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Katie Says Goodbye : entretien avec Wayne Roberts et Christopher Abbott

Lors de leur venue à Deauville en septembre dernier nous avons rencontré le réalisateur Wayne Roberts et l’acteur Christopher Abbott. Ils y présentaient le film « Katie Says Goodbye » porté par une excellente Olivia Cooke.

L’année dernière au festival du cinéma américain de Deauville, rares ont été les films marquants (exception faite avec le fabuleux A Ghost Story). Pourtant, avec son histoire de serveuse du Sud-ouest américain, contre qui le monde s’acharne, Katie Says Goodbye (en salle le 18 avril 2018) ne nous avait pas laissé indifférent. D’autant plus qu’on y retrouve Olivia Cooke comme toujours lumineuse et qui porte sur ses épaules un film dur mais pertinent.

On a donc profité de la présence du réalisateur Wayne Roberts et du comédien Christopher Abbott (The Sinner, It Comes at Night, James White) pour en parler, mais également pour les questionner sur la télévision et le développement de Netflix dans le cinéma, sujet plus que jamais d’actualité. Des questions sur lesquels les deux hommes révèlent des avis bien tranchés…

 

On sent devant Katie Says Goodbye une importance de la symbolique. Pensez-vous que les réalisateurs d’aujourd’hui sont encore concernés par la symbolique au cinéma ?

Wayne Roberts : Dans le cinéma américain actuel, beaucoup de réalisateurs ne font pas dans la symbolique. Mais je m’inclus dedans en réalité. Je n’avais pas cette volonté avec Katie Says Goodbye. C’est ce qui est génial avec le cinéma, c’est que ça dépasse l’intention du réalisateur et le public peut y voir des choses qu’on n’avait pas prévu. Et c’est le cas avec ce que vous me dites.

 

Vous utilisez dans le film des couleurs délicates, avec du rose, du jaune…

W.R : C’était important pour moi de faire passer une touche de féminité par les couleurs et la lumière. C’est un moyen d’embarquer immédiatement dans le monde de Katie.

 

Justement, ce personnage de Katie dégage quelque chose de très lumineux.

W.R : Oui, le monde est cruel, mais elle représente une forme d’espoir dans ce lieu sombre. Elle reste positive et ne se laisse pas anéantir par ce qui l’entoure.

 

Elle est également libérée par rapport à sa sexualité. Mais le résultat est que les hommes du film pensent pouvoir la posséder. Est-ce une métaphore directe de notre société ?

W.R : Tout à fait. C’est quelque chose de malheureusement présent dans notre société actuelle, construite sur le patriarcal, avec les hommes en position de force depuis des siècles. C’est une vision horrible, que je ne comprends pas et dont il faut discuter.

De son côté, le personnage de Christopher est particulier, toujours très silencieux.

Christopher Abbott : Ce n’est pas juste qu’il est calme. En fait, c’est surtout un personnage qui a peur des gens. Il a un gros problème de confiance, et il ne pense pas qu’on puisse l’aimer. Donc il garde de la distance avec les autres. On en a beaucoup parlé avec Wayne. On s’est questionné pour le comprendre, ce qui a rendu les choses plus simples pour moi.

 

Qu’est-ce que ça fait pour un acteur de ne pas pouvoir s’exprimer par la parole ?

C.A : C’est plutôt amusant en fait. C’est un véritable exercice qui force à être très présent. Il faut rester attentif et écouter. Mais j’ai eu la chance d’être accompagné par Olivia Cooke. Etant donné qu’elle est au premier plan du film, au final, il me suffisait d’être là.

 

Le film était en compétition à Deauville cette année, tout comme Sweet Virginia, dans lequel vous jouez également. On a donc pu vous voir adopter deux formes de violence.

C.A : Oui, même s’ils sont tous les deux violents, ils restent très différents. L’un est un sociopathe, l’autre a surtout été malmené par la vie. Après, je ne veux pas désacraliser le jeu d’acteur, mais techniquement, ça peut se résumer à, l’un des personnages est écrit d’une manière, et l’autre est écrit différemment. Moi, je dois juste jouer en fonction.

« Je méprise la télévision. C’est juste du divertissement pour moi. »

Qu’elle a été la scène la plus difficile à tourner ?

W.R : La scène de viol. C’était difficile, mais important à faire. Déjà, parce que les acteurs ont dû s’investir dedans, donc il fallait que je me mette à leur hauteur et que je sois capable de tourner cette scène. J’ai choisi de la tourner en un plan-séquence. Avec des coupures, quelque chose de sordide en serrait ressorti. L’acte en lui-même est horrible, il n’est donc pas nécessaire d’en rajouter et de jouer avec.

 

Votre prochain film s’appelle Richard Says Goodbye, quel lien y a-t-il entre les deux ?

W.R : En fait, ce n’était pas prévu au départ, mais il y aura même un troisième film. Et le tout formera ainsi une trilogie. J’ai d’abord écrit Katie Says Goodbye, il y a plusieurs années maintenant. Puis j’ai écrit un autre script, et j’ai vu que les deux histoires se rejoignaient. Enfin, il y a un troisième concept que je voulais aborder. Celui-là permettra de réunir Katie et Richard, même s’ils ne seront pas les personnages principaux. Je suis encore en train de l’écrire, alors que pour Richard Says Goodbye, on va commencer le tournage prochainement avec Johnny Depp.

The Sinner

Christopher, on vous a également vu à la télévision avec la série The Sinner, qui a cartonneé aux Etats-Unis.

C.A : De base je ne suis pas intéressé par la télévision. Mais Antonio Campos, qui a réalisé le pilote et les deux épisodes suivants, est un très bon ami à moi. Ensuite, il s’agit d’une anthologie. Donc il y a une conclusion et on pourrait presque voir ça comme un long film. C’est parfait pour moi, car je n’aime pas revenir sur les choses. J’ai joué avant dans deux saisons de Girls, et j’ai compris que ce n’était pas pour moi.

 

Vous ne trouvez pas que la télévision développe des programmes intéressants ?

C.A : Pas vraiment. Beaucoup disent que les séries sont meilleures que les films. Bien sûr, il y en a, comme Twin Peaks qui est incroyable. Mais dans la majorité, je ne m’y retrouve pas. En fait, je ne comprends pas le concept des séries de continuer en se basant uniquement sur le succès. Ça donne l’impression qu’il n’y a pas de vision sur le long terme. Que la série s’écrit sur le moment, saisons après saisons. Et puis il y a toujours ce même fonctionnement, avec les mêmes cliffhanger, les mêmes retournements de situation. Finalement, il n’y a que les vêtements qui changent.

 

Beaucoup de réalisateurs de cinéma se sont tournés vers la télévision, et vous Wayne ?

W.R : Non. Je méprise la télévision. C’est juste du divertissement pour moi. D’ailleurs, aucune série n’a changé ma vie. La vie est trop courte, je ne veux pas perdre de temps là-dessus.

 

Et du côté de Netflix ?

W.R : Surtout pas !

C.A : En fait c’est à double tranchant Netflix. D’un côté, ils donnent des opportunités pour les réalisateurs de faire leur film. Mais de l’autre, on a l’impression qu’ils jettent tout dans le même seau. Il y a trop de choses à regarder avec Netflix. Toutes les semaines, on se retrouve avec une trentaine de nouveautés. Et puis je ne comprends pas pourquoi ils ne font pas de sortie en salle. Au moins Amazon fait cet effort.

W.R : Oui, merci Amazon pour ça. Ils font vraiment des films pour le cinéma, même s’ils les mettent ensuite sur leur plateforme.

 

Christopher Nolan disait récemment que, selon lui, un réalisateur veut d’abord voir son film diffusé sur grand écran, et il comparait Netflix au Direct to DVD.

W.R : Exactement. En tant que réalisateur, je veux partager mon travail avec le grand écran, mais surtout avec la salle et le public. Lorsque je vais au cinéma, j’aime me mettre dans le fond et observer les réactions des gens. Pour moi la salle est une expérience. Netflix n’apporte pas ça.

Propos recueillis par Pierre Siclier

 

Katie Says Goodbye de Wayne Roberts, en salle le 18 avril 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

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