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Ovale Masqué : « Je rêve secrètement que Rampage soit primé aux Oscars »

À l’occasion de la sortie de « Ciné Club Sandwich », nous avons rencontré Riwan, alias Ovale Masqué qui nous a présenté ce livre où passion du septième art et drôleries font bon ménage.

On connaissait la Boucherie Ovalie, un site satirique consacré au rugby qui s’est tissé une sacrée réputation dans son domaine au fil du temps. Une partie de l’équipe de rédaction a créé en début d’année L’Arrière Cuisine qui parle principalement de cinéma. Le même esprit d’irrévérence est présent et c’est sur cette lancée que ces passionnés viennent de sortir Ciné Club Sandwich « Le livre avec des films dedans ». Tout un programme pour ceux qui revendiquent le fait de ne pas être des experts du septième art mais dont la prose drôle et pleine de tendresse vaut clairement le détour. Rencontre avec Riwan alias Ovale Masqué sur les réseaux sociaux, l’auteur principal de ce livre collectif, qui nous livre sa vision du cinéma et se hasarde même à quelques pronostics pour les prochains Oscars.

Ciné Séries : Comment est né l’Arrière Cuisine et quelle est la ligne éditoriale du site s’il y en a une ?

Ovale Masqué : L’idée de l’Arrière Cuisine est née aux alentours de 2015. J’avais créé la Boucherie Ovalie quelques années plus tôt, un site qui parlait de rugby de façon satirique et qui a eu son petit succès, puisqu’on a publié deux bouquins notamment. Avec quelques camarades de ce site et d’autres amis que je savais talentueux, on avait cette idée de créer une espèce de laboratoire où l’on pourrait parler de tout ce que l’on veut. Mon envie à moi c’était surtout de parler de cinéma, puisque même si la phrase « je suis passionné de septième art » est généralement prononcée par des connards, je dois bien reconnaître que je suis passionné de septième art. C’est clairement le sujet dont on parle le plus sur le site, même si en principe on parle de tout.

On a hésité à se lancer pendant longtemps mais le site a finalement été créé en début d’année 2018. On ne peut pas dire qu’il y ait vraiment de ligne éditoriale, non. L’idée c’est de publier des trucs qu’on aurait envie de lire sur internet, c’est à dire un minimum drôles ou avec des angles originaux (je ne sais pas si on y arrive toujours). Par rapport à la Boucherie Ovalie, pour ceux qui connaissent, on avait envie de garder ce côté amateur, ne pas se prendre au sérieux, ne pas s’auto-proclamer experts… de la même façon que je n’ai jamais donné une note à un joueur en écrivant un article sur un match, je n’ai pas envie de donner une note ou des étoiles à un film ou un bouquin.

Retrouve t-on la même philosophie dans le livre ?

Oui, complètement. Dans ce livre, on parle de 165 films tout genre confondus. Vieux ou récents, américains, français, asiatiques, indiens…. on essaye de les présenter de façon drôle, sans trop de jugement et de donner envie de les voir, même quand ils ont la réputation d’être des films de merde. Franchement, si on arrive à vous donner l’envie de voir Cineman par exemple, on est très forts. Il y a aussi plein de tutos, de jeux, de typologies… on a essayé de proposer un contenu riche et varié, avec beaucoup de bêtises. C’est long et chargé comme un film de Baz Luhrmann, mais l’avantage c’est qu’on peut le lire en plusieurs fois et prendre des dolipranes de temps en temps.

Jean Dujardin signe la préface de votre ouvrage, pourquoi lui ? Qu’est-ce qu’il représente pour le cinéma français ?

Comme on ne connaît personne dans le milieu du cinéma et que l’Arrière Cuisine a un public relativement confidentiel, on se disait qu’on n’arriverait jamais à trouver un grand nom pour la préface. Notre plan pour éviter toute déception était donc de viser directement l’inaccessible : un acteur français oscarisé. Après avoir essuyé son refus, puis celui de milliers d’autres comédiens prestigieux, on aurait finalement accepté de se rabattre sur un acteur comme Jean Benguigui. Et après des mois de galère, on aurait été heureux de trouver quelqu’un de toute façon.

Après, on a eu la surprise d’avoir un retour positif de la part de Jean Dujardin et de son frère Marc (qui est le président de sa boîte de production, JD Prod) qui ont beaucoup aimé les extraits qu’on leur a envoyés. Finalement, tout ça s’est bouclé très vite et on n’en revient toujours pas trop, d’ailleurs. Après, pour ce qu’il représente, au delà de l’Oscar et du nom, on ambitionnait de faire un livre drôle et Jean Dujardin, ça reste l’interprète d’Hubert Bonisseur de la Bath. C’est difficile de trouver une plus belle référence dans la comédie française récente. D’ailleurs, on ne parle même pas des OSS 117 dans le livre parce qu’à part en copiant-collant toutes les citations, c’est impossible d’être à la hauteur.

Vous revendiquez une part de mauvaise foi, pouvez vous nous donner des exemples précis  ?

Il y a toujours de la mauvaise foi quand on parle de films. Au moins ici, on préfère l’assumer totalement. Ces derniers temps il y a pas mal de débats enflammés sur internet, on met des notes, on fait des classements pour dire que tel film est meilleur que tel film, celui-ci est surcoté, celui-là sous-coté… chacun défend sa chapelle, parfois de façon irrationnelle et ridicule comme les débats qu’ont eu certains fans de Star Wars après l’Épisode 8. Nous, on a plutôt envie d’aller contre ce courant. Il y a 10 000 raisons d’aimer ou de détester un film, chacun son avis et sa sensibilité, on préfère faire des vannes plutôt que de se poser comme des maîtres qui viennent délivrer la vérité. Dans les duels de films par exemple, les films comparés n’ont généralement aucun rapport entre eux au delà de leurs titres, et les éléments qui les départagent sont presque toujours absurdes.

Pour rester dans le registre de la mauvaise foi, livrons-nous à un exercice typique du genre. Citez-nous le film le plus surcoté de l’histoire et un long métrage méconnu qui mériterait pourtant d’être vu ?

Alors c’est tentant de défoncer un film très populaire pour faire un buzz façon Eddy Mitchell avec La La Land, mais pour les raisons évoquées au dessus je préfère éviter. Et puis il y a quatorze rédacteurs différents dans le livre, on a tous des goûts différents, je vais avoir du mal à trouver des réponses qui mettent tout le monde d’accord.

On trouve chez vous beaucoup d’humour mais on ressent aussi votre passion pour le cinéma. Mais au fait, c’est quoi l’intérêt de s’enfermer 2h35 dans une salle obscure ?

C’est simple, là tu es en train de passer 2h35 avec moi et tu t’ennuies profondément. Si tu avais été au cinéma à la place, ce serait peut-être la même chose mais au moins tu pourrais dormir.

Acteurs, films, critiques… Vous égratignez quelque peu le monde du cinéma, quels sont les retours dans le milieu, si vous en avez ?

Le livre vient à peine de sortir donc on n’en a pas vraiment. Jean Dujardin a trouvé ça drôle, son frère aussi, et il semblait presque étonné qu’on n’ait pas un pied dans le milieu, car il trouvait certaines descriptions de celui-ci bien vues. On n’exclut pas de se prendre quelques procès dans les semaines à venir cela dit.

Dans Ciné Club Sandwich, il y a une rubrique consacrée aux duels de films. Pourriez-vous nous en citer un ou deux autres auxquels vous n’avez pas pensé et qui auraient mérité d’y figurer ?

On en a plein en stock. Malcolm X vs X MenSaw VI vs SteakLa Marche de l’empereur vs TitanicLa cité de la joie vs. La cité de la peurDancer in the dark vs What we do in the shadowsLes huit salopards vs Huit femmes… après, pour pouvoir les lire dans un éventuel Tome 2 un jour, faudrait d’abord que vous achetiez le Tome 1. Sinon ça va faire comme après l’échec de La Momie avec Tom Cruise, on aura jamais la suite, mais je suis le seul à en être triste je pense.

Vous abordez aussi le thème des cérémonies de récompenses, qu’est-ce qui vous intéresse là dedans ?

À la base, rien ! C’est quand même assez idiot d’organiser une compétition pour désigner le meilleur film, le meilleur acteur, le meilleur perchiste… on parle de trucs complètement subjectifs, c’est pas les JO. Mais ce qui est amusant c’est l’importance démesurée que ça prend dans les médias, le lobbying des producteurs pour faire gagner leurs poulains, les discours souvent ridicules des vainqueurs (surtout en France, c’est peut-être ce qu’il nous reste de l’exception culturelle). On en parle d’ailleurs dans le bouquin avec un tuto assez complet pour faire un bon discours de remise de prix.

Justement pour finir, mouillez-vous et donnez-nous le film qui sera le plus primé aux Oscars 2019 ?

Les Oscars, c’est difficile. Aux Césars, généralement quand Jacques Audiard est là ça facilite déjà beaucoup les pronostics. Depuis l’affaire Weinstein, c’est beaucoup trop incertain, un favori peut tomber à tout moment à cause d’une affaire dégueulasse à une semaine de la cérémonie. Je dirais First Man de Damien Chazelle, je ne l’ai pas vu mais il a une bonne tête de vainqueur, surtout après que La La Land l’ait loupé il y a deux ans. Après secrètement, j’espère qu’ils vont se tromper d’enveloppe et que Rampage avec Dwayne Johnson va l’emporter.

Propos recueillis par Jean-Yves Alric

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