À la suite de plusieurs autres professionnels du cinéma, le cinéaste et poids lourd d'Hollywood Steven Spielberg s'est publiquement déclaré contre la décision de pré-enregistrer une partie de la 94e cérémonie des Oscars, privant huit catégories d'une récompense retransmise en direct.
Oscars 2022, une cérémonie sous tension
Fait rare, le cinéaste américain Steven Spielberg a pris solennellement position sur un point d'actualité de l'industrie hollywoodienne. C'est que l'enjeu est de poids. Le 22 février 2022, l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences annonçait que les séquences de récompense de 8 des catégories des Oscars, sur les 23 au total, seront pré-enregistrées une heure avant le début de la 94e cérémonie des Oscars diffusée en direct, le 27 mars à partir de 17h heure locale. Les séquences pré-enregistrées seront alors montées dans la foulée et diffusées pendant la retransmission en direct.

Ces catégories sont celles du Meilleur court-métrage documentaire, Meilleur court-métrage et Meilleur court-métrage d'animation, Meilleur montage, Meilleur maquillage et coiffure, Meilleure musique, Meilleurs décors, Meilleur son.
Steven Spielberg : "nous devons tous ensemble être à la fête"
Objectif : offrir plus d'entertainment et remonter des scores d'audience en chute libre chez ABC, diffuseur de la cérémonie. Une décision inéquitable, très controversée et forcément impopulaire, jusque chez les gouverneurs de l'Académie, dont Steven Spielberg fait partie. Dans une interview exclusive donnée à Deadline, il s'est ainsi montré opposé et critique.
Je suis en désaccord avec cette décision du comité exécutif. Je ressens très profondément que le cinéma est sans doute le média le plus collaboratif au monde. Nous faisons des films ensemble, nous devenons une famille où chaque savoir-faire est aussi indispensable qu'un autre. Il n'y a personne qui serait au-dessus ou en dessous aux Oscars, nous sommes tous au même niveau à nous donner à fond pour raconter des histoires le mieux possible. Ça signifie pour moi que nous devons tous être ensemble à la fête, en direct, à 17h.
Si le réalisateur, deux fois nommé personnellement cette année avec West Side Story dans la catégorie Meilleur film et Meilleur réalisateur, sait que chaque catégorie aura son moment en "direct" de la diffusion, c'est bien la différence fondamentale de traitement qui le chagrine. Sur ses 7 nominations, West Side Story en a deux qui sont concernées, celles pour l'Oscar du Meilleur son et l'Oscar des Meilleurs décors.
Quand j'y repense, sans John Williams, "Les Dents de la mer" ne seraient qu'un dentier. Avec "West Side Story", quand Tony chante "Tonight" avec Maria, sans Adam Stockhausen et ses décors il serait en train de chanter sur un escabeau, elle serait sur l'échafaudage, et tout ça sur une scène sonore vide. Sans montage, mes films seraient encore des rushes.
Un faible espoir de rétropédalage
Même s'il fait partie des personnalités les plus puissantes d'Hollywood, Steven Spielberg ne peut pas influer sur tout. Il conçoit ainsi peu d'espoir quant à un retour au format traditionnel.
Je souhaiterais que la décision soit annulée, mais j'ai un très grand respect pour mes co-gouverneurs, et j'ai un immense respect pour David Rubin (Président de l'AMPAS, ndlr). (...) J'aimerais qu'elle le soit, mais je ne m'y attends pas et je ne suis pas très optimiste là-dessus.
Il n'est pas le seul parmi les cinéastes nommés à cette 94e cérémonie des Oscars à s'être publiquement opposés à cette stratégie. Steven Spielberg rejoint ainsi Denis Villeneuve, Jane Campion et Guillermo del Toro. Le réalisateur de Dune a notamment déclaré à Deadline "comprendre que l'Académie soit sous une immense pression, mais ce n'est pas la bonne décision."
Une unanimité qui malheureusement ne devrait pas changer grand chose.