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Engrenages : rencontre avec les auteurs et les acteurs de la série

Ils sont ceux qui font vivre la série « Engrenages », depuis toujours pour certains, depuis peu pour d’autres, mais avec la même sensation : faire partie d’une famille particulière, où existe une exigence de qualité, de continuité, et de cohérence. La rencontre organisée avec la presse dans un palace parisien, peu avant les fêtes, était l’occasion de revenir sur cette nouvelle saison, et d’en dévoiler quelques coulisses.

Il était relativement tôt, un matin précédant de peu les fêtes de la fin d’année 2018, et il faisait froid devant le Plaza Athénée où les équipes d’Engrenages s’apprêtaient à rencontrer la presse pour présenter la septième saison. A l’intérieur, les scénaristes et les réalisateurs, la direction de la fiction chez Canal +, et les acteurs.

Ils vont parler de la saison, de la série dans son ensemble, de ce moment forcément particulier après quatorze années d’existence. Il fait bien plus chaud dedans, mais le confort est trompeur. A l’image de l’intrigue et des personnages de la série, la fabrication de la série se révèle être complexe, tendue entre diverses intentions.

Engrenages, production phare et exigeante de la télévision française

Côté Canal +, le directeur de la fiction Fabrice de la Patellière n’aurait qu’une consigne, et encore : « faire une saison épatante« . Rapidement est évoquée la rumeur, démentie depuis, que cette saison 7 serait la dernière. « Canal + n’est pas à l’origine de la rumeur. On se dit forcément qu’à la septième saison, on est plus proches de la fin que du début. Mais cette fin n’est pas du tout d’actualité, il faut certes faire attention à la saison de trop, mais on n’y est pas encore. Tant que l’envie est là et qu’on ne se répète pas, on continuera. » 

Une saison 8 est bien en préparation, d’autant plus que « dans un marché pléthorique où on ne peut pas attendre trois ans entre deux saisons« , Canal + s’organise avec un objectif de 12 à 18 mois entre deux diffusions. Avec les chevauchements entre la fin de l’écriture et l’entrée en préparation, l’exercice est nécessairement périlleux.

Ainsi, comme les saisons s’écrivent les unes après les autres, l’équipe ne dément pas que cette rumeur de saison finale a impacté l’écriture des personnages, mais seulement au début. Marine Francou, scénariste et directrice de l’écriture, le rapporte.

« On a discuté lors d’une réunion avec les acteurs, une fois qu’on avait les arcs narratifs. Et si la question d’arrêter a été posée, ils ont été vite convaincus du travail encore à faire sur leurs personnages. Cette saison, c’est un défi, il faut respecter l’ambition première d’Engrenages : creuser des personnages et proposer une nouvelle enquête ambitieuse relative à notre époque. Et arrivés à la septième saison, il faut trouver quelque chose d’entièrement nouveau. »

Une écriture au plus proche de la réalité

L’intrigue est venue d’une envie forte de la scénariste, celle de « s’attaquer à une voyoucratie différente ». En effet, la thématique des circuits de l’argent sale issu des différents trafics précédemment vus dans Engrenages n’avait jamais été explorée. La thématique brûlante s’est comme imposée d’elle-même.

La réalité nous a aidés, on a découvert des affaires comme l’affaire Virus, une affaire de blanchiment assez simple entre des trafiquants d’Ile-de-France et des banquiers suisses. On a ensuite rencontré un commissaire de la BRIF qui nous a parlé d’une autre affaire, Fièvre jaune, qui impliquait des individus de la communauté chinoise d’Aubervilliers. On avait trouvé notre fil rouge.

Si la thématique de la prochaine saison reste un mystère, Marine Francou voit une résonance forte entre celle de la saison 7 et le mouvement des Gilets Jaunes : « Ça part d’une révolte contre une nouvelle taxe imposée à tout le monde, les plus défavorisés disent que ça suffit. Il y a dans cette saison la folie que les plus riches veulent toujours plus, prêts à inventer des systèmes pour échapper à l’impôt. Parler de ça, ça a du sens : l’évasion fiscale est annuellement évaluée en France entre 60 et 100 milliards, et le déficit budgétaire du pays est dans cet ordre de grandeur. Donc ça pourrait être très simple. Pourquoi ça ne l’est pas ? »

Si les Gilets Jaunes n’existaient pas au moment de la naissance de l’intrigue, il était bien déjà question d’argent, de cette criminalité exposée au grand jour avec l’affaire de l’escroquerie à la taxe carbone. Une délinquance apparemment plus « propre », mais dont la réalité est au fond très criminelle, rappelle la scénariste, et d’insister sur la menace portée à la cohésion sociale.

Deux réalisateurs au service des destinées individuelles

Pour le réalisateur Jean-Philippe Amar, réalisateur des six derniers épisodes, le challenge a d’abord été de se fondre dans l’univers existant.

« Il était très important de rentrer dans les textes, de s’impliquer dans les réunions de lecture pour comprendre l’explicite et l’implicite. Comme j’ai eu plus à traiter les voyous de la finance, c’était aussi nouveau pour eux, c’était moins dans l’ADN de la série. Pour le reste, la continuité était de chercher le maximum d’intensité pour les personnages, les creuser vraiment« .

Frédéric Jardin enchaîne sur ce point, déjà réalisateur pour les saisons 5 et 6, en insistant sur l’histoire des personnages, qui fait le cœur de la série. Il témoigne de l’énergie très positive, de la sensation d’être une grande famille, avec des moments chaotiques parfois, des discussions où il faut se convaincre.

C’est à l’évocation de leurs personnages que les auteurs se livrent le plus, ces individus que Jean-Philippe Amar dit avoir souhaité « dégriser », une intention sur laquelle il est rejoint par Marine Francou :

« Il y a cette noirceur qui ne me ressemble pas tout à fait. J’avais très envie, pour la fin, qu’il y ait quelque chose de plus positif, un peu de ma foi dans l’humanité, et je pense que c’était partagé. Les personnages ont une telle force de lien, une telle générosité, qu’il fallait cette lumière. »

Des acteurs impliqués et concernés par leur personnage

Marine Francou ne le cache pas, c’est bien le « duo/binôme/couple » de Laure et Gilou qui est la matrice de la série, et l’évolution de leur relation est l’arc narratif principal. Et ces acteurs, ainsi que les autres à différents degrés, sont bien au centre du processus créatif.

Les interprètes des deux flics principaux parlent librement et revendiquent leur attachement à leur personnage. Pour le pire et le meilleur, Caroline Proust et Thierry Godard sont Laure et Gilou. Ils savent avec certitude où ils peuvent aller, le comment étant à la charge des scénaristes. Un cas de figure similaire pour Audrey Fleurot, qui avec « sa vieille copine » Joséphine Karlsson a assez navigué dans les eaux troubles pour la connaître profondément.

« Pour Joséphine, l’identité était très forte dès le début, et au niveau de sa trajectoire j’ai pris pas mal de virages compliqués, il a fallu faire évoluer le personnage autrement que dans le cynisme et le désespoir. Il y a eu l’extrême gauche, la défense de la veuve et l’orphelin, elle a été un peu partout en fait. Cette saison, depuis la prison, il y a comme une possibilité de repartir de zéro. »

Moins ancien mais maintenant pleinement intégré à la famille EngrenagesLouis-Do de Lencquesaing qui interprète Eric Edelman revendique aussi du plaisir au jeu de son personnage, et certaines envies :

« C’est un truc de troupe, c’est très agréable. Tous les deux ans on remet le même costume, on retrouve la même équipe, les mêmes acteurs, dans ce sens il n’y a pas de nouveauté, on se retrouve comme si c’était hier. Personnellement, je voulais éviter de jouer éternellement le cynique désagréable, et là, je veux aider Joséphine, c’est intéressant d’être plus doux, et d’essayer de la conquérir (rires). J’ai une mission plus chevaleresque qu’à l’accoutumée, je prends des risques. »

Pour Caroline Proust et Thierry Godard, ils ont conscience de l’importance de leur relation dans la série, et en jouent. « Personnellement, ma seule condition pour continuer est de continuer à jouer avec Thierry Godard ! (rires) ». Caroline Proust a le rire facile, et elle a l’aisance de la capitaine de police quand celle-ci est en forme. On l’imagine bien s’imposer dans l’écriture de son personnage comme Laure Berthaud s’impose dans la série.

« En vérité j’aurais aimé même en voir plus de l’effondrement, ça aurait été intéressant de montrer un peu plus ce centre de repos où vont les policiers dans sa situation. On a même tourné d’autres scènes, qui n’ont pas été gardées. Mais c’était une décision collégiale, et à l’arrivée les scènes sont suffisamment fortes pour que l’on comprenne. »

Les acteurs insistent sur le fait qu’ils ne s’impliquent pas dans les événements qui arrivent, mais sont très attachés à ce qu’ils peuvent devenir. Sur son évolution, Thierry Godard – Gilou se montre précis :

« Il est plus responsable, il prend son rôle à cœur et ça le change. Mais il y a toujours un poids énorme porté par les personnages, et lui va se montrer plus radical, sans compromis« .

Il rapporte qu’à l’écriture, son personnage devait se développer en opposition à celui d’Ali, malgré l’admiration de ce dernier pour Gilou. Une écriture où certaines lignes politiques ou abordant la question de l’identité pouvaient placer le personnage dans un coin plutôt obscur de l’échiquier politique. Quelque chose que l’acteur a refusé en bloc, arguant que ce n’était pas du tout l’identité de son personnage.

Engrenages, l’articulation fine de la réalité et de la fiction

Sur leur association avec leur personnage, il y a de la fierté, et des anecdotes aussi, les rencontres avec la police, le contrôle où on reconnaît « Gilou », celui de gendarmes qui s’en fichent. Caroline Proust repense elle à une rencontre surprenante, avec un autre public : « Il y a peu de temps, un mec m’arrête à Marseille, « Laure Berthaud !? Ah vous ne pouvez pas savoir, vous êtes très importante, c’est incroyable ! » je lui demande « vous êtes policier ? », « Non, là je sors de vingt ans. » J’ai réalisé qu’il avait vu toute la série Engrenages en prison. »

A propos de prison, Audrey Fleurot parle d’une « expérience oppressante, marquante », de discussions parfois lunaires avec des détenues, lors de séquences tournées à la prison de Reau peu de temps avant l’évasion de Redoine Faïd. Abondant en partie dans cette collusion entre la réalité et la fiction, c’est sans doute Valentin Merlet, le commissaire Arnaud Beckriche dans la série, qui résume le mieux la situation.

 » J’étais agréablement surpris que l’aspect financier soit aussi développé, c’était génial pour mon personnage, qui vient de la brigade financière. Laure et Gilou m’ont appris leurs méthodes de terrain, maintenant c’est à mon tour de leur montrer de quel bois je me chauffe ! Le commissaire Herville était très apprécié, et je dois en quelque sorte prendre sa place. En tant qu’acteur c’est particulier, parce que je suis encore nouveau dans la famille Engrenages, et comme mon personnage je dois gagner la confiance et le respect de mes collègues. »

Engrenages saison 7 est diffusée à partir du 4 février 2019 sur Canal + et disponible sur MyCanal. Retrouvez ci-dessous la bande-annonce, et ici notre critique d’Engrenages.

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