Audrey Diwan (L'Événement) : "je préfère les films qui posent des questions à ceux qui imposent des réponses"

Audrey Diwan (L'Événement) : "je préfère les films qui posent des questions à ceux qui imposent des réponses"

En 2019, Audrey Diwan réalise son premier film, "Mais vous êtes fous". Deux ans plus tard, elle décroche le Lion d'Or à la Mostra de Venise pour "L'Événement". Nous l'avons rencontrée, à quelques jours de la sortie du film, en salles le 24 novembre.

L'Événement d'Audrey Diwan : le choc de 2021

2021 a été l'année de la consécration pour Audrey Diwan. Son film (le deuxième en tant que réalisatrice) L'Événement a été sacré Lion d'Or à l'unanimité au dernier Festival de Venise. Cette adaptation du roman autobiographique d'Annie Ernaux paru en 2000 met en scène le parcours d'une jeune étudiante en lettres, Anne, qui tombe enceinte et se lance dans un éprouvant parcours pour mettre un terme à cette grossesse non désirée. Le film se déroule au début des années 1960, il est donc question d'un avortement clandestin.

Lorsque nous retrouvons Audrey Diwan, deux mois après son sacre à Venise, elle revient d'un marathon de plusieurs avant-premières à travers la France et l'Europe. Un soulagement pour la réalisatrice, qui craignait devoir batailler pour que son film existe :

J’ai vraiment le sentiment d’avoir eu l’occasion de montrer le film. C’était notre crainte quand on l’a fait, de ne pas pouvoir le montrer. C’est des sujets pour lesquels il faut batailler. Là ça a été l’inverse, on a eu énormément de propositions. J’ai rencontré énormément de publics différents. Des gens jeunes, plus âgés, des hommes, des femmes. Beaucoup de regards différents sur le film.

L'Événement
L'Événement © Wild Bunch

Soulever des questions

Des échanges avec un public parfois contre l'avortement, comme c'est arrivé lors d'une conférence de presse en Italie :

Il y a un journaliste qui était contre l’avortement mais qui m’a dit que le film avait fait vaciller quelque chose en lui, que d’autres questions s’ouvraient. Évidemment, je n’attends pas du film qu’il fasse en 1h40 changer d’avis quelqu’un dont les convictions seraient ancrées.

Préférant soulever des questions, plutôt que donner des réponses, Audrey Diwan espère avoir l'occasion de montrer le film en Pologne, pays où la question de l'avortement est très compliquée :

Ça serait mon souhait de montrer le film à des gens qui sont contre l’avortement. Je pense aussi qu’il y a toute une partie de gens qui sont contre l’avortement qui sont un peu dans certains de mes personnages. Et donc dans l’état dans lequel Annie Ernaux les a trouvés à l’époque, dans les années 60. C’est-à-dire que ce sont des gens qui ne se figurent pas ce qu’est un parcours d’avortement clandestin.

La portée politique de L'Événement est évidente dans les questionnements qu'il soulève. Mais l'impulsion de départ d'Audrey Diwan était avant tout artistique :

Je pense que ce qui est politique, ça n’est pas le film, mais les discussions qui s’en suivent. C’est à cet endroit-là que je l’accepte. Mon geste à moi il est artistique. Si j’avais dû faire de la politique, étant donné que c’était mes études, je me serais lancée dans cette direction-là. Après, qu’on ait un sentiment politique ou une colère politique en sortant du film, je l’admets complètement. Je ne voulais pas du tout délivrer un message politique, je déteste les films à messages. Je préfère les films qui posent des questions à ceux qui imposent des réponses. Mais je comprends que les débats puissent aussi être politiques. Ensuite on parle aussi beaucoup de cinéma et d’intime.

L'Événement
L'Événement © Wild Bunch

Une expérience sensorielle totale

Audrey Diwan a toujours voulu faire de L'Événement une expérience cinématographique physique. Ne pas regarder Anne (interprétée par la formidable Anamaria Vartolomei), mais plutôt tenter d'être elle. Convoquer le sensoriel, le charnel, à travers une mise en scène à l'os, adoptant en permanence le point de vue de son héroïne, même dans les scènes les plus éprouvantes. Ce dispositif qui n'épargne rien au spectateur, car il ne détourne pas le regard, peut parfois pousser l'expérience jusqu'au malaise, comme c'est arrivé à plusieurs reprises lors des séances du film.

Je pense que c'est lié au travail que l'on a fait sur la durée de ces séquences, qui fait qu'on les ressent jusqu'à parfois être traversé par un sentiment désagréable. Mais ce que vit mon héroïne est assez désagréable. La juste durée est entre le théorique, donc le moment où on donne une information comme « elle a mal », et la provocation. Il fallait évaluer quelle était la bonne durée.

Cette juste durée, Audrey Diwan l'a trouvée sur le tournage, main dans la main avec son actrice Anamaria Vartolomei. Pour les scènes les plus éprouvantes, elle ne voulait pas mécaniser le processus :

Il fallait prendre le risque de découvrir sur le plateau. Pour moi le risque fait partie de la création. Quand on cherche à avoir trop d’assurance, on perd quelque chose de l’ordre de l’intensité, de la vérité. Donc on a beaucoup parlé du sens des choses, du sens qu’on voulait donner à certaines séquences, et ensuite sur le plateau on a cherché, parfois assises l’une en face de l’autre. Par exemple pour les scènes de douleur, je pensais qu’il fallait que ça passe par des cris. Mais ça ne fonctionnait pas du tout. Et donc je lui disais d’essayer d’inspirer l’air comme si elle allait en manquer. Et moi je faisais pareil, de façon à ce que je vois ce que ça donnait, mais qu’elle voit aussi le résultat. On a cherché comme ça, à tâtons et main dans la main, les sensations les plus justes.

Poser le regard

La question du regard est essentielle dans L'Événement. Le regard des autres sur Anne bien sûr, mais également le regard que porte Anne sur elle-même. Notamment dans les séquences de l'avortement. Pour celles-ci, Audrey Diwan avait des certitudes :

Une de ces certitudes c’était de circonscrire ce regard de jeune femme, porté à la fois sur son corps, et sur le moment qu’elle traverse. Donc je savais pertinemment qu’il y avait des choses qu’elle n’aurait pas envie de voir, mais qu’elle ne pourrait pas s’empêcher de regarder. J’ai toujours essayé de penser à cette jeune femme, et puis peut-être de me projeter. Qu’est-ce qu’on met de son vécu ? Où est-ce que moi j’aurais posé mes yeux à cet âge-là ? J’ai essayé d’interroger mon vécu de jeune femme et de trouver comme ça mon personnage.

C'est le récit d'Annie Ernaux qui a touché Audrey Diwan, et lui a donné l'envie de porter à l'écran son histoire. Dans sa carrière, de scénariste d'abord, puis de réalisatrice, elle ne s'intéresse presque qu'à des histoires vraies, qui font écho à son vécu.

Ce qui me touche dans le parcours d’Annie Ernaux c’est ce que coûte d’imposer au monde un désir si clair. Moi je comprends ce que c’est que de vouloir créer, d’avancer droit, de rencontrer des obstacles, d’être interrogée. Je sentais une proximité avec ce personnage, sa verticalité, son désir fort. Je le ressentais en tournant les pages. C’est presque par empathie que les choses commencent chez moi. Quand un récit me touche, c’est parce qu’il vient convoquer quelque chose chez moi de l’ordre de l’intime. Donc je ne me pose jamais la question de savoir si je mets quelque chose de moi dans ces histoires, car si elles retiennent mon attention, que je commence à y penser, et que ça devient obsessionnel, c’est qu’il y a une résonance.

Retrouver le calme

Le destin du film a basculé avec le Lion d'Or, et celui d'Audrey Diwan avec. Depuis Venise, son quotidien a été chamboulé, alors elle aspire désormais à retrouver son rythme de travail :

J’ai quand même besoin de m’enfermer et d’écrire. Donc j’attends la sortie avec impatience, déjà parce que c’est l’aboutissement, et aussi parce que j’ai besoin de me remettre à travailler. Ça fait complètement partie de mon équilibre. Là je ne vois plus de films, je ne lis plus de livres, j’ai comme une forme de panique intellectuelle (rires).

 

 

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