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Alice Winocour : « Eva Green m’a toujours fascinée »

Nous avons rencontré la réalisatrice française Alice Winocour à l’occasion de la sortie de son nouveau film « Proxima » avec Eva Green dans lequel elle interprète une astronaute qui se prépare à partir dans l’Espace, et à quitter sa fille âgée de huit ans.

Après être passé par les festivals de Toronto et de San Sebastian, le film Proxima d’Alice Winocour arrive enfin sur nos écrans le 27 novembre. La réalisatrice française offre à Eva Green son plus beau rôle au cinéma, celui d’une astronaute tiraillée entre son rêve d’Espace, et la douleur de quitter sa petite fille. Une performance qui la conduira, à n’en pas douter, sur le chemin des prochains César.

Interview d’Alice Winocour

 

Pourquoi avoir choisi le thème de l’espace pour mettre en exergue les relations mères-filles ?

Je trouvais que la séparation d’une mère astronaute avec sa fille pouvait résonner avec le fait de quitter la Terre. Ça n’est pas qu’une projection poétique de ma part parce que, même dans le protocole russe, on parle de « séparation ombilicale », et on parle aussi beaucoup de « Terre-mère ». Et ça résonne aussi avec les travaux de l’Agence Spatiale Européenne et de la NASA car jusqu’à présent on a fait que des voyages sur la Lune mais maintenant on construit Gateway qui est l’ISS autour de la Lune pour partir sur Mars. Donc les voyages vont être de longue durée et la séparation sera ultime avec la Terre puisqu’on ne la verra plus, on sera dans le noir complet. Toutes ces thématiques étaient contenues dans cette histoire simple d’une mère qui quitte sa fille qui reste sur Terre.

Tu as l’air très informée sur l’Espace, tu l’étais avant ou tu l’es devenue en faisait le film ?

Ça fait trois ans que je vis dans ce monde et comme je suis obsessionnelle, dès que je m’intéresse à un sujet, je lis un peu tout ce qui a été fait. Pour ce film, là c’était surtout des rencontres avec les astronautes et les entraîneurs. J’ai écrit avec eux dans les centres spatiaux, sur les bases militaires. Je me suis vraiment complètement immergée dans cet univers.

Alice Winocour : "Eva Green m'a toujours fascinée"

Mais paradoxalement, on ne voit pas l’espace…

C’est vraiment un film sur le rêve de l’espace. C’est un film sur la Terre en fait. Les films d’espace maintenant c’est 5 minutes sur Terre et le reste se passe dans l’espace, qui est en réalité un rêve de projection, puisqu’on n’a jamais été plus loin que la Lune. C’est un lieu de projection de ses peurs, de ses fantasmes, de ses désirs. Chaque réalisateur de space movie y projette son fantasme d’histoire. Moi ce qui m’intéressait c’était notre rapport à la Terre, et à l’attachement des gens qui y vivent, de nos corps sur Terre aussi puisqu’ils sont faits pour y vivre, et pas dans l’Espace.

On a souvent l’impression dans les films que c’est facile de quitter la Terre, mais en fait ça n’est pas du tout facile. L’idée c’était celle d’inverser le regard, de faire un film qui est une célébration de la Terre avec des choses comme par exemple le bruit des arbres ou la sensation du vent sur la peau, toutes ces choses dont on n’a pas conscience quand on vit ici mais qui sont en fait les choses qui manquent beaucoup aux astronautes quand ils sont dans l’espace.

D’où vient cette fascination pour le corps ?

C’est un sujet qui m’intéresse en terme de cinéma. Le cinéma qui m’a construite c’est des films très sensoriels, comme ceux de Cronenberg ou de Lucrecia Martel où on est vraiment dans les sensations, dans le physique. Après je suis aussi assez fascinée par le langage du corps, quand il n’y a pas de mots pour exprimer ce qu’on ressent et que c’est le corps qui parle. Et ce langage du corps je trouve qu’il est fascinant et qu’il ouvre des immenses territoires. Des territoires de cinéma, faits de corps et de regards. J’ai l’impression que c’est l’essence même du cinéma.

Pourquoi avoir choisi Eva Green pour interpréter Sarah ?

Eva Green m’a toujours fascinée. Son corps me fascine, son étrangeté aussi. J’aime bien les gens qui ne sont pas vraiment dans le moule, qui sont un peu différents. Je peux plus me projeter et ce n’est pas un hasard si Tim Burton en a fait une de ses muses. Tout cet imaginaire gothique, c’est quelque chose qui me touche énormément. D’ailleurs dans mon premier film Augustine il y avait ce romantisme noir. Je me sens très proche de ce monde là.

Je trouvais aussi intéressant qu’elle ait ce côté guerrier, que ce soit une amazone et de la montrer avec une petite fille de sept ans, pour voir un personnage de mère qui soit différent des représentations habituelles. Et puis Eva Green n’était pas mère elle-même et je trouvais ça intéressant. Elle a subi un entraînement très dur physiquement, elle est très résistante et ne se plaint jamais. Mais ce qui a été le plus dur pour elle c’est de jouer ce personnage de mère, donc on a énormément répété avec la petite fille, on se voyait tous les week-ends, et moi je trouvais ça très beau sa manière d’essayer de reproduire des gestes qu’elle pensait être des gestes justes de maman.

Alice Winocour : "Eva Green m'a toujours fascinée"

C’était voulu ce choix d’actrice qui n’était pas mère elle-même ?

C’était pas un critère au départ, mais je trouvais ça intéressant pour éviter d’être dans une forme de mièvrerie dans la représentation de la mère. J’ai l’impression que les relations mères-filles au cinéma sont souvent représentées sur un mode un peu « cucul ». J’aime beaucoup par exemple les lettres de Calamity Jane à sa fille, cette espèce de mélange de combattante/guerrière et de mère, c’est quelque chose qui me touche beaucoup.

Beaucoup de mère souffrent de cette image de la mère parfaite, qui est un peu écrasante et inhibante.

On remarque une évolution dans le comportement de Sarah…

L’histoire de Proxima c’est un peu l’histoire de quelqu’un semblable à une machine, elle a un côté inhumain au départ, et qui finalement s’humanise, va vers ses émotions, et devient plus humaine au moment où elle part dans l’espace.

Le film parle aussi de transmission, de ce qu’on transmet à nos filles. Est-ce qu’il faut transmettre l’idée qu’il faut être cette mère parfaite qui n’existe pas ou est-ce que c’est plus important de transmettre l’idée de vivre ses rêves et d’aller au bout de ce pourquoi on est fait et sa liberté ? Il y avait aussi l’idée que la petite fille se libérait du rêve de sa mère au cours du film. La mère lui offre un télescope pour regarder les étoiles mais elle, elle regarde la Terre, les petits garçons. Au départ elle n’est que derrière des vitres en fait, elle n’ose pas aller dans le monde, elle a ses posters de chevaux mais elle ne les voit pas en réalité. Puis à la fin elle les voit en vrai, dans la steppe, et il y a cette idée que sa vie peut commencer.

Alice Winocour : "Eva Green m'a toujours fascinée"

Zélie Boulant-Lemesle qui joue Stella est d’ailleurs très impressionnante dans ce premier rôle au cinéma…

Au départ je cherchais une petite fille qui ressemblait à ma fille, et je lui ai même proposé de jouer le rôle, mais elle m’a dit non (rires). Au final je me suis beaucoup identifiée et projetée dans le personnage de Stella. J’y ai mis beaucoup de choses qui venaient de moi, de mon enfance, des sensations d’écouter les conversations sous les tables, d’espionner les garçons par la fenêtre, de regarder aussi le monde derrière une vitre, de me sentir aussi différente, et marginale d’une certaine manière.

J’avais discuté avec une psy qui m’avait dit que 7 ans c’était l’âge où on se sépare de la mère, où on comprend que tout ce que raconte la mère n’est pas vraiment la réalité. C’est un âge important au niveau de la séparation. Et le film raconte cette relation comme une histoire d’amour, avec plein de micro séparations, un peu comme la fusée qui se sépare de la Terre et qui lâche un à un les boosters pour se libérer de la pesanteur terrestre.

La petite fille a un côté aussi très adulte. D’ailleurs à la fin on a l’impression que c’est elle qui lui donne l’autorisation de partir. C’est elle qui la pousse à partir. C’est ça aussi qui me touchait beaucoup dans le personnage de Stella, c’est que c’est quelqu’un qui prend sur elle, qui n’est pas dans la plainte, ou dans le reproche. Elle se tient et elle essaie de faire au mieux par rapport à ce qu’elle sent qu’il y a de mieux pour sa mère, jusqu’à un certain point. Et à la fin elle ne pleure pas. Tout le monde pleure sur le tarmac, mais elle ne pleure pas car elle a compris, elle a accepté le rôle de sa mère. D’ailleurs elle connaît les protocoles par coeur puisqu’elle les connaît depuis qu’elle est petite.

 

Propos recueillis par Chloé Valmary

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