Le documentaire "Shoah" de Claude Lanzmann évoque les camps d'extermination nazis, et non les camps de concentration. Une confusion que ne supportait pas le réalisateur, qui n'hésitait pas à reprendre ses interlocuteurs qui se trompaient de terme.
Shoah : un morceau d'Histoire sur France 2
Ce mardi 30 janvier, France 2 diffuse en intégralité le documentaire Shoah de Claude Lanzmann, d'une durée de 9h03. La diffusion sera divisée en deux parties de 4h23 et 4h41. Le film sera ensuite disponible pendant trente jours sur le site france.tv.
Préparé pendant onze ans, Shoah est un documentaire sur l'Holocauste qui ne montre aucun document d'archives de la Seconde Guerre mondiale. En effet, Claude Lanzmann souhaitait que son dispositif cinématographique se déroule au présent, avec des témoignages de protagonistes qui ont vécu cet événement de près, que ça soit des survivants, des nazis, ou bien des paysans qui vivaient à proximité des camps de la mort.
Car le réalisateur insistait bien sur ce point : Shoah est un documentaire sur la mort, et non sur la déportation. En ce sens, Claude Lanzmann n'hésitait pas à reprendre quiconque évoquait les "camps de concentration", au lieu du terme approprié "camps d'extermination", que ça soit au micro de Thierry Ardisson en 2000, au journal télévisé en 1985, ou encore au micro de Bernard Pivot, dans Apostrophes.
Quelle différence entre camps de concentration et camps d'extermination ?
Comme le rappelait Claude Lanzmann au moment de la sortie de Shoah, il existe une distinction claire entre les camps de concentration et les camps d'extermination nazis utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale dont il est question dans le documentaire.
Les camps de concentration étaient des lieux où les déportés étaient exploités pour des travaux pénibles. Ces camps avaient plusieurs fonctions dans la société nazie, notamment l'élimination des personnes jugées indésirables, l'endoctrinement idéologique et la dissuasion par la terreur. Les conditions de vie y étaient extrêmement difficiles, et les détenus étaient soumis à des travaux forcés. La mort, bien que fréquente, n'était pas l'objectif premier de ces camps, mais résultait souvent de l'exploitation, de la famine, des maladies, des mauvais traitements et des exécutions. Certains détenus pouvaient survivre, notamment ceux utilisés pour le travail forcé.
En revanche, les centres d’extermination étaient conçus exclusivement pour l'assassinat systématique des personnes déportées, souvent par gazage, et ont commencé à fonctionner dès 1941 dans le cadre de la "Solution finale". Dès leur arrivée, les victimes étaient systématiquement tuées, sans considération pour leur âge, leur sexe ou leur utilité économique. La survie y était pratiquement impossible, et le processus d'incarcération était beaucoup plus court que dans les camps de concentration, car il n'y avait pas d'enregistrement des arrivants, leur mort étant immédiate.
Auschwitz-Birkenau est un exemple spécifique où ces deux systèmes étaient contigus. Ce site combinait un camp de concentration et un centre d’extermination. Les déportés y étaient soumis à une sélection : certains étaient envoyés dans le camp de concentration pour le travail forcé, tandis que d'autres étaient immédiatement dirigés vers les chambres à gaz.
En plus d'Auschwitz-Birkenau, les autres camps d'extermination étaient Treblinka, Sobibor, Belzec, Chelmno et Majdanek. Ils étaient tous situés en Pologne, alors que des camps de concentration étaient également situés en Allemagne, et utilisés par les nazis dès 1933 pour y emprisonner des opposants politiques.