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Vaurien : entretien avec Mehdi Senoussi et ses acteurs

A l’occasion de la sortie en salle ce 19 septembre de « Vaurien », nous avons rencontré le réalisateur Mehdi Senoussi, accompagné de deux de ses acteurs, Carlo Brandt et Steve Tran.

Avec Vaurien, le comédien Mehdi Senoussi s’offre une nouvelle corde à son arc et se lance pour la première fois dans la réalisation d’un film qu’il a aussi co-écrit, co-produit, et dans lequel il joue – voir notre critique.

Nous l’avons rencontré au Festival du Film d’Angoulême et il nous a longuement parlé de l’essence même de son film. Ses deux acolytes, très admiratifs du travail du réalisateur, ont évoqué leur joie de participer à un tel film, petit miracle qui a eu du mal à voir le jour. Carlo Brandt a ainsi porté un regard sans concession sur les raisons possibles à ces difficultés rencontrées et Steve Tran a évoqué son bonheur d’être engagé parce qu’il est acteur, et non en raison de ses origines. Une rencontre passionnante.

 

Quel a été le déclencheur de cette idée de prise d’otage à Pôle Emploi ?

Mehdi Senoussi : L’idée m’est venue avec mon coscénariste en 2006, avec lequel on trouvait intéressant d’aborder le thème du chômage et la précarité à travers une prise d’otage à Pôle Emploi. On avait fait un teaser à l’époque, mais c’était plus léger. Puis j’ai voulu aller au bout de ce projet, on a alors modifié ce qui était marrant et le film est finalement devenu plus dur, car il y avait une multitude de possibilités à l’écriture.

 

Le film a donc été très long à faire ?

Carlo Brandt : Je suis très heureux que cette parole voit le jour. Dix ans pour monter ce projet, c’est un miracle dans ce monde de flux continu. Quand un film est écrit, il faut trouver un producteur, puis on peut aller en tournage, passer en post production, et une fois que le film est là, il faut ensuite trouver un distributeur. Le paradoxe de ce début de 21ème siècle, c’est que la nouvelle censure d’aujourd’hui se fait par la liberté des images, car tout le monde peut faire un film: « fais ce que tu veux, mais libre à nous de le montrer ou pas ».

Mehdi Senouissi : Heureusement que le distributeur Destiny Films prend des risques, sinon on ne ferait pas de films d’auteurs. Mais je suis conscient que le mélange des genres dans mon film est compliqué par moment et a pu surprendre.

Vous voulez dire que vos origines vous ont mis des barrières ?

Mehdi Senoussi : Moi je n’ai jamais dit ça ! Ce qui est beau c’est qui on représente dans le film : toute la France et le soutien dans la vraie vie de divers horizons, comme celui de Romane Bohringer et Pascal Elbé.

Carlo Brandt : Moi je le dis, parce que je suis le seul à pouvoir le dire, je viens de l’autre côté, du bon côté. C’est la première fois en 40 ans de cinéma que je monte au créneau avec le réalisateur pour trouver un distributeur. J’ai tourné avec tous les auteurs, tous des blancs, je n’ai jamais eu de problèmes, même pour un premier film. Aujourd’hui, c’est un type de censure de la parole. Ce film est une fable, un film de cinéma dans le sens où il ouvre des champs et des questionnements. C’est ringard aujourd’hui apparemment. Il y a trois jours, j’ai revu Théorème. Je vois énormément de correspondance avec Vaurien. Dans Théorème, à partir du moment où les personnages comprennent où ils sont, ils pleurent. Dans le film de Mehdi, il y a désert de Pôle emploi, c’est un espace vide. Pasolini s’empare de la famille du patron, la jeunesse arrive et baise tout le monde au sens propre et figuré. Mais Mehdi en fait une figure inversée. J’ai trouvé très beau que la vie me donne un signe supplémentaire. Parce que le scénario aussi c’est un petit miracle, qu’il a écrit avec ses potes de banlieue. Jusqu’à maintenant les films sur la banlieue ont été faits intra-muros, on n’a pas eu de parole du centre.

 

Le film, avec son ton particulier, explique bien tous les rouages de la mécanique de la spirale infernale de cette prise d’otage ?

Mehdi Senoussi : J’ai été éducateur assez longtemps. Dès l’écriture, je voulais mettre deux points de vue en opposition : les jeunes du quartier populaire qui ont des a priori et ces personnes qui ne connaissent pas ces a priori. Tout au long du film je déconstruis petit à petit ces a priori. Le but c’est qu’à la fin, on leurre tout le monde. On s’aperçoit surtout que le personnage central est dans le désespoir. Red, c’est un amateur en prise d’otage. Ça aurait été facile de le faire vaciller d’un côté ou de l’autre, mais ça aurait été trop stéréotypé.

Carlo Brandt : Ce film est un instrument pédagogique incroyable, comme tous les grands films. Avec lui, n’importe quel prof de philosophie, de sciences sociales, de politique pourrait ouvrir le champ de la parole.

 

Vous teniez absolument à interpréter le personnage de Red ?

Mehdi Senoussi : Non pas au début, mais un des acteurs que j’avais choisis n’a pas pu être présent à 3 semaines de tournage parce qu’il était sur un projet plus important. Du coup, on pense que c’est un truc que j’ai fait pour moi, mais non, je ne suis pas égocentrique. C’est plus par manque de moyens. Ma première motivation c’était de raconter cette histoire, qu’on a tourné en 14 jours avec un petit budget, beaucoup de courage et d’abnégation.

Carlo Brandt : Il n’y a pas un comédien aujourd’hui qui aurait été capable de faire ce qu’il a fait, car il s’expose partout, sur l’écriture, la réalisation, le jeu, la production.

Ce n’est pas anodin de jouer dans un drame social, y a-t-il une forme d’engagement ?

Steve Tran : Ça me fait du bien parce que je suis généralement abonné aux comédies. Ce mec qui ne parle pas beaucoup et qui est introverti m’a intéressé. Je trouvais ça génial de jouer dans un huis clos, assis par terre. Mehdi a réussi à mettre la France d’aujourd’hui à l’image. Souvent quand on m’appelle, c’est pour faire la racaille de banlieue ou l’asiatique de service. Là il a dressé une France dans un pôle Emploi. Le manque de représentativité est énorme pour les Asiatiques de France. J’ai commencé en 1999, j’ai 33 ans, mais ce manque m’a freiné sur plein de projets et frustré heureusement qu’il y a des gens, comme Mehdi, Audrey Estrougo (qui est la seule personne qui m’a fait jouer dans des drames jusqu’à présent), Julien Abraham ou Djamel Bensalah qui prennent des risques et me demandent juste de jouer un personnage.

Mehdi Senoussi : On s’est tout de suite entendu sur le fait qu’on ne voulait pas que Steve joue un asiatique ou le rigolo de service, mais joue simplement.

 

Comment avez-vous réussi à ménager le suspense dans Vaurien ?

Mehdi Senoussi : Il fallait absolument qu’on s’identifie à Red pendant ces 24 heures, c’est pour cette raison que je n’ai pas accéléré le montage. Les flash back permettent aussi une respiration. J’ai voulu qu’en sortant de la salle, le spectateur se pose des questions. J’aime bien quand on ne comprend pas tout de suite la fin ou quand on n’est pas déçu. Il y a 3 lectures de la fin dans l’absolu, avec des liens vers des détails subtils.

 

Vous avez un nouveau projet de film ?

Mehdi Senoussi : oui, un film complètement différent, qui va un peu plus me reposer.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

Vaurien réalisé par Mehdi Senoussi, en salle le 19 septembre 2018. Ci-dessous la bande-annonce.

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