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Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête : Rencontre avec Ilan Klipper

Ilan Klipper

A l’occasion de la sortie du Ciel étoilé au-dessus de ma tête, rencontre avec son réalisateur : Ilan Klipper !

Alors que Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête est sur nos écrans depuis hier, l’équipe de CinéSérie a eu l’occasion de rencontrer son réalisateur, Ilan Klipper. C’est au Terrass » Hotel du 18ème arrondissement de Paris qu’a eu lieu cette rencontre, l’occasion d’un retour sur un film particulier, savant mélange d’humour et d’onirisme. Ilan Klipper en a donc profité pour nous faire pénétrer dans l’univers du Ciel étoilé au-dessus de ma tête, première fiction après une série de documentaires, dépeignant l’intervention familiale autour d’un écrivain victime de la feuille blanche, Bruno. Très rapidement, l’artiste va tomber amoureux de sa psy, Sophie…

 

On dit souvent que nos premières réalisations, fictions, tirent de notre expérience personnelle. Etait-ce le cas ici ?

Ce n’était pas spécialement le cas pour ce film. En vérité, le personnage de Bruno représente un peu ce qui me fait le plus peur. Les gens comme moi, dans les métiers de la création, craignons qu’un jour, on se retrouve isolés… Soit on perce, on cartonne rapidement en faisant un film qui va super bien marcher et tout ira bien, ou alors on fait plusieurs films qui ne seront pas vus énormément et tu te dis qu’avec les années, tu vas te retrouver seul tandis que personne ne voudra bosser avec toi. On s’imagine finir reclus chez nous. J’ai donc voulu faire un film sur ce qu’est un artiste précaire, montrer que les intermittents ne sont pas des gens riches profitant du système, que c’est parfois compliqué, qu’il faut se battre… Bruno est un personnage épouvantail.

Comment as-tu trouvé tous ces acteurs pour créer cette troupe haute en couleur ? 

C’est un ensemble. C’était soit des castings, soit des ami(e)s… Dans le cas de Frank Williams, qui joue le meilleur pote de Bruno, c’est un ami à moi qui commence à devenir comédien et est musicien de formation. Marilyne Canto je la connais depuis des années, on a tourné un court ensemble et je l’aime énormément. Je voulais vraiment de nouveau bosser avec. Camille Chamoux, je l’ai choisie car c’est une femme intelligente, drôle, auteure également. Elle écrit elle-même ses spectacles. Je voulais quelqu’un de sensible. Je me suis énormément reposé sur sa personnalité. Laurent, c’est aussi car c’est un formidable acteur et qu’il était nécessaire pour porter mon film, ma première fiction. Il me fallait quelqu’un qui connait le métier, un artiste sur lequel je puisse compter. Et ça a été le cas, je lui ai donné peu d’indication, je lui disais « Tu es un artiste exalté ». Je ne voulais pas d’un artiste dépressif – on a tous cette image d’un écrivain triste. Moi, ça ne m’intéressait pas du tout, je voulais le contraire, quelqu’un d’euphorique. Il fallait que Bruno soit toujours content des idées qu’il trouve, jamais dans la complainte.

Il y a un côté huis-clos dans le film. Tout se passe dans un appartement parisien qui donne presque l’impression que, si on ouvre la porte, les personnages se retrouveront au milieu de nulle part !

Un peu. C’est une sorte d’appartement-univers mental. Un monde qui s’est créé. Ce n’est pas quelqu’un qui vit dans la ville car il n’a besoin de puiser l’inspiration qu’au fond de lui. Il se sert un peu de la télévision, de la littérature mais c’est surtout quelqu’un qui fait une recherche intérieure. Son appartement est à son image. Il fallait un endroit d’emmuré, de fermé, sauf à la fin lorsqu’il se libère et libère la vie. Il devait tourner un peu en rond pour puiser la matière pour effectuer son oeuvre. Ca implique une forme de réclusion, de claustrophobie.

On retrouve aussi un mélange d’onirisme, de réalisme. Il y a plusieurs temporalités qui donnent l’impression que les pièces se trouvent hors du temps. Etait-ce un choix volontaire ?

Oui et non. J’avais écrit un scénario linéaire et en court de route, on trouvait que ça manquait de fantaisie, de poésie, d’échappées… Ca a été rajouté au fur et à mesure des journées et des scènes improvisées liées à l’énergie du tournage. Tout à coup, tel passage m’inspirait et me donnait envie d’aller autre part. Du coup, le montage s’est fait comme un puzzle et le film y ressemble, c’est une mosaïque… Un film avec des morceaux qui se recollent progressivement et laisse le spectateur comprendre. Le tournage a lui-même été une expérience créatrice.

Comment s’est passé la direction de tes acteurs, la place de l’improvisation…

Comme les dialogues étaient très écrits, ça donnait un direction de jeu. Après, j’ai bossé avec eux en amont et ils ont tous apporté de la matière. Par exemple, Michèle Moretti – qui joue la mère de Bruno – devait être un peu pleurnicheuse, dépassée par la situation. Mais Michèle m’a proposé d’en faire un personnage plus ambivalent, un peu méchant sur les bords. C’était une idée grandiose car ça l’a rendue plus énigmatique, on s’interroge presque sur sa bienveillance. J’ai bossé comme ça avec les comédiens en étant ouverts aux suggestions et était très attentif à ce qui pouvait marcher. Quand je me marrais, je les poussais dans cette direction. Ce que je ne voulais pas, c’est que ça sonne faux. C’était ma première expérience en tant que directeur d’acteurs et actrices – et j’ai remarqué que les comédiens avaient besoin d’un retour. Ils ont besoin d’une boussole, pas quelqu’un qui leur dit où aller. C’est plus de l’élaboration collective que de la direction. On cherche ensemble. C’est impossible de définir un personnage à l’avance, c’est absurde. Renoir dit que dans la direction d’acteur, il faut y aller sans préjugés, stéréotypes… C’est une méthode ancienne mais formidable.

On pourrait presque inverser les rôles de Bruno, l’écrivain, et Sophie, la psy. Il n’y a pas vraiment de définition de la folie.

Alors ça, c’est les restes des documentaires que j’ai fait à Saint-Anne et dans les asiles. Le film ne parle pas de maladie mentale. Tout ce qui est montré sur la psychiatrie est faux. Ca ne se passe pas comme ça. On ne verra jamais des intervention comme ça – sauf peut-être aux USA. Pour moi, la psychiatre, la folie, c’est un enjeu dramaturgique. La vraie question de mon film, c’est la question de la marginalité. C’est l’histoire d’un homme vivant différemment dans le domaine de la création, un artiste. Il ne prend pas le métro pour aller au boulot, il n’est pas marié avec des gosses. Sa vie est décousue, il a du mal à joindre les deux bouts, il doit se battre contre ceux qui l’entourent. C’est un film sur comment vivre autrement. J’ai l’espoir qu’aujourd’hui et malgré le tunnel qu’on nous montre en permanence, on ait la possibilité d’une vie différente. Mes personnages sortent des sentiers battus.

Un film sur la marginalité, être en dehors du système, sélectionné dans plusieurs festivals ! Un peu ironique ?

Je ne suis pas forcément dans le business du cinéma, je ne cherche pas à l’intégrer. Je veux juste continuer à faire des films – ce qui implique qu’ils marchent un peu. Être pris à l’ACID a été formidable. C’est une association de réalisateurs et réalisatrices très intelligents, qui adorent le cinéma et qui croient en une certaine idée de l’industrie. Celle que les spectateurs peuvent s’intéresser à un autre cinéma que celui des masses. ACID se bat pour ça, ils choisissent un film qui va aller à Cannes en espérant la reconnaissance. C’est ça l’enjeu de mon film, la rencontre avec vous, la presse… C’est essayer de partager le même amour du cinéma, de ce cinéma là. Des films qui demandent aux spectateurs de se mettre dans une position active, pas celle d’un type avec son popcorn qui reste passif devant un énième blockbuster qui l’embarque directement. Un film, ça demande de faire un bout de chemin avec lui. Voilà le cinéma que je défends, loin du business, et je pense qu’il y a une place pour ça

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