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Beaune 2018 : Entretien avec Lucas Belvaux, Président de la compétition « Sang neuf »

Avant la délibération du jury « Sang neuf » du Festival International du Film Policier de Beaune, nous avons eu la chance d’échanger avec un président serein et enthousiaste !

Le Festival International du Film Policier se tient pour la dixième année consécutive depuis sa création à Beaune pendant cinq jours. Demain soir, cinq personnalités monde du septième art et des médias se retrouveront pour délibérer et décerner le grand prix de la catégorie « Sang neuf ». Chad Chenouga, Catherine Frot, Audrey Pulvar et Malik Zidi se réuniront autour de Lucas Belvaux, le président du jury.

En retraçant le parcours des présidents qui vous ont précédés à la tête de la sélection «Sang neuf» du Festival de Beaune depuis sa création, il est curieux de constater que leur carrière ne fait pas tellement écho au film policier. Par exemple, Jacques Weber est surtout connu du milieu théâtral, Santiago Amigorena figure de prime abord dans le cercle littéraire, Serge Moati apparaît aux yeux des gens comme un fin connaisseur du monde politique…  Avez-vous une idée de la raison pour laquelle vos prédécesseurs ont rejoint le jury de ce festival ?

Ils ont été membres du jury d’un festival car c’est un rôle très agréable à tenir ! On voit des films très divers. En plus, c’est un plaisir particulier de voir des films que l’on a pas choisis de voir, des films que l’on vous propose. En effet, cela ouvre l’esprit. C’est une manière éclectique et privilégiée que de voir des films au sein d’un festival. On est par ailleurs très bien accueillis et chouchoutés.

Comment vous êtes-vous retrouvé Président de la compétition « Sang Neuf » du Festival de Beaune ?

Je connais Bruno Barde, le créateur du festival, depuis très longtemps. De temps en temps il m’appelle, on discute, et il a eu l’idée de me proposer ce titre. Il aime les films que je fais, il connaît mes goûts et mon parcours. Il sait aussi que j’ai réalisé des films noirs. Il m’a demandé d’être juré par affinité en somme. J’ai déjà été juré dans d’autres festivals qu’il a organisés. Pour constituer un jury, on invite en réalité des gens avec qui on a envie de discuter de cinéma et de films !

Pourquoi le film policier est un genre qui vous intéresse particulièrement ?

J’aime le film policier car c’est un genre très ouvert. À travers le film noir, on peut faire du cinéma social, politique, de la comédie… Jeudi soir, on a visionné en compétition un film qui était pratiquement un film d’horreur (A quatre mains, film allemand d’Oliver Kienle). C’est un genre un peu fourre tout mais dans le sens démocratique du terme, ce n’est pas péjoratif.

On sait que tout membre de jury a un devoir de réserve, mais est-ce que parmi les films en sélection que vous avez déjà vus, vous avez éprouvé des émotions particulières que vous voudriez partager avec nous ?

J’ai constaté que d’une manière générale, dans le cinéma d’aujourd’hui, il n’y a plus de film « mal fait ». Et cela se retrouve dans la sélection. Tous les réalisateurs savent faire des films. Il y a une vingtaine d’années, les cinéastes se cherchaient un peu formellement sur leur premier film. Mais avec les formations en cinéma, l’avènement des caméras vidéo et téléphones portables, la culture de l’image et du montage existe pour beaucoup. Ce n’est plus une position marginale que de faire du cinéma ; on rentre dans une industrie comme une autre. De fait, on échange facilement sur les films et on est davantage cinéphile. Tout cela se ressent sur la qualité des films.

Avez-vous fait des études pour devenir cinéaste ?

Non. J’ai d’abord été comédien et j’ai appris le métier sur le tas, en regardant les metteurs en scène. Mais à mes débuts, je n’avais pas le même niveau technique que les réalisateurs en sélection ici.

Concernant le vote pour élire le Grand Prix de la catégorie Sang Neuf, pourriez-vous nous en dire plus sur les coulisses ? (la durée du vote, le cas des voix ex aequo, etc).

Étant donné qu’on est un nombre impair de jurés, le cas du vote ex aequo ne pourra pas se présenter. Si nous étions un nombre pair, la voix du président compterait double. On est seulement cinq jurés et on s’entend bien, donc la délibération  pour se mettre d’accord devrait se dérouler simplement. Comme on se déplace et mangeons ensemble le midi, on partage en revanche déjà beaucoup nos avis.

En 2001, vous sortiez en salle une trilogie (Un couple épatant, Cavale, Après la vie) en seulement un mois. C’est une façon étonnante et minoritaire de distribuer des films ! Aujourd’hui, la SVOD a créé un nouveau marché et on peut regarder un film en plusieurs fois, sur plusieurs écrans. Des films distribués sur des plateformes vidéo apparaissent même en compétition de festival ( La Mémoire Assassine du réalisateur sud coréen Won Shin-Yun est en sélection officielle à Beaune et sera diffusé sur e-cinema.com le 13 avril prochain). Pensez-vous que de diffuser un film en salle est le meilleur moyen de toucher le public ?

Ah oui ! Je pense que le cinéma est d’abord fait pour la salle, pour des raisons simples : il y a un grand écran, une qualité de son qu’on ne retrouve pas ailleurs (la salle est insonorisée, etc) et on n’est pas sollicités (il n’y a pas de téléphone qui sonne, un bébé qui pleure…). On choisit de voir un film, c’est une vraie démarche. On est avec d’autres gens et on est focalisé sur le visionnage. Il suffit par ailleurs d’avoir assisté à un mixage de film pendant trois semaines dans un studio pour comprendre que de voir un film en salle est une expérience très différente que de le regarder sur l’ordinateur ou à la télévision.

Dernière question : avez-vous un film policier à conseiller aux lecteurs de Ciné Série ?

M le Maudit de Fritz Lang (1932) ! Sinon, dans les Chabrol des années 60 et 70, il y a Le Boucher, avec Jean Yanne. C’est un très beau film. À cette période et de ce réalisateur, vous pouvez aussi voir Que la bête meure, Juste avant la nuit, Les Biches. Ce sont des films formidables, et sur le fond, et formellement.

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