Disponible sur Disney+, la série "Oussekine" dresse en quatre épisodes un portrait bouleversant de la famille de Malik Oussekine. Les scénaristes du programme nous ont raconté la genèse du projet et sont également revenus sur la signification de la conclusion terrassante.
Oussekine : une série magistrale
La série Oussekine navigue entre plusieurs époques et plusieurs événements. Le principal est logiquement la mort de Malik Oussekine à l'âge de 22 ans, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Alors qu'il rentre de Saint-Germain-des-Prés où il a assisté à un concert de Nina Simone, le jeune homme se retrouve pris dans des heurts entre des policiers et des manifestants qui protestent contre la loi Devaquet. L'étudiant prend la fuite et se réfugie dans un hall d'immeuble où des voltigeurs parviennent à entrer pour le rouer de coups, desquels il ne se relèvera pas.

Le programme s'intéresse aux faits qui ont suivi le drame, à la mobilisation populaire qu'il a déclenchée mais aussi au procès des deux policiers responsables de son décès. Oussekine est surtout un portrait poignant de la famille de Malik, qui se penche sur les liens entre ses différents membres, leurs places respectives au sein du foyer, leurs envies, leur colère et leur tristesse. Une fiction intime où la pudeur des personnages s'avère bouleversante.
Bénéficiant d'une narration précise et d'une reconstitution impeccable, Oussekine fait le lien avec notre époque et développe un message politique sans tomber dans la surenchère, préférant s'appuyer sur ses protagonistes formidablement incarnés. Sayyid El Alami, Hiam Abbass, Slimane Dazi, Mouna Soualem, Malek Lamraoui, Tewfik Jallab et Naidra Ayadi interprètent avec brio les membres de la famille. Kad Merad, Olivier Gourmet, Thierry Godard et Laurent Stocker complètent la distribution.
Un souvenir de jeunesse pour point de départ
Antoine Chevrollier est quant à lui aux commandes de la série. Le showrunner a signé la mise en scène des quatre épisodes, dont l'origine n'est autre qu'un souvenir marquant de jeunesse. Nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur, qui nous a expliqué :
En 1994, quand sort La Haine de Mathieu Kassovitz, il y a en parallèle un album de rap qui accompagne la sortie du film avec plein de très bons morceaux, dont un d'Assassin qui s'appelle L'État assassine. Le refrain, c'était : "L'État assassine, un exemple Malik Oussekine". Moi je suis à Longué-Jumelles, dans mon petit village au fin fond de l'Anjou et il y a quelque chose dans ce nom, dans ce prénom, qui se grave dans ma mémoire.
Je monte à Paris avec le souhait de faire du cinéma et puis voilà, je peux par différents moyens me pencher un peu plus sur cette histoire. Je me rends compte que c'est une histoire qui n'a jamais été racontée. Ce qui m'intéresse évidemment, c'est ce qu'il s'est passé dans ce hall la nuit du 5 au 6 décembre mais plus je creuse, plus je me rends compte que ce qui m'intéresse c'est la trajectoire familiale, c'est le combat de la famille et c'est également l'histoire un peu plus large, c'est-à-dire le contexte sociétal de l'époque, et comment pouvoir lier tout ça.

Une fin poignante
Antoine Chevrollier et ses coscénaristes Faïza Guène, Julien Lilti, Cédric Ido et Lina Soualem ont également évoqué à nos côtés les dernières minutes du programme. Plutôt que de se terminer sur des cartons textuels qui concluent souvent des projets biographiques ou basés sur des faits réels, Oussekine se ferme sur trois plans terrassants de Sarah, Ben Amar et Mohamed Oussekine, juste après le jugement des policiers. Trois portraits qui révèlent évidemment que le temps a passé, mais surtout que l'apaisement est possible, même si le combat n'est pas terminé.
Faïza Guène a déclaré à propos de ce choix :
C'est une conversation qui a été longue pour arriver à ce parti pris. C'est trouver du sens aussi dans le choix d'interrompre la série de cette façon-là. Finalement, on est encore jusqu'au bout avec eux, c'est-à-dire qu'on laisse quelque chose en suspens, c'est une décision qu'on prend. Et puis après, le fait de retrouver les frères et soeurs de Malik, tel qu'ils sont aujourd'hui, là on replonge les gens dans une réalité. Il s'est passé 36 ans. (...) C'est une réalité pour beaucoup de familles de traverser ça. Donc d'un coup, on revient dans le réel. (...) Finir comme ça, c'est presque une logique par rapport au commencement.
Antoine Chevrollier a ajouté :
Aussi de mettre derrière ce morceau, qui est un poème de Tim Buckley, Song to the Siren. C'est un poème magnifique, et qui pour moi raconte aussi le rapport qu'on a eu tous avec cette famille. (...) C'est aussi un message envers la famille Oussekine et envers toutes ces personnes qui ont subi ce genre d'injustices. Cette musique, ce poème n'est pas juste un hasard, c'est pour essayer juste, un tout petit peu, de les réconforter.
Oussekine est disponible sur Disney+.