Matrix Resurrections : Lambert Wilson nous parle de son retour [EXCLU]

Le Mérovingien est de retour !

Matrix Resurrections : Lambert Wilson nous parle de son retour [EXCLU]

En 2003, il incarnait un personnage mémorable dans "Matrix Reloaded" et "Matrix Revolutions", le fameux Mérovingien. L'acteur est de nouveau de la partie dans "Matrix Resurrections", et on l'a rencontré pour revenir avec lui sur cette expérience, le retour de son personnage... Bref, on a fait le point sur Matrix avec Lambert Wilson.

Le Mérovingien est de retour

Lambert Wilson est devenu, au fil d'une carrière prolifique sur grand écran débutée en 1977, une figure très connue du cinéma français. Aussi metteur en scène et chanteur, il fait partie de ceux qui ont franchi à plusieurs reprises l'Atlantique pour goûter au cinéma hollywoodien. Dans ces faits d'armes, il y a sa participation à la saga Matrix, qu'il rejoint en 2003 pour Matrix Reloaded, dans le rôle du Mérovingien. Un personnage-programme particulier de la Matrice, trafiquant d'informations et individu extravagant qui jure de manière très inventive. De retour dans Matrix Revolutions , il l'est de nouveau dans Matrix Resurrections.

Rencontre avec Lambert Wilson

À quelques jours de la sortie du nouveau Matrix au cinéma, on l'a rencontré pour évoquer avec lui ce personnage, ses retrouvailles avec Lana Wachowski et Keanu Reeves, son tournage à Berlin et le phénomène Matrix.

Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que vous seriez de retour dans la peau de Mérovingien pour Matrix Resurrections ?

Lambert Wilson : Ils m'avaient annoncé plus d'un an à l'avance que j'y serais. Ça m'a fait quelque chose, parce que beaucoup d'anciens ne revenaient pas. J'étais donc très heureux que le Mérovingien revienne, ça signifiait qu'il avait suffisamment marqué les gens. Et puis pendant un an, plus rien, mystère et boule de gomme. Je finis par recevoir des éléments, mais c'est très mystérieux, des documents que je ne peux regarder que cinq minutes avant qu'ils s'évaporent, qu'on ne peut strictement pas partager.

On aperçoit brièvement votre personnage dans la bande-annonce. Il y a l'air d'y avoir du changement !

Cette scène, qui est vraiment marrante, se passe au milieu d'une scène de combat. Avec seize personnes qui se battent en dessous de là où je fais ma scène, il était difficile de capter toute l'attention. Mais l'apparition est marquante, surprenante.

Le temps qui s'est déroulé depuis Matrix Revolutions existe dans le film. Donc les personnages ont vécu ces vingt ans, les acteurs ont vieilli et moi... J'ai pris cher !

C'est une scène de reproche, adressée à Neo, où le Mérovingien exprime sa rage de ce qu'est devenue la Matrice, un peu dans le style "c'était mieux avant", alors qu'il en est lui-même un objet ! Je pense qu'il y a donc aussi une adresse à ce qu'est internet aujourd'hui, les réseaux sociaux, les grands tech guys comme Mark Zuckerberg.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

Beaucoup de choses ont changé en presque vingt ans, comment étaient les retrouvailles ?

C'était super à faire. Retrouver Keanu, Carrie-Ann, et puis rencontrer aussi toute la nouvelle équipe. Ça a changé, il y a quelque chose de très "berlinois" dans cette équipe. Autour de Neo, chez ses alliés, il y a vraiment quelque chose de fluide, les stéréotypes sont renversés. Mes retrouvailles avec Lana, j'appréhendais peut-être comme un choc, et puis en réalité c'était un non-événement.

Elle a les cheveux orange, une autre tenue, mais c'est toujours la même personne, son être, son intelligence, sa vivacité sont exactement les mêmes. Je pensais que ce serait troublant, et étrangement pas du tout.

Quand je repense au temps de Matrix Reloaded et Revolutions, je suis fasciné par leur parcours, leur univers. Je me souviens que lors des interviews et des rencontres avec les fans pour la sortie des suites, il y avait beaucoup de questions portant sur des "solutions", il fallait que l'oeuvre fournisse des solutions à tout. C'était perçu comme une philosophie, une vision du monde. Mais c'est autre chose, c'est comme ma réplique dans Reloaded : "ça n'est seulement qu'un jeu". Et en fait, pour elles, c'est un jeu. Elles jouent avec les concepts, et il n'y a pas l'idée qu'il y aurait une seule solution.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

Matrix Resurrections est différent des trois premiers films. Vous avez vu comment il a été façonné, avez-vous perçu cette évolution ?

Au-delà de leurs vies personnelles, quelque chose a changé dans leurs films, on le voit aussi avec la série Sense 8... J'avais quitté en 2002 un tournage très hollywoodien, totalement dans le style d'alors, avec tout le machisme que ça implique, des producteurs qui roulent des mécaniques, et eux qui jouaient au basket entre les changements de scènes. Et je reviens, c'est une scène berlinoise, avec effectivement quelque chose de cross genre. Et sa manière de filmer aussi a beaucoup changé.

C'est-à-dire ?

Par exemple, pour Matrix Resurrections, des combats avaient été chorégraphiés pendant la préparation, mais sans les répéter vraiment ensuite. Keanu m'a dit, et c'était le cas pour tous, que tout s'est fait beaucoup plus au dernier moment. Mais ils sont tellement pros que ce n'est pas un problème. C'est ce que fait Lana maintenant, elle crée immédiatement, sur le champ.

Quand moi je tournais dans le 2 et le 3, les combats étaient assurés par des cascadeurs, là ce sont pour la majorité des combats les acteurs qui les font eux-mêmes.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

J'ai parlé avec Keanu et beaucoup avec sa coach physique, qui est une amie. On était tout le temps en contact, et elle me racontait comment ça se passait quand je n'étais pas là. Lana a deux steadicamers, et d'ailleurs concernant ma scène tout est en steadicam. Il y a de grands décors, c'est très graphique, horizontal, et ça bouge beaucoup, c'est une façon de tourner très particulière. On ne sait plus vraiment quand on tourne ou pas. On arrive sur les scènes sans les avoir répétées, et elle commence à tourner.

C'est la folie, elle est comme accrochée sur le dos de son steadicamer italien, en face il y a l'autre steadicamer et c'est juste : "GO !". Elle dans l'instantanéité totale, elle invente, et on ne sait jamais ce qui va se passer. C'est vivant, mobile, c'est impressionnant et c'est super !

J'ai passé un mois à Berlin, parce que dans ma scène la lumière devait être celle du plein soleil, donc il a fallu attendre les bonnes conditions, que le soleil revienne. Ce qui n'a finalement jamais eu lieu. L'hiver a fini par arriver, donc l'éclairage a été assuré artificiellement. Mais ça m'a marqué, parce que la démarche de Lana pour ce Matrix était beaucoup plus diurne. Elle voulait vraiment travailler avec la lumière du soleil.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

Vous parlez d'instantanéité, de création immédiate. Mais comment en tant qu'interprète on s'y prépare ?

Au moment où j'ai travaillé ma scène, seul dans ma chambre d'hôtel, j'ai fait mon travail d'imagination et de mise en scène. Ils m'avaient demandé de choisir de nouvelles insultes en français, et j'ai eu un conseiller.

Je savais qu'ils couperaient certaines insultes parce que c'était épouvantable. Ça n'était pas classique, ça parlait beaucoup des mères et des grands-mères !

Je suis arrivé, la costumière avait préparé un costume génial, fait de sacs plastique et de coupures de journaux. Il était d'ailleurs sublime, presque une création de Sonia Rykiel des années 80. On l'a évidemment abîmé. Je suis arrivé, tout a été très vite, je suis passé au maquillage et c'était parti : "GO !". Je fais ma scène, avec ce côté vraiment vitupérant que j'avais imaginé.

Ma copine qui entraîne Keanu me dit "tu y es allé fort !". J'ai demandé si c'était trop, elle m'a répondu que "c'était... puissant !"

Ils sont tellement cliniques, le jeu Matrix est quand même posé, ordonné, Keanu murmure... Moi j'ai fait quelque chose d'opératique ! À la fin Lana m'a dit qu'elle était super contente, donc j'étais content aussi.

Keanu Reeves est-il aussi aimable qu'on le décrit ou est-ce une légende ?

Keanu, il est doux. Il est tellement professionnel. Il est assis sur sa chaise, et il fait ce qu'on lui demande. Je sais ce qu'il a enduré, et on sent qu'il est abîmé, qu'il souffre dans sa chair. C'est comme un vieux cowboy qui débarque. Il débarque et il tourne, et tant qu'il est sur le plateau, tu peux lui demander tout ce que tu veux, il le fait.

Il est incroyablement posé. On pourrait croire qu'il subit, mais ce n'est pas du tout ça. Il est là. À disposition. Il n'y aura jamais d'éclats, de tralala. Keanu est très calme, doux, aimable. Il est entièrement là.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

C'est le retour de Matrix après une première trilogie, peut-on penser à de nouvelles suites ?

Le destin sera peut-être comme pour Star Wars, avec une relance après une trilogie. Il y a du rajeunissement, avec le personnage de Morpheus par exemple. Je ne sais pas si c'est dans le montage final, mais elle m'a fait dire "je reviendrai", c'est une belle promesse, je me suis dit qu'ils voulaient me garder dans les parages. Je suis sûr que Mérovingien a plu, j'en suis intimement persuadé. C'est un personnage que les gens ont vraiment aimé voir. Mais je n'en sais pas plus. De toute façon, je ne comprends pas tout ! (rires)

 

Voir aussi

Sandrine Kiberlain (Une jeune fille qui va bien) :

Sandrine Kiberlain (Une jeune fille qui va bien) : "C’est une période qui me hantera toujours"

Nous avons rencontré Sandrine Kiberlain, lors de la présentation à Bordeaux de son premier long-métrage très réussi "Une jeune fille qui va bien". Elle a évoqué avec nous sa nécessité de faire un film sur ce sujet qui la hante, son rapport à l’écriture d’un scénario et son plaisir à diriger les acteurs.