Trois nuits par semaine : comment le réalisateur a représenté l'univers drag queen ?

Trois nuits par semaine : comment le réalisateur a représenté l'univers drag queen ?

Pour son premier long-métrage, Florent Gouëlou a souhaité approfondir une thématique encore peu représentée au cinéma : l’univers drag. Pour cela, il met en scène une romance entre une drag queen et un jeune homme non initié, sur fond d’un Paris nocturne et festif.

Trois nuits par semaine fait la lumière sur l’univers drag queen

Avec Trois nuits par semaine, le réalisateur Florent Gouëlou a voulu représenter au plus près l'univers drag queen dont il fait partie. Un sujet exploré dans ses deux précédents courts-métrages Un homme mon fils et Premier amour, Beauty Boys. Lui-même drag queen, il s’attaque dans le film à l’envers du décor, aux coulisses derrière la scène. C’est en filmant l’acteur Romain Eck (alias Cookie Kunty), “en civil” comme il le dit, qu’il a approfondi cette thématique de l’alter égo, de l’incarnation d’un personnage

Au fur et à mesure que le monde du drag m’est devenu familier, mon traitement du sujet s’est complexifié. (...) Dans Trois nuits par semaine, qui avait pour projet de s’intéresser cette fois à la vie du jeune homme derrière la queen, je filme Romain Eck (Cookie) pour la première fois “en civil”.

Trois nuits par semaine
Trois nuits par semaine ©Pyramide Distribution

Florent Gouëlou tenait à représenter tout ce qui touche à cet univers encore méconnu du grand public, et notamment ce que l’on ne souhaite pas voir. Ainsi, il n’hésite pas à montrer les travailleuses du sexe de Belleville, les femmes transgenres de la place Clichy, les Urgences de Lariboisière de nuit, mais aussi les discriminations dont est victime la communauté LGBTQ+. C’est donc la précarité et la dureté du milieu qu’il a voulu exposer, en total contraste avec le monde spectaculaire et chatoyant du drag auquel nous pensons de prime abord.

Une dualité présentée à un public novice

Il est encore aujourd’hui difficile de lister les films représentant la communauté queer, et d’autant plus lorsque l’on parle de cinéma français. Pour pallier à cette "inexpérience" des spectateurs, le réalisateur a choisi de porter un message politisé et engagé via le genre de la romance. L’histoire d’amour naissante entre le protagoniste Baptiste (Pablo Pauly) - encore en couple avec Samia (Hafsia Herzi) au début du film - et la drag queen Cookie, permet de s'identifier au personnage principal. Nous découvrons avec lui ce monde nocturne, mais également ses coutures et ficelles, les différentes personnalités des queens qui le compose…

Il m’a semblé que la meilleure façon d’inviter le spectateur à la découverte de ce monde serait de le faire par le biais d’un personnage amoureux auquel il pourrait s’identifier. Baptiste s’immerge dans l’univers du drag mû par son désir, et son émerveillement pour Cookie.

Trois nuits par semaine
Trois nuits par semaine ©Pyramide Distribution

Ce film est donc avant toute chose une rencontre entre deux personnes. A travers cette découverte de l’autre, le film déconstruit les clichés et dévoile les backstages. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si le réalisateur a souhaité n'engager que des véritables drag queens pour son film, interprétant ainsi leur propre rôle. Le premier but n’était pas tant un souci de vraisemblance qu’un choix "éthique" et "artistique". Il souhaitait pouvoir donner la parole aux queens, dans un film qui parle d’elles :

C’est un enjeu des représentations ; il me paraissait important que la communauté drag puisse participer à raconter ses propres histoires.

Trois nuits par semaine s'inscrit donc dans un courant d'émancipation où l’on se sent libre de performer, d’aimer et d’être soi. Le film, en salles le 9 novembre, s’accompagne également d’une exposition photographique, avec des clichés réalisés lors du tournage, pour en découvrir toujours plus sur l'univers drag...