Fabienne Berthaud (Tom) : "J’ai besoin de faire du cinéma qui fait du bien"

Rencontre avec la réalisatrice de "Tom"

Fabienne Berthaud (Tom) : "J’ai besoin de faire du cinéma qui fait du bien"

On a rencontré Fabienne Berthaud, de retour au cinéma avec "Tom" après son "Un monde plus grand". L'occasion d'en savoir un peu plus sur ce conte enchanteur, écrit avec tendresse et magnifiquement interprété.

Rencontre avec Fabienne Berthaud

Réalisatrice du très joli film Tom, récit d'initiation à hauteur d'enfant mis en scène avec une grande délicatesse et une belle profondeur, Fabienne Berthaud voulait raconter cette histoire du roman de Barbara Constantine, Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom. De son travail d'écriture à celui avec ses comédiens principaux, elle a accepté de répondre à nos questions.

Vous êtes à la fois écrivaine et réalisatrice. Quelle a été votre méthode de travail pour écrire le film Tom ?

Fabienne Berthaud : J’ai fait l’adaptation du roman en scénario avec Pascal Arnold, déjà co-scénariste sur trois de mes films. Je le connais depuis que j’ai 14 ans, on se connaît très bien et on a donc travaillé ensemble sur ce roman de Barbara Constantine. Une fois le scénario terminé, il se passe du temps, parce que je ne sais pas encore qui va jouer. Il y aussi le temps du financement. Une fois que j’ai mon casting, je réécris encore. J’ai besoin de m’appuyer sur les personnalités, de savoir qui joue. J’aime partir du réel pour aller vers la fiction, j’ai besoin d’y croire.

Quand arrive la préparation, je pars en repérages. Je porte en moi l’histoire mais, ensuite, les endroits que je découvre vont me dire si j’ai envie d’y rester ou pas. C’est là que je réécris encore, en fonction de ces décors, qui vont m’aider à trouver l’esthétique du film. Je réécris donc tout le temps, jusqu’à la fin, jusqu’au mixage.

À quel moment les mots du scénario laissent-ils la place aux images ?

Les mots sont un support, le scénario est un peu comme le squelette du film. Un regard permet d’enlever une phrase, parfois le regard suffit. On a d’abord besoin des mots, mais une fois qu’on a les personnages, on comprend à l’image quelque chose qu’on n'a pas besoin de souligner par des dialogues. Je suis plutôt du genre à enlever des dialogues au tournage qu’à en rajouter.

Tom
Tom ©Haut et Court

C'est le jeune Tanguy Mercier qui incarne Tom, comment était le travail avec lui ?

Tanguy Mercier parle beaucoup avec son corps et ses yeux. Je me souviens de là scène où Joss, sa mère, lui donne une gifle. La façon dont il joué ça, il était vraiment dans le ressenti. Alors que ce n’est pas un enfant-victime dans le film, il est déjà mature, il forme presque un couple avec sa mère. Il est étonnant.

Ce qui est formidable, c’est qu’il agit avec son instinct, il n’est pas rentré dans les cases de la culture et de l’éducation. Il a quelque chose d’organique, d’animal dans ses décisions.

Quand Félix Maritaud, qui joue le personnage de Samy, est arrivé sur le plateau, Tanguy a changé d’attitude. Il s’est mis à sourire davantage, comme si c’était l’histoire de Tom. Comme s’il avait suivi l’histoire, et que le réel rejoignait la fiction. Et je pense qu’il faut les deux pour faire un film. Parce que je veux qu’on y croie. Il faut croire à tout. En tout cas moi j’ai besoin de croire à tout pour faire et pour aimer un film.

Tanguy Mercier forme avec Nadia Tereszkiewicz un formidable duo de cinéma. Comment l'avez-vous choisie ?

C’est Haut et Court qui en premier m’ont parlé de Nadia, qui est dans leur série Possessions. Et puis c’est le chargé de casting qui m’en a reparlé. Je l’ai rencontrée, on a fait une lecture. Je ne l’avais jamais vue jouer auparavant, mais je me suis tout de suite dit : « c’est elle ». Je n'ai pas besoin de voir les gens jouer pour les choisir. D’ailleurs je tourne souvent avec des gens qui ne sont pas acteurs. Tout le monde est à sa place, il n’y a jamais de mauvais acteurs, que des mauvais réalisateurs.

Tom
Tom ©Haut et Court

Nadia a ce que je cherchais pour le personnage. C’est-à-dire une fraîcheur, je la vois comme un fruit, une groseille, une framboise, pleine de jus. De la fougue, de la fraîcheur, j’adore ça. Je trouvais ça beau, je voulais éviter d’avoir une mère de 40 ans, parce que Joss en a 24, et ça n’aurait pas du tout été la même chose. Ça aurait été triste. Joss est jeune, courageuse, elle se bat et elle va s’en sortir, c’est certain.

Tom est un film qui a comme un pouvoir de guérison, à rebours de la lourde tendance dramatique. C'était une volonté centrale ?

On est tous plombés en ce moment, et je voulais donner ça aux gens. Il faut voir des choses qui relèvent l’humain. À force de ne voir que le noir de nos sociétés, le montrer dans des films… Je ne peux plus. J’ai besoin de faire du cinéma qui fait du bien, c’est peut-être l’étiquette feel good movie mais je m’en fiche, allons vers l’humain et l’apaisant.

 

Voir aussi

Jerry Lee Lewis Trouble in Mind : Ethan Coen s’attaque à une légende du rock

Jerry Lee Lewis Trouble in Mind : Ethan Coen s’attaque à une légende du rock

Après son frère Joel, qui a signé "The Tragedy of Macbeth", Ethan Coen réalise à son tour son premier film en solo. Avec "Jerry Lee Lewis : Trouble in Mind", il se penche sur une légende controversée du rock’n’roll qui a survécu à nombre de ses pairs, parmi lesquels Elvis Presley et Johnny Cash.