dit être Anglais seulement d’apparence), qui se révélera finalement “titi parisien”.

C’est ainsi une “mise en situation de personnages à l’intérieur d’un genre, qui en ont totalement conscience et qui s’amusent avec cela” note Jean-Baptiste Thoret en préface de la nouvelle édition DVD/Blu-ray de StudioCanal. Et comme l’explique Jean-François Rauger (dans une analyse de 50 min en bonus), Claude Chabrol met de sa patte même dans ce film de commande, ce qui fait de lui un véritable auteur. Si dans ses films les plus personnels le cinéaste travaille au même niveau la mise en scène et le scénario, sur ses œuvres “mineurs” comme Marie-Chantal, le scénario n’est pas d’un grand intérêt et Chabrol raconte finalement autre chose en sous-texte, par ses choix de réalisation. La question du double évoquée précédemment, mais également de la liberté (Kha ayant toujours une longueur d'avance) et de la vanité de tout.

Alors qu’on pense naturellement à Alfred Hitchcock et son film L’Homme qui en savait trop (1956), tant Chabrol s’amuse à en reproduire des situations (la mort de Kerrien et ses derniers mots à Marie-Chantal), c’est davantage Jean Renoir et Fritz Lang qui sont les grandes références du cinéaste. Marie-Chantal contre Dr Kha surprend d'ailleurs avec des séquences parfois baroques, une forme de maniérisme, et un monde fantaisiste. Traité à tort comme un nanar, le film est une curiosité dans la filmographie du réalisateur qui mérite d’être réhabilitée. Pour Jean-Baptiste Thoret, il s’agit même d’un“petit bijou secret du cinéma de Claude Chabrol”.

Marie Laforêt géniale dans cette comédie légère

Bien sûr, Marie-Chantal contre le Dr Kha peut également être regardé comme une simple comédie sans prétention, puisque même sans prendre en compte toute cette analyse, le film demeure drôle et délicieux, principalement grâce à son casting et l’absurdité des dialogues. À commencer par Marie Laforêt, dans la continuité de son apparition dans La Chasse à l'homme (1964) d'Édouard Molinaro. Qui d’autre qu’elle pouvait dire des phrases comme “une dame en deuil dans une boîte de nuit, c’est admirable” avec un ton sérieux qui crée une drôlerie paradoxale.

La comédienne est parfaite pour transformer son personnage d’innocente idiote en héroïne de film d’espionnage. Un personnage qui n’est pas fixe, autre idée pertinente de Claude Chabrol, qui insiste sur l'idée d'une Alice qui passe de l'autre côté du miroir. Enfin, aux côtés de Marie Laforêt, on retrouve Stéphane Audran en agente indépendante, Serge Reggiani en agent russe qui suit les directives de son jeune fils, ainsi que Francisco Rabal (Paco Castillo), Akim Tamiroff (Dr Kha) et les déjà cités Roger Hanin et Charles Denner.

Marie-Chantal contre le Dr Kha est disponible en combo DVD/Blu-ray depuis le 26 février. En bonus, StudioCanal propose une préface de Jean-Baptiste Thoret, une présentation de 50 minutes de Jean-François Roger, ainsi qu’un entretien de 5 minutes avec Claude Chabrol lors de l’émission Cine Passion FR3 du 26 juillet 1984.