Une Belle Journée : Notre interview de Peter Mullan et de la réalisatrice du film

A l'occasion de la sortie en salles d'Une Belle Journée, la réalisatrice Gaby Dellal, dont c'est le premier long-métrage, et son comédien Peter Mullan (acteur dans Young Adam ou Criminal, mais aussi réalisateur de The Magdalene Sisters) ont répondu aux questions de Commeaucinema.com sur cette comédie anglaise aux faux airs de Full Monty.

Le scénario
Gaby Dellal : « Ce qui m'a plue dans le scénario, ce sont les défis que se lancent les personnages. Ils ont tous un rêve, ils ont tous envie de le réaliser. Dans le film, le rêve de Franck, le personnage principal, s'exprime par la natation, mais cela aurait pu être le marathon ou tout autre chose. C'est le processus, la façon d'évoluer qui m'a intéressée. Le fait qu'ils pouvaient s'en sortir et faire quelque chose de leur vie.
Dans le scénario, il y a aussi un autre aspect qui m'a interpellée. Cet homme perd son enfant et je voulais montrer comment on peut s'en sortir, même si ce décès s'est passé vingt cinq ans avant les faits relatés dans le film. Comment gère t-on ce deuil, cette perte ? En écrivant le scénario, j 'ai beaucoup travaillé avec la scénariste Alex Rose sur ce sujet. Franck a deux fils. Il réussit à sauver le premier de l'eau, mais il n'arrive pas à aider le second. C'est une chose qui reste toujours imprimée en lui. C'est sans doute pour cela qu'après, il n'arrive pas à parler à son fils car il y voit l'autre, celui qui n'a pas réussi à sauver. Il se sent coupable. Ça, c'était pour moi le plus intrigant et le plus intéressant du film. Et ce cauchemar initial, la scène de la mort de cet enfant, j'ai mis beaucoup de temps à l'insérer dans le dans la trame de la narration. »

La narration
Gaby Dellal : « Le film se déroule en deux parties : une partie un peu « déprimante » et une autre beaucoup plus optimiste. Si c'était à refaire, je ferais les vingt premières minutes du film encore plus longues, je les rendrais encore plus importantes. Mais il y a des façons de raconter des histoires au cinéma, d'ouvrir l'histoire, de la commencer et de la faire évoluer. On ne peut pas y déroger. Ça, je le reconnais. Parfois, ce début est d'ailleurs un peu critiqué. Il est là pour donner les bases du film qui ensuite va changer. Mais c'est vrai que moi-même en revoyant le début, il m'ennuie un tout petit peu. Mais c'est la façon dont on a voulu raconter l'histoire. Cela permet de mieux comprendre le personnage principal et son challenge. »

Le rôle de Franck et la préparation physique
Peter Mullan : « J'étais vraiment en empathie avec Franck, je le comprenais. Je comprenais la situation de Franck, la perte que représentait le décès de son fils, la dislocation de sa famille, pourquoi il avait besoin de réaliser un pari qui soit à la mesure des démons qu'il devait exorciser.

Pour le rôle, je me suis entraîné chaque jour à la piscine pendant six mois et demi. J'avais un entraîneur qui était extrêmement dévoué. Je passais mon temps à lui dire que j'étais blessé, que j'avais des douleurs mais à chaque fois il me disait « c'est pas grave, on peut avoir mal et nager ». Il me poussait à l'eau. J'ai tout essayé, tout inventé pour esquiver les séances d'entraînement mais ça ne marchait pas.
Après la piscine, la préparation s'est poursuivie dans un lac. Un jour, j'avais de l'eau jusqu'à la taille et je trouvais l'eau très froide. Mais ce que je ne savais pas, c'est que pendant le tournage, l'eau serait encore plus froide.

Il y trois ou quatre semaines où l'entraînement a été extrêmement difficile parce que pour des raisons de politique intérieure, le budget du film a été mis en question et on ne savait pas si on allait pouvoir mener le projet à bien. Donc, c'était encore plus dur de s'entraîner car à quoi bon ? Je ne savais pas si ça allait servir. Mais en fait, pendant ces quelques semaines, cela a été très enrichissant car je me disais que si pour moi, c'était dur, ce devait être pire pour Franck. Cela a donc nourri mon rôle. Cette épreuve m'a aidé à comprendre Franck et à entrer dans le personnage. »

L'ambiance sur le tournage
Peter Mullan : « Dans le film, les personnages masculins sont très complices. Sur le tournage, c'était vrai aussi pour tous les acteurs et actrices. On était tous très proches sur le plateau. Personne ne jouait la diva. Il y avait un sentiment de groupe très fort, un groupe créé par Gaby Dellal. Cela demande beaucoup d'efforts de réussir à atteindre un équilibre dans l'équipe pendant les prises et aussi hors du tournage. On croit que cela est facile de faire fonctionner un équipe d'acteurs, on croit qu'en ajoutant des personnalités diverses, cela fonctionnera, mais non, ce n'est pas du tout évident à chaque fois. Là, sur le tournage, il n'y a pas eu du tout de problème. Une fois, sur un film dans lequel j'ai joué, ça s'est mal passé. Il y avait une mauvaise ambiance à cause d'un seul comédien et ça été dix semaines d'horreur.

Jouer la comédie, c'est se mettre en position de grande fragilité. Même si l'acteur est reconnu, il reste dans un état de grande insécurité. Il a besoin d'être rassuré. Sur le film, je n'avais jamais rencontré Brenda Blethyn . Je n'avais pas vraiment peur mais c'est juste que je ne savais pas comment cela allait se passer entre nous, si on allait s'entendre. Elle a été très chaleureuse et tout s'est bien déroulé.
Le fait que Gaby a été elle-même actrice a sans doute aussi faciliter les rapports entre acteurs. Elle a su faire régner une bonne ambiance. »

Les Projets
Gaby Dellal : « Je ne souhaite plus être actrice ou alors peut-être au théâtre. Je vais maintenant me concentrer sur mon deuxième long-métrage avec à peu près la même équipe (scénariste, producteurs). C'est un film qui se passera en Amérique. »
Peter Mullan : « J'écris mon prochain projet mais je ne veux pas en parler par superstition. Si j'en parle, ça ne se fait jamais ! Ca m'est déjà arrivé.

Je reçois beaucoup de scénarios, j'ai l'impression que l'Amérique est entrain de dépenser toute la forêt amazonienne en scripts. Mais ils ont tous nuls, catastrophiques. L'horreur ! Donc, j'écris moi-même mais je n'en parle pas encore. »

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Propos recueillis par Julia Girot (Paris, novembre 2005)

 

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