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Lucien Jean-Baptiste (Il a déjà tes yeux) : « Je m’amuse avec les clichés »

« Il a déjà tes yeux » a remporté le Prix coup de cœur série au Festival des créations télévisuelles de Luchon. On a interviewé le chaleureux réalisateur comédien Lucien Jean-Baptiste, dont c’est la première incursion dans le format de la série, et l’un de ses producteurs Ivan Sadik.

A l’occasion du Festival des créations télévisuelles de Luchon, où étaient présentés les deux premiers épisodes de Il a déjà tes yeux (suite du film de 2016), nous avons rencontré son créateur (réalisateur et comédien) Lucien Jean-Baptiste qui nous en dit plus sur sa première série, aux côtés de Ivan Sadik, l’un de ses producteurs chez Ango Productions.

C’était prévu de faire une suite après la sortie du film en 2016 ?

Lucien Jean-Baptiste : Non, la suite c’est grâce au producteur Ivan Sadik, qui m’a fait cette proposition. Puis après un petit temps de réflexion, j’ai accepté mais il fallait que je trouve l’idée. On s’est réuni avec Sébastien Mounier, mon co-scénariste. Autant le film était dans un vrai rapport noir-blanc avec les conséquences et les difficultés d’un couple noir qui adopte un blanc et est confronté au racisme, autant la série est principalement sur une famille française (qui a d’ailleurs longtemps été le titre de travail). On voulait par le prisme de cette famille se poser la question de ce qu’est une famille aujourd’hui, et parler des sujets d’actualité qui nous touchent. Il y a une belle universalité dans les propos.

Ivan Sadik : J’avais envie de revoir cette famille, qui pouvait tout à fait être dans le petit écran. La série va plus loin, approfondit les personnages et porte une émotion universelle très touchante.

La série a un ton de comédie douce-amère, et de nostalgie-tendresse, vous n’avez pas peur de décevoir le public qui s’attend à retrouver le même ton de franche comédie du film ?

Lucien Jean-Baptiste : Je mets toujours beaucoup de choses personnelles dans mes projets. Moi, je n’ai jamais connu mon père, et dans la série, sous fonds d’une famille qui vivait le bonheur, j’imagine ce qui se passe si le père revient et comment il retisse le lien avec son fils et en parallèle, il y a ce petit qui essaye de savoir qui sont ses parents biologiques. C’est un trip cathartique et je ne pouvais pas trop partir dans la grande déconnade, sauf avec le personnage de Manu, qui est le personnage cliché de la dramaturgie du pote sur le canapé. La gageure pour moi, c’est de réussir à aller dans la tragédie, pour qu’il n’y ait pas de manque de la part du public.

Ivan Sadik : Dans une série, le challenge de la comédie familiale, c’est de creuser le sillon des émotions et du drame de façon très fine, ce qui fait que la série est d’apparence moins drôle.

Les sujets abordés sont très variés avec également un regard social, politique et historique.

Lucien Jean-Baptiste : Pour moi, tout est débat. Je pose les choses, ce que je cherche avec cette série, c’est qu’on se retrouve tous ensemble et qu’on fasse du commun, autour de sujets communs qui doivent concerner tout le monde, comme quand on ne regardait qu’une chaîne à la télévision. Je m’amuse avec les clichés, à les inverser, comme le petit blanc qui fait des danses africaines. Mon truc c’est vive la liberté : quand tu es noir tu as le droit de faire du cinéma et pas seulement être footballeur ou rappeur. France TV nous a vraiment laissé libre d’aborder les sujets. Le couple homosexuel, ce sont mes voisins, et leur fille s’appelle vraiment Gabrielle comme mon personnage.

Un moment se posera dans les livres scolaires la question du patrimoine français et de la construction des normes. Petit, j’aurais aimé qu’il y ait un petit noir qui se balade dans une série et que je fasse « ha je me retrouve » ! J’espère que les petites filles qui ont deux papas diront « ha on y est il y a quelque chose de prévu pour nous ». Quand rien n’est prévu pour toi, la construction est compliquée : soit tu es fort et tu as une éducation comme celle que ma mère m’a donné, tu t’en sors, soit tu te sens hors normes et ça peut être catastrophique.

C’est la première fois que vous écrivez une série ?

Ivan Sadik : Écrire une série demande généralement du temps à plusieurs et on a vu combien Lucien a pris très vite et avec gourmandise conscience du champ possible qu’offrait l’espace de la série. Je trouvais formidable d’assister au plaisir d’un auteur de découvrir cet espace pour la première fois, de plonger dedans, de prendre le temps de creuser la psychologie des personnages, leur back story.

Lucien Jean-Baptiste : Je n’avais jamais fait de série, mais Sébastien Mounier a pris en charge cette fois-ci la couture générale, et ce qu’on avait évidemment comme avantage, c’était qu’on avait un film d’avance.

C’est donc une série feel good ?

Ivan Sadik : C’est une série qui nous a fait du bien en la faisant, et qui fera du bien en la voyant. La générosité, la sincérité, l’énergie et l’envie de Lucien font partie de la qualité du projet.

Lucien Jean-Baptiste : Je crois beaucoup au fait que la caméra saisit une énergie, une alchimie bizarre presque insaisissable souvent liée à la sincérité du truc. Ça transpire, on sent quand il y a une bonne ambiance. Je suis comédien et je fais comme j’aimerais qu’on fasse.

Y aura-t-il une suite ?

Lucien Jean-Baptiste : On attend que le public la réclame.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

Il a déjà tes yeux à partir du 12 février sur France 2.

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