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RBG : entretien avec Betsy West, co-réalisatrice du documentaire

À l’occasion de la sortie en salles de « RBG », un documentaire centré sur l’avocate et juriste Ruth Bader Ginsburg, on a rencontré l’une des co-réalisatrices du film, Betsy West.

En janvier 2015, Betsy West et Julie Cohen, ont l’envie et l’idée de réaliser un film documentaire sur Ruth Bader Ginsburg. Toutes deux grandes journalistes, les réalisatrices avaient, par le passé, déjà pu rencontrer et interviewer la juge pour divers projets. Comme une grande partie du public américain, les deux femmes sont de grandes admiratrices du travail inspirant et essentiel de la juge en faveur des droits des femmes et d’autres luttes sociales importantes.

Bien avant qu’elle ne devienne la figure populaire octogénaire préférée d’internet, notamment sur Twitter et sur Tumblr où elle se fait nommer Notorious RBG, les deux réalisatrices avaient une forte envie de faire découvrir cette femme au parcours inspirant au monde entier. Car si aujourd’hui on peut retrouver son visage sur des goodies en tous genres, allant de mugs aux sacs en coton, outre la société américaine, l’avocate, juriste et juge de la Cour suprême des États-Unis n’est pas une personnalité familière. Et ce, malgré l’impact de ses combats et de ses décisions sur nos sociétés.

En juin 2016, une bonne année après avoir couché sur papier leurs idées, les deux réalisatrices débutent le tournage de ce documentaire qui doit s’adapter à l’emploi du temps surchargé de la juge. Entre ses séances de sport, ses interventions dans différentes conférences universitaires et son métier de juge, les deux réalisatrices captent l’inépuisable énergie de l’ancienne avocate. Finalement, c’est en mai 2018, après avoir été présenté au Festival du Film de Sundance, que RBG sort dans les salles américaines et réalise un très bon score au box-office (environ 13 millions d’euros de recettes sur le territoire américain). Il aura fallu attendre plus de six mois pour que le public français puisse découvrir le long-métrage documentaire. À travers ses rencontres inspirantes avec la juge, la co-réalisatrice, Betsy West, nous a raconté le parcours de ce documentaire important.

 

Pourquoi avez-vous décidé de centrer votre documentaire sur Ruth Bader Ginsburg ?

Ruth est la deuxième femme à être entrée à la Cour suprême des États-Unis et elle s’est servie de son pouvoir pour le mettre au service de notre société. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’aujourd’hui elle est devenue, plus que jamais, cette figure populaire, notamment auprès des jeunes générations qui l’ont rapidement surnommée « Notorious RBG ». Elle est vraiment très populaire, pourtant, il y a trois ans, au moment où Julie Cohen et moi-même avons décidé de mettre en place ce projet, elle l’était beaucoup moins. Les événements, notamment la situation politique actuelle de notre pays, ont fait d’elle un phénomène. On a donc voulu parler de son histoire, fascinante et inspirante, pour que le public en sache d’avantage sur elle. Beaucoup de ses fans ne savent pas ce qu’elle a parcouru, les challenges qu’elles a dû relever, les difficultés auxquelles elle a dû faire face. Elle a profondément contribué aux changements progressistes de notre société et a marqué, à jamais, l’histoire des femmes.

 

Vous a-t-elle personnellement inspiré pour votre carrière ?

Totalement ! Il y a dix ans, je n’avais pas conscience du rôle important que Ruth a joué, à la fois dans mon pays, mais aussi dans ma propre vie. Légalement j’avais, en tant que personne, acquis des droits grâce à elle. Lorsque j’ai pris conscience de tout ça, ça m’a profondément inspiré, à la fois dans ma vie personnelle que professionnelle. Travailler sur ce documentaire m’a d’autant plus inspiré car j’ai découvert une personnalité encore plus forte que je ne l’imaginais. Elle est intelligente et désir l’être encore plus (rires). Elle nous montre que, peu importe notre âge, on peut et l’on doit toujours apprendre. Il y a beaucoup d’autres choses que nous pouvons apprendre d’elle : sa détermination, son travail, son attitude et son aisance à mettre sa colère au profit des luttes les plus importantes. Je l’admire pour toutes ces choses, pour ce qu’elle est et ce qu’elle représente.

 

Récemment, beaucoup de débats se sont créés autour des femmes qui ont fait intégralement partie de l’Histoire et qui ont marquées nos sociétés. Vous situez-vous dans ce processus de mise en lumière des femmes ?

Bien sûr ! Pour un réalisateur ou une réalisatrice c’est une superbe opportunité parce que les histoires des femmes sont, en majeures parties, ignorées. Nous sommes à un moment de l’Histoire où nous devons regarder le passé pour enfin comprendre et prendre en compte le rôle des femmes dans notre Histoire. Je pense que l’histoire de Ruth Bader Ginsburg est un parfait exemple de ça. Les gens ne lui ont pas donné la reconnaissance qu’elle méritait pour tout ce qu’elle a fait depuis les années 70. Même si elle n’avait pas intégré la Cour suprême des États-Unis, son « simple » travail d’avocate, méritait d’être mis en lumière. Nous devons raconter l’histoire des femmes car elles font partie de notre Histoire.

 

Vous avez rencontré RBG pour le documentaire, comment s’est déroulée cette rencontre ?

Tellement intimidante (rires). Premièrement, c’est une juge de la Cour suprême qui physiquement est toute menue et très réservée. Ce n’est pas le genre de personne à beaucoup parler, ce qui est très étrange parce que, lorsque nous l’avons rencontré pour la première nous avons énormément parlé. Elle nous regardait, parfois sans dire un mot pendant plusieurs minutes, et elle souriait. Mais, les fois suivantes, lorsque nous avons fait plus ample connaissance, elle s’est ouverte à nous. À partir de là, nous avons essayé de montrer, à travers le film, sa vraie nature, parfois loin de l’image publique qu’elle a. Comme par exemple le fait qu’elle ait un grand sens de l’humour.

 

Dans le documentaire nous voyons le caractère très humble de Ruth Bader Ginsburg. Était-elle surprise lorsqu’elle a appris que vous et Julie Cohen travailliez sur un documentaire axé sur sa vie, son parcours personnel et professionnel ?

Lorsque nous nous sommes totalement décidées, avec Julie, pour la réalisation du film, nous lui avons envoyé un mail. Elle a d’abord répondu qu’elle n’était pas prête et que ce n’était pas le moment. Nous avons quand même travaillé dessus, au moins à l’écriture en nous disant que, dans tous les cas, le projet se ferait plus tard. Mais je pense qu’à son âge, elle a eu conscience que sa vie et son parcours pouvaient être un message positif pour les jeunes générations. Je pense que notre proposition lui a permis de voir l’engouement médiatique autour d’elle, notamment sur internet. Et lorsque nous sommes revenu vers elle, elle a accepté.

 

Qu’a-t-elle pensé du film?

Nous avons été très chanceuses car elle nous a totalement fait confiance. Elle n’a jamais demandé à contrôler ce que l’on faisait. C’est au Festival de Sundance que Ruth a vu, entièrement et pour la toute première fois, le film. Nous étions dans la salle avec Julie, à quelques sièges d’elle et nous n’avons pas pu regarder l’écran (rires). On ne faisait que regarder ses réactions. Nous avons été vraiment surprises parce qu’elle a eu quelques larmes et quelques rires.

 

Vous mettez en lumière le travail des femmes sur ce documentaire : à la fois devant et derrière la caméra. C’est important pour vous de créer cette équipe féminine, particulièrement sur ce film ?

Oui, totalement. Julie et moi, nous sommes des femmes qui avons fait carrière dans un milieu masculin. La première décision que nous avons prises lorsque nous avons mis en place ce projet était de mettre en valeur le travail des femmes, à tous les niveaux. Notre projet est sur une figure féminine, nous devions mettre en avant des femmes, sinon cela aurait été contradictoire !

 

Il y a un véritable engouement autour de votre film, présenté à Sundance et à Deauville, pensez-vous que, si le film était sorti il y a deux ans ou plus, il aurait eu un succès aussi vif ?

Julie et moi, on savait que Ruth était un très bon sujet pour un documentaire parce qu’elle méritait amplement, de par sa carrière et ses combats, d’être mise en valeur. Mais on ne savait pas que des mouvements comme Me Too ou Time’s Up allaient arriver. Tout à coup, ce projet a pris un sens plus grand.

 

Travaillez-vous sur un autre projet ?

Oui ! Avec Julie, nous travaillons sur un nouveau projet. Nous ne sommes pas encore prêtes à l’annoncer mais ce que vous avez dit auparavant, notamment sur la place des femmes dans l’Histoire, est au cœur de nos préoccupations.

Propos recueillis par Pauline Mallet

 

Ci-dessus la bande-annonce de RBG de Betsy West et Julie Cohen, en salle le 10 octobre 2018.

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