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Black Panther : entretien avec la chef op Rachel Morrison

A l’occasion de la sortie en Blu-ray et DVD de « Black Panther » le 22 juin prochain, on a rencontré la directrice de la photographie Rachel Morrison.

Première femme dans son domaine à avoir été nommée aux prestigieux Oscar, Rachel Morrison porte aujourd’hui un des combats les plus importants de l’industrie : celui de valoriser et de faire reconnaître le travail des femmes à la même hauteur que ceux des hommes.

Elle s’est fait mondialement connaître en 2018 pour son travail sur Mudbound qui lui a valu une nomination aux Oscars en faisant d’elle la première femme directrice de la photographie nommée dans cette catégorie. Drame historique réalisé par Dee Rees, Mudbound fait de la chef opératrice une figure importante, pourtant Rachel Morrison exerce son métier depuis plus de 16 ans.

C’est en 2002 avec Alchimie que la jeune diplômée de la grande Tisch School of the Arts de New York fait ses premiers pas. S’enchaînera de nombreux projets jusqu’en 2013 où le jeune Ryan Coogler fait sensation pour son premier long-métrage, Fruitvale Station, lui proposant au passage de rejoindre son équipe technique et de s’atteler à la photographie.

En 2018, la directrice de la photographie refait équipe avec Ryan Coogler pour le très acclamé Black Panther. Cette fois, ce n’est plus pour un film indépendant mais pour un blockbuster que la technicienne et réalisatrice illumine un récit. Mise en scène super-héroïque, couleurs vives et représentations diverses, Black Panther s’est démarqué de ses confrères de Marvel par les nouveautés qu’il a su inclure à son récit. Il n’est pas étonnant que le réalisateur de Creed ait fait de nouveau appel à Rachel Morrison.

Il aura fallu plus de 15 ans de carrière pour que vous soyez enfin reconnue au sein de votre métier. Comment avez-vous reçu cette nomination aux Oscars ?

Au sein de l’industrie cinématographique et d’autant plus dans mon métier, les femmes ne sont pas nombreuses et peu reconnues. Comme c’est un métier technique et physique, l’industrie et les hommes pensent que nous ne sommes pas capables ou que nous ne sommes pas forcément à leur hauteur. Naturellement, j’ai été très heureuse d’être nommée et aujourd’hui je suis fière d’avoir été la première même si ça me fait également de la peine qu’il fallut attendre 2017 pour une telle reconnaissance, aussi bien pour moi que pour toutes les femmes.

Cette nomination a fait énormément parler car, en effet, vous êtes la première femme directrice de la photographie à l’avoir été. Avez-vous constaté des changements au sein de votre métier depuis cet événement ?

Ce serait malhonnête de dire « non » mais en même temps ce ne serait pas tout à fait vrai de répondre « oui ». En effet, je constate des changements à mon égard. On me fait beaucoup plus confiance, je me sens plus à l’aise et plus à ma place. Mais si on regarde plus loin, on voit que très peu de femmes, depuis ma nomination, ont eu la même reconnaissance. C’est tout frais, c’est vrai, mais j’espère que ce n’est qu’un début. Les femmes ont totalement leur place au sein de la profession.

Vous êtes également passée derrière la caméra pour trois épisodes de deux séries différentes : American Crime et Quantico. La réalisation fait partie de vos futurs projets ?

J’aime réaliser et je pense, encore une fois, que l’industrie devrait laisser plus de place aux femmes sur ce terrain, mais la photographie est mon premier amour. Je ne peux pas me passer d’elle, c’est ce qui m’anime et qui me fait vivre. Bien sûr, je ne dis pas que je ne réaliserais plus jamais car j’en ai envie. Pour moi ce sont deux choses totalement différentes. Pour le moment mes futurs projets se concentrent là-dessus, sur la photographie, mais par la suite, pourquoi pas.

Il est difficile aujourd’hui de parler de votre carrière sans parler de Black Panther. Premièrement parce que le film a fait énormément parler de lui mais également parce qu’il vous a ouvert les portes du blockbuster. Pourquoi avoir accepté ce projet ? Est-ce différent d’éclairer un film à gros budget ?

J’ai été tout de suite emballée par le projet. Déjà parce que j’aime beaucoup travailler avec Ryan Coogler. Il y a une confiance qui s’est établie entre nous que je trouve essentielle au sein de notre métier. C’est très important de pouvoir compter sur des gens en qui ont a totalement confiance. Notre relation s’est construite sur Fruitvale Station. On a tous les deux compris ce qu’on désirait l’un et l’autre. Pour Black Panther c’était la même chose. J’ai été totalement excitée par le scénario et j’avais déjà des idées concernant les images. Je savais que Ryan allait apporter quelque chose de différent. Enfin, d’un point de vue personnel, Black Panther représentait pour moi un nouveau défi. Quelque chose de différent comparé à ce que j’ai pu faire auparavant.

C’est sûrement surprenant mais mon travail sur les films indépendants et sur Black Panther n’est pas totalement différent. Ce qui diffère surtout c’est l’équipe. Bien sûr elle est plus grande mais il y avait également un superviseur pour les effets visuels, Geoff Bauman. C’était tout nouveau pour moi et j’ai beaucoup appris. L’entourage est très important sur un film. Un film ne se fait pas tout seul. Ici, comme sur les films à budget plus petit, ça a été un travail de collaboration.

Vous vous prononcez assez souvent sur la place des femmes au sein de votre métier, concernant les femmes que vous mettez en lumière, est-ce qu’il y a une différence entre elles et les hommes ?

En tant que femme, je ne veux pas créer de différence entre les hommes et les femmes surtout à l’écran. Pour le moment j’ai eu la chance d’être épaulée par des hommes qui, au sein de leurs scénarios et de leurs regards, ne faisaient aucune différence entre les genres. Les femmes sont traitées avec autant de respect que les hommes. C’est donc « plus facile » pour moi car je n’ai pas à transformer le récit par l’image. Par exemple, dans Black Panther, les femmes qui sont principalement des guerrières ont une véritable présence. Elles ont des costumes incroyables, elles se battent, sont intelligentes et ont confiance en elle. Ce sont des caractéristiques qui, malheureusement, sont souvent données aux hommes surtout dans les films de super-héros.

Propos recueillis par Pauline Mallet

 

Black Panther en Blu-ray et DVD le 22 juin 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

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