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Notre dame : Valérie Donzelli nous parle de Paris et de son cinéma

Notre dame : Valérie Donzelli nous parle de Paris et de son cinéma

Valérie Donzelli, représentante drôle et séduisante d'un cinéma français indépendant, a connu un grand succès avec "La Guerre est déclarée", et aussi un échec avec "Marguerite et Julien". Son dernier film, "Notre dame", raconte aussi cette histoire. L'histoire d'une résilience, d'un refus de l'injonction de réussite, d'une réconciliation d'une femme avec elle-même, et aussi la reconstruction d'une ville et de sa population, Paris, dont les dernières années ont été très difficiles. Rencontre avec une réalisatrice talentueuse et unique.

Notre dame est le joli film du mois de décembre, et une très belle peinture burlesque de Paris et des gens qui y habitent. Nous avons rencontré sa réalisatrice, Valérie Donzelli, pour échanger avec elle sur son inspiration, le casting de son film, son rapport à Paris, son personnage et le cinéma qu'elle aime... Entretien avec une artiste unique et pleine de ressources.

Notre dame a tout l'air d'une fantaisie, avec des personnages burlesques, il y a quelque chose de très graphique.

Oui, je dirais que j’ai d’abord pensé le film comme ça, un peu comme une bande-dessinée. La BD a ça de particulier, elle permet de raconter des choses de façon totalement déjantée, burlesque, tout en parlant de choses très vraies. On peut vraiment imaginer ce qu’on veut, c’est une forme de liberté totale, dans l’histoire et les images. J’ai pensé Notre dame comme ça, avec ces gens qui habitent une ville, présentée avec ses contrariétés, sans vernis factice.

Vous racontez Paris de manière unique. Quel est votre rapport à cette ville ?

Paris, c’est une ville que j’ai vraiment éprouvée. C’est d’abord la ville dans laquelle je rêvais de vivre, j’ai toujours idéalisé cette ville comme étant la ville de tous les possibles. Petite, je trouvais ça plus élégant, plus intéressant, j’avais l’impression que vivre dans cette ville c’était la clé de la réussite dans la vie ! Et j’ai choisi mes études d’architecture parce que je pouvais les faire à Paris, c’était très important dans ma décision. J’y ai posé mes valises et je ne l’ai plus jamais quittée.

J’ai été émerveillée par sa beauté, et en même temps depuis 2015 je suis frappée par cette bascule dans un contexte très anxiogène et violent. Parce que les gens ont peur que les attentats recommencent, et c’est aussi le chaos depuis, avec une grande précarité. Le logement, le travail, les prix qui ne cessent d’augmenter… et en même temps on s’accroche à cette ville, qui est pleine de contradictions, comme toutes les grandes capitales du monde,  New York ou Londres par exemple. J’avais envie de revenir aux origines de mon amour pour Paris : sa beauté, son architecture, son humanité aussi, et de montrer aussi sa cruauté et sa violence, qui sont très contemporaines.

Il y a le fait que les gens se giflent dans la rue, et il y aussi cette séquence chorégraphiée sur l'uberisation.

C’est une façon de s’en moquer. On nous explique aujourd’hui qu’on doit tous être entrepreneur, réussir à tout prix, et finalement exploiter les gens. Dans le film, c’est fait sur le mode de la solidarité, et d’essayer de rejouer ces codes-là en en faisant quelque chose d’enchanté, mais ce n'est pas à son bénéfice, c’est pour s’en amuser.

C’est quand même terrible de devoir mettre son appartement sur Airbnb parce qu’on ne peut pas le payer, et d’aller squatter chez des amis. Ce sont des ressorts de comédie, mais c’est une réalité complètement folle.

Pourquoi Notre-Dame, plutôt que la Tour Eiffel ou le Sacré-Coeur ?

Notre Dame a été une évidence dès le début. Son parvis, je le trouve plutôt moche, il ne s’y passe rien, et pourtant c’est au coeur de l’île de la Cité. C’était donc parfaitement plausible que ce soit l’objet d’un concours d’architecture. C’est aussi un des monuments les plus visités au monde, un édifice religieux ancien, donc forcément s’attaquer à rénover son parvis ça allait créer de la polémique. Et puis, c’est aussi un jeu, avec "Notre dame", qui est Maud Crayon, et dont chacun veut profiter un peu.

Notre dame

À propos de Maud Crayon, quelle est sa proportion autobiographique ?

Je dirais 50/50, 50% de moi, 25% de mes copines et 25% de pure imagination. Il y a l’architecture, les enfants… mais le patron odieux ce n’est pas de moi ! Ni l’ex-mari, qui n’est pas vraiment dans mon expérience. Ce sont surtout des histoires racontées par pas mal de filles que je connais.

Vous réussissez dans vos films des mises à nu, au sens propre et figuré. Serait-ce votre signature ?

Je pense que je ne m'en rends pas très bien compte, mais il est certain que j’aime traiter de l’intime. Le cinéma de l’intime est un des cinémas qui m’intéressent le plus. De raconter les rapports intimes, c’est très précieux. Réussir à les cerner, les comprendre, ce n’est pas facile. Et ce qui protège ça, c’est d’être un peu décalé de la réalité, d’en passer par de la comédie, du burlesque, qui mettent un voile pudique sur ce qu’on raconte. Je pense que j’aurais du mal à faire des films totalement réalistes et naturalistes avec autant d’intimité.

Comment avez-vous construit le casting de Notre dame ?

C’’est vraiment passionnant, c’est un truc que j’adore faire : trouver des acteurs pour mes films. J’adore les acteurs, j’aime les imaginer, créer des personnages. Pour tous mes films, c’est d’abord l’idée des personnages qui vient en premier. Ce sont des envies, des gens et des situations que j’observe, j’ai une mémoire mauvais en matière de noms, mais je retiens beaucoup les situations. Pour Notre dame, je savais que les acteurs intéressés accepteraient tout de suite la part de fantaisie du film. Et c’est un pari, parce qu’à la lecture du scénario on voit que c’est un ADN particulier.

Il faut donc séduire plutôt que convaincre ?

Je ne cherche jamais à convaincre un acteur, c’est la base. Un acteur que je devrais convaincre, c’est quelqu’un qui ne comprend pas le film que j’ai envie de faire, et je n’aurai pas l’énergie de le convaincre. Je ne suis pas du tout dans ce rapport avec les acteurs, et je comprends donc très bien qu’on puisse dire non à une proposition. C’est vraiment un truc qui se fait à deux, ça doit être un désir commun.

Je voulais que le casting soit hétéroclite, avec des acteurs quand même réputés, mais pas non plus des acteurs qu’on a toujours vus. Je ne voulais pas non plus des têtes d’affiche, ça ne m’intéresse pas trop. L’équilibre d’un film se fait de manière subtile, il faut une juste mesure entre un metteur en scène et ses acteurs.

Il y a déjà un rapport de force inévitable, puisque le metteur en scène demande quelque chose que l’acteur doit accepter de donner. S’il y a trop de résistance ou de déséquilibre, ça ne peut pas fonctionner.

Pour Notre dame, je voulais aussi des acteurs qui ne soient pas là où on les a déjà vus. Par exemple, Samir Guesmi a très souvent des rôles de mecs gentils, ça m’a amusé de l’imaginer en patron salaud, je l’ai vu dans le rôle ! Quand je lui ai proposé, il était très surpris mais il s’est éclaté à le faire. À l’inverse, Bouli Lanners a un rôle de mec timide, alors que dans la vie c’est plutôt un militant, il a un côté grande gueule. Pour Thomas Scimeca, j’ai cherché un acteur très à l’aise avec la nudité, parce que son personnage se balade à poil tout le temps.

Pouvez-vous citer trois films, mais pas les vôtres, qui vous définissent ?

je dirais E.T., parce que c’est le premier film que j’ai vu, et j’ai eu une telle émotion ! Je pleurais dans le cinéma. Mr Smith au Sénat, sur la question de la vérité et de l’honnêteté du personnage. Je m’identifie assez à ce personnage, qui s’accroche à la vérité., je suis moi-même assez honnête et ça peut me jouer des tours parfois. Enfin je dirais Hannah et ses soeurs de Woody Allen, pour le côté intime, la sonorité, la drôlerie et la famille.

Notre dame, au cinéma depuis le 18 décembre. La bande-annonce ci-dessous. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

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