Snowpiercer : Bong Joon-ho a dû batailler contre Harvey Weinstein pour préserver son film

"Une rencontre maudite"

Snowpiercer : Bong Joon-ho a dû batailler contre Harvey Weinstein pour préserver son film

Pour l'exploitation de "Snowpiercer, Le Transperceneige" aux États-Unis, Bong Joon-ho a dû travailler avec Harvey Weinstein. Une expérience désastreuse qu'il n'est pas près d'oublier.

Snowpiercer : piège à grande vitesse

Cinquième long-métrage de Bong Joon-ho (Memories of Murder, Parasite), Snowpiercer, Le Transperceneige est la première expérience anglophone du cinéaste. Adaptation de la bande dessinée de Jean-Marc Rochette et Jacques Lob sortie en 2013, le film entraîne le spectateur à bord d'un train lancé à pleine vitesse autour de la Terre en 2031, pendant une nouvelle ère glaciaire. Si l'engin s'arrête, les derniers survivants de l'humanité meurent.

Snowpiercer, Le Transperceneige
Snowpiercer, Le Transperceneige ©Wild Bunch

À l'intérieur, les personnes les plus pauvres sont entassées dans le dernier wagon, tandis que les riches bénéficient du reste du train. Face aux mauvais traitements et au manque de nourriture, la révolte gronde à l'arrière. Encouragés par le doyen Gilliam (John Hurt), Curtis (Chris Evans) et Edgar (Jamie Bell) décident d'affronter les soldats aux ordres des mystérieux dirigeants en remontant les voitures les unes après les autres, combat après combat. Ils découvrent des richesses insoupçonnées ainsi que les terribles secrets derrière cette microsociété.

Song Kang-ho, Tilda Swinton, Ed Harris, Octavia Spencer et Ewen Bremner complètent la distribution de Snowpiercer, oeuvre post-apocalyptique doublée d'une charge sociale remplie de séquences d'action ahurissantes. Un projet pour lequel Bong Joon-ho a dû batailler contre Harvey Weinstein afin de garder le contrôle créatif.

Le combat de Bong Joon-ho contre Harvey Weinstein

Le cinéaste est évidemment loin d'être le seul à avoir lutté contre les exigences du mogul déchu. Martin Scorsese et Peter Jackson ont notamment témoigné de leur expérience désastreuse avec le producteur condamné à 23 ans de prison ferme pour agression sexuelle au premier degré et viol au troisième degré. Interrogé par Vulture en 2019, le réalisateur explique que durant la post-production du long-métrage, Harvey Weinstein demande à couper 25 minutes pour l'exploitation américaine, dont des dialogues essentiels. Alors qu'il est habitué à pouvoir monter ses films comme il le souhaite, Bong Joon-ho déchante. Il se souvient à propos de cette rencontre infernale, cité par Allociné :

C'était une rencontre vouée à l'échec. Je suis quelqu'un qui jusqu'alors avait toujours sorti les director's cut de ses films. Je n'avais jamais réalisé un montage que je ne souhaitais pas. Le surnom de Weinstein est "Harvey aux mains d'argent" et il était très fier de son montage du film.

Snowpiercer, Le Transperceneige
Snowpiercer, Le Transperceneige ©Wild Bunch

Harvey Weinstein insiste notamment pour supprimer un passage de l'affrontement contre les gardes cagoulés, au cours duquel l'un d'eux donne un coup de hache dans un poisson. Mais le réalisateur lui tient tête et parvient à le conserver grâce à un mensonge. Il lui fait effectivement croire que son père est un pêcheur et qu'il s'agit d'un hommage, ce qui émeut apparemment Weinstein.

La victoire du réalisateur

Lors d'une projection test, alors que 25 minutes du montage initial sont supprimées, les spectateurs assurent ne pas avoir compris l'intrigue. Harvey Weinstein accepte donc de conserver la version de Bong Joon-ho, mais n'offre pas au film une exploitation aussi large que celle qu'il envisageait initialement aux États-Unis. Ce qui représente malgré tout une victoire pour le cinéaste :

Pour Weinstein c'était peut-être une punition envers un metteur en scène qui ne veut pas l'écouter, mais de mon côté, tout le monde était content. Nous avions notre director's cut !

 

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