Minority Report : et si la fin n'était qu'un rêve ?

Vous ne verrez plus le film comme avant

Minority Report : et si la fin n'était qu'un rêve ?

"Minority Report" présente Tom Cruise face à un futur crime qu'il doit commettre. Réalisé par Steven Spielberg, le film se termine sur un happy end. Seulement, en s'appuyant sur une hypothèse, tout ceci pourrait en fait être un rêve. Explications.

Minority Report : Tom Cruise face à son crime

Réalisé par Steven Spielberg, Minority Report se déroule dans un futur proche, en 2054. À Washington, pour éradiquer la criminalité, "Précrime", un nouveau système permettant de prédire les crimes, a été développé. Pour cela, trois extra-lucides, appelés précogs, sont utilisés. Leurs visions permettent de savoir en avance lorsque qu'un crime violent va être commis. Une équipe d'intervention, menée par John Anderton, se charge alors de retrouver le futur coupable et de l'arrêter avant qu'il ne commette son acte. Seulement le système va faillir lorsqu'une vision des précogs montre John en train de commettre un meurtre. Ce dernier décide de fuir tout en tentant de comprendre qui est sa supposée future victime.

Minority Report
Minority Report ©UFD

Porté par Tom Cruise, Minority Report est probablement une des œuvres les plus fascinantes de Steven Spielberg. Visuellement, déjà, le film dénote par rapport au reste de sa filmographie par son grain particulier et son éclairage à dominance bleu électrique. De plus, en s'inspirant de la nouvelle de Philip K. Dick publiée en 1954, le cinéaste fait là une de ses rares incursions dans la SF futuriste, après A.I (2001) et bien avant Ready Player One (2018). Et pour Tom Cruise, c'est un de ses rôles les plus touchants, complexes et émouvants.

Happy end, vraiment ?

À la fin de Minority Report, tout porte à croire que Steven Spielberg a opté pour un happy end. John a pu prouver son innocence, le véritable coupable s'est suicidé et "Précrime" est arrêté. Les précogs vivent paisiblement à la campagne et John, qui semble avoir enfin fait le deuil de son fils, est à nouveau réuni avec sa femme qui attend un nouvel enfant. Pourtant, il se pourrait qu'en réalité le film ne soit pas si joyeux. Car tout cela pourrait en fait n'être qu'un rêve.

Cette hypothèse, on la doit à Mathieu Turi, réalisateur de Méandre. À l'occasion de la sortie du film (dans les salles à partir du 23 mai 2021) nous l'avons rencontré pour une interview. Lors de cet entretien, le cinéaste en vient à nous parler de Minority Report qui fut l'objet de son mémoire de fin d'étude. Pour lui, le film change drastiquement lorsque John est incarcéré et que le geôlier lui dit qu'à partir de maintenant tous ses rêves vont devenir réalité. L'instant d'après, on découvre Lamar (Max von Sydow), le patron de John, qui dit cette phrase : "Tout est de ma faute". Dès lors, Mathieu Turi a noté un changement visuel.

La colorimétrie change d'un coup. Tout le film est bleu, mais à ce moment précis le film devient ocre, à l'opposé. Et surtout, à partir de là, tout est résolu tout seul.

Le réalisateur ajoute que ce qui peut valider cette hypothèse se trouve dans le dernier plan, très similaire à celui de Brazil. En effet, dans le film de Terry Gilliam, on voit une grande campagne tandis que la caméra monte vers le ciel. Seulement, si Spielberg coupe après cela, Gilliam montre de son côté deux tortionnaires. On comprend ainsi que le personnage principal n'a pas bougé de son siège et a sombré dans la folie.

Une hypothèse qui corrigerait des erreurs

Enfin, Mathieu Turi note que Minority Report est un film sur "le montage, le regard, et comment on peut tricher sur les images". Avec tous ces éléments, l'hypothèse du rêve fait sens.

Bien sûr, la fin "classique" reste tout à fait acceptable. Cependant, celle proposée par Mathieu Turi permet de corriger des "erreurs scénaristiques". En effet, plusieurs éléments dans la résolution de Minority Report sont incohérents. D'abord, le fait que la femme de John puisse entrer avec une arme dans une prison et en sortir son mari sans le moindre problème est peu plausible. De même, il est étrange que le collègue de John accepte de "lui rendre un service" lorsque sa femme demande à ce qu'une vision des précogs soit projetée lors du gala de Lamar. On a du mal à imaginer une telle action sans avoir regardé auparavant la vidéo qui incrimine Lamar.

Minority Report
John (Tom Cruise) - Minority Report ©UFD

Enfin, et c'est peut-être là le plus problématique, la vision de la précog femelle est soudainement parfaitement claire. Jusque-là, sa vision du crime passé était restée incomplète. Mais pour la résolution du film, elle en a cette fois une entière. Rien n'est expliqué dans le film à ce sujet. L'idée que ce soit un rêve permettrait donc de justifier tout cela.

À partir de là, vous pouvez accepter le film tel qu'il est, mais avec ses "erreurs". Ou bien le prendre avec cette fin bien plus sombre, mais à l'image du reste du film. À vous de choisir...

 

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