"The Irishman" est disponible sur Netflix depuis le 27 novembre, et il est maintenant possible de vérifier ce qu'on entend à son sujet : c'est bien un des meilleurs films de l'année, et plus encore un des meilleurs films de Martin Scorsese. Le film propose plusieurs références, dont celles liées à la collaboration entre le réalisateur et Robert De Niro. Et une scène en particulier fait un clin d'oeil appuyé au film "Taxi Driver".
On ne gâchera rien en répétant ici que The Irishman est un film bourré de références à la filmographie "mafieuse" de Martin Scorsese, ni en précisant que les références vont aussi au-delà de ce genre cinématographique, en revenant sur la collaboration historique entre Martin Scorsese et Robert De Niro. Il s'agit en effet de leur neuvième film ensemble, 46 ans après leur premier film ensemble, Mean Streets. Ainsi, en plus de faire évidemment référence à un film comme Les Affranchis, The Irishman fait aussi des clins d'oeil à d'autres films, dont Taxi Driver, sorti en 1976.
Une référence en "négatif"
Taxi Driver est le film qui aura révélé Robert De Niro au monde entier, et c'est un des chefs-d'oeuvre de Martin Scorsese. Dans ce film, plusieurs scènes sont devenues cultes, dont une à laquelle il est clairement fait référence dans The Irishman. Il s'agit de la scène où Travis achète plusieurs pistolets dans une chambre d'hôtel. Le vendeur expose les différentes qualités de l'arsenal présenté, et Travis fait son choix. Vous pouvez revoir cette scène ci-dessous, à partir de 01'00.
Dans The Irishman, une scène assez semblable se déroule, celui d'un choix d'armes, mais elle se fait par élimination. Alors que dans Taxi Driver Travis Bickle choisit pas moins de quatre pistolets et revolvers, de différents calibres, dans une sorte de shopping sans stratégie, Franck Sheeran dans The Irishman choisit deux revolvers semblables, avec le souci de "dimensionner" le calibre et le bruit de l'arme à la nature de sa mission. Dans Taxi Driver, le vendeur explique lui-même les caractéristiques, dans The Irishman, c'est en voix-off que l'expérimenté Franck Sheeran explique son procédé de choix par élimination : pas assez puissant, trop bruyant, etc.
Une scène exemplaire de la symbolique du film
Une fois passée la petite fascination virile et mortifère pour ces objets, on remarque que la symbolique de cette scène est exemplaire de l'entreprise d'analyse et de déconstruction de l'historique Scorsese - De Niro que propose The Irishman. Excitante et juvénile dans Taxi Driver, cette séquence de choix est froide et expérimentée dans The Irishman. Les deux mises en scène sont différentes, celle de 1976 est un dialogue plutôt animé, avec plusieurs valeurs de plan, quand celle de 2019 est une alternance d'un plan zénithal sur les armes et d'une contre-plongée sur Robert De Niro, dont les commentaires "pédagogiques" sont en voix-off.
Avec cette association entre les deux séquences, on peut ainsi souligner à la fois leur proximité et leur distance, la fougue de la jeunesse et la quasi indifférence de la vieillesse, l'évolution d'un acteur-personnage génial et d'un metteur en scène qui l'est tout autant. Et cette scène, parmi de nombreuses autres dans The Irishman, est un témoignage de la qualité exceptionnelle du film.